L’Assemblée nationale va débattre prochainement du Mauritius Cane Industry Authority Bill. Ce projet de loi aurait pu être le plus important de ces trente dernières années. Tel ne sera pas le cas. Hélas ! Si le ministre de l’Agriculture va de l’avant avec son projet de loi, tel qu’il est rédigé, le pays ratera une occasion en or de se refaire une santé au plan agricole. Le ministre aura-t-il le courage et le temps de tout repenser ?
Nous sommes dans une période idéale – de par la conjoncture économique et les rapports de forces au niveau local et international – pour assumer une refonte de notre agriculture tant concernant sa diversification que la durée de celle-ci. Dans notre pays l’on note un manquement grave, qui est de ne porter aucune attention au long terme : pour dans 100, 1000 ou 100 000 ans. Comme si « la main invisible » du marché d’Adam Smith, assurera ad vitam aeternam non seulement des prix d’équilibre mais aussi l’abondance en nourriture.
Personne ne semble avoir conscience du fait que la crise alimentaire se manifestera dans peu de temps (nous avons connu une petite crise sur le plan mondial en 2008) ; que l’oligarchie sucrière a d’autres objectifs que d’investir dans l’agriculture sur notre territoire (les entreprises mauriciennes ont investi Rs 447 millions dans les secteurs de l’agriculture à l’étranger pour le premier semestre 2011), et que nous disposons d’un potentiel pour l’autosuffisance alimentaire dans la mesure où nous avons mené des recherches positives pour un nombre important de produits agricoles – il y a même un ministre qui investit dans le fruit à pain.
On attendait l’adoption d’une réforme agraire parce que les terres arables du pays appartiennent aux riches planteurs ; une action politique cohérente pour relancer notre agriculture et assurer notre sécurité alimentaire ainsi qu’un retour au secteur de la production agricole. Rien n’a été noté en ce sens. On a changé le terme “Sugar Cane industry” en “Cane Industry” pour définir le mot “Cane” dans la nouvelle loi de “Sugar Cane”. Ce n’est pas sérieux, pas sérieux du tout !  
Rien de novateur !
Je m’attendais à une loi cadre comme une « Agricultural Products and Food Security Act ». Pas de mention, dans le texte de loi qui serait proposé, des projets tels que la diversification agricole, la production et la sécurité alimentaires, la politique de substitution à l’importation et à l’exportation de produits agricoles et alimentaires ; la gestion des terres, la conservation de l’eau, la réforme agraire, la protection des planteurs (assurances et motivation financière) … Rien !
On passe de l’industrie sucrière à l’industrie de la canne. On fait plusieurs pas en arrière en prenant en compte la réduction du « Cess » à pas plus de 4% alors qu’en 2009 il n’était que de 5.9 % ; la réduction du nombre des employés de 908 à 508 ; et des centaines d’hectares de terres arables converties en projets fonciers chaque année. En sus du fait que l’on ne parle absolument pas de Rodrigues et d’Agalega. Pas un seul pas donc en avant. J’ai bien cherché dans le texte et n’ai rien trouvé de novateur. L’article 5 (r) est inacceptable. Si on veut tout donner à l’Oligarchie sucrière il est inacceptable que les consommateurs paient les compensations des anciens travailleurs des docks sous l’article 46 (2) (k). Inacceptable !
Pourtant, une loi cadre pourrait contenir une bonne partie de la loi proposée. Il faudrait opter pour le remplacement de la MSA par une Agricultural, Food Security and Agro-industrial Authority, avec de nouvelles institutions sous son contrôle ; l’Agricultural and Agro-industry Research Institute pour remplacer la MSIRI, la fusion de la SPMPC et de la FSC (si elle n’est pas faite dans un nouveau cadre, ces deux institutions vont disparaître dans quelques années – d’ailleurs on en a déjà parlé quelques années de cela) ; un tout nouveau rôle pour le Control Board (c’est crucial pour l’avenir de l’agriculture à Maurice). Toutes ces institutions doivent conserver leur indépendance de gestion comme tel est le cas pour la MSIRI. La nouvelle MSA ne peut se trouver dans des situations de juge et partie, de décideur et de contrôleur, d’initiateur de politique et d’exécutant de ces mêmes politiques.
Pour ces raisons le texte de loi proposé doit être revu. D’autant plus que trois autres institutions importantes ont été exclues, en l’occurrence la SIFB, la SILWF et le Syndicat des Sucres.
Les trois grands scandales
Concernant le Syndicat des Sucres, ne faut-il pas instituer une commission d’enquête sur ses agissements ? Des milliards de roupies n’ont-ils pas été vampirisés par cette organisation dont les statuts sont dépassés ? Les grands perdants sont le public consommateur et les petits planteurs. Il faut enquêter, entre autres, sur le prix de vente – sur le marché local – du sucre fabriqué à Maurice, l’argent versé aux raffineries mauriciennes, et la perte alléguée de sucre roux dans le cadre de sa transformation en sucres raffinés ou spéciaux. Ce sont là trois grands scandales…
J’ai été engagé dans la lutte syndicale depuis de longues années dans l’industrie sucrière, à la Mauritius Bulk Sugar Terminal, au Sugar Insurance Fund Board, à la SPMPC, à la MSA et à la MSIRI. Je sais fort bien l’état des choses dans ces différents secteurs et je trouve inacceptable que des efforts n’aient pas été entrepris pour que la situation évolue. Par ailleurs, troublante est l’intention du gouvernement de se débarrasser de 207 techniciens. C’est “criminel” pour l’avenir de notre pays. En sus de cela on veut transférer 400 employés des Service Providing Institutions à la fonction publique et ainsi faire l’État payer des salaires inutilement alors que leurs emplois sont utiles au secteur agricole.
Quelques années de cela le Professeur Manrakhan avait proposé de transformer le Sugar Insurance Fund Board en une compagnie d’assurances opérant dans l’agriculture et l’environnement. Le projet n’a pas été repris par le gouvernement. Il faut mettre en oeuvre cette idée. Quant à la SILWF des propositions ont été faites pour transformer cette institution en une Rural Development Corporation avec des contributions provenant du secteur touristique, des entreprises implantées à la campagne et surtout d’une compensation de l’UE. L’impact de la transformation de l’industrie sucrière sur la campagne sera important. Si rien n’est fait l’exode vers les villes va s’accélérer et on connaîtra les mêmes effets de l’abandon des paysans à leur sort, comme en Europe. Ce serait catastrophique.
Que faire donc ? Il ne faut pas se précipiter. Donnez libre cours au débat sur le texte de loi proposé à l’Assemblée nationale et entre le comité ministériel (Finance, Agriculture, Travail et Fonction publique) et les syndicats ! Le Ministre de l’Agriculture actuel a le sens de la consultation. Ce qui est important pour que les choses avancent. Des propositions ont été faites aux syndicats et au Comité ministériel. La balle est dans leur camp.