Le coup d’envoi de la Mauritius Fashion Week 2016 a été donné vendredi par l’agence Heat à l’Hennessy Park Hotel. Ce projet vise à mettre en exergue la créativité des designers locaux. Outre les quelques lacunes constatées, le potentiel existe. Mais Maurice a encore du chemin à faire avant que la Mauritius Fashion Week devienne la “Fashion Capital of Africa”.
Parler d’une Fashion Week, comme c’est précisément le cas à Londres, à Paris ou à Milan, c’est avant tout s’attendre à une mode excentrique, provocatrice, rebelle, voire déjantée. Cette mode ne se conforme pas aux modèles déjà vus, mais repose avant tout sur l’inventivité, la créativité et le spectaculaire. Tel ne fut pas le cas à l’Hennessy Park Hotel lors du coup d’envoi de vendredi dernier. Le groupe Heat n’aurait-il pas dû prévenir en entrée de matière que le concept est d’apprécier le défilé de mannequins dans des vêtements qu’ils ne porteront jamais en public ? Le premier passage des modèles en habits style Marie-Antoinette, éclairés par des lampes fluorescentes, arborant fleurs et morceaux de branches du jardin en guirlande illuminée, n’a pas fait mouche. Ce qui a provoqué de la part des spectateurs quelques sourires narquois.
Si les créateurs étrangers de la Fashion Week de Londres, à titre d’exemple, parviennent à réinventer la mode en jouant sur le grotesque et en titillant l’imaginaire de leur public, ce concept nouvellement introduit à Maurice n’est pas encore bien ancré. Les fashionistas attendent toujours un effet « waow » quand ils s’invitent à des Fashion Shows, où le mot d’ordre repose sur une coupe stylée, une couleur tendance et un modèle qui assure. Autre déception : le manque d’expérience de certains mannequins, qui n’avaient pas de bonne posture avec leurs chaussures à talons, s’entremêlant à leurs robes. Il y a eu du sang neuf en termes de nouveaux designers, mais il aurait fallu un peu plus de recherches et peut-être plus d’expériences des anciens de la mode pour faire de cette Mauritius Fashion Week 2016 un coup d’éclat.
On saluera néanmoins au passage certaines créations assez originales dans leur ensemble, comme les habits conçus à partir de la rouille d’Aniella Jaune. Une autre designer a prôné un effet de jeu de couleurs de la dame de pique et dame de coeur, issue du conte Alice au Pays des Merveilles, qui mérite qu’on s’y attarde. Idem pour les réalisations d’El Muhammad, Safa Elboudali, qui ont également plu.
La Mauritius Fashion Week 2016, selon les dires de Kit Acheemootoo, l’âme pensante de Heat, veut avant tout donner une plateforme aux designers locaux. « Il n’y a pas que les vêtements, on propose aussi les bijoux conçus en matières nobles. On encourage les photographes à venir exposer. C’est l’art sous toutes ses formes et le but recherché est de faire de Maurice une destination internationale de la mode avec la participation de couturiers de renom. Il est vrai que le Mauricien n’est pas encore prêt à voir des défilés, où les vêtements ne peuvent être portés dans la rue et où les mannequins se griment de manière grotesque… C’est une autre forme d’art que proposent les Fashion Weeks étrangères et que l’on espère sera mieux compris chez nous pour qu’au final, cette Fashion Week devienne une plateforme incontournable à Maurice. » La clôture de la Mauritius Fashion Week se fera le samedi 21 mai avec L’Oréal, où des “make-up artists” seront en compétition.