Il faudrait s’arrêter ne serait-ce qu’une fois à la Mauritius Glass Gallery pour vivre cette expérience artistique qu’est la fabrication du verre. Ce travail manuel mis en valeur par des souffleurs est impressionnant. Ces artisans façonnent le verre rougeoyant fondu d’après une méthode ancestrale à l’aide d’outils rudimentaires. Ils manipulent le cristal, le verre recyclé et s’inspirent de mélanges subtils de techniques pour entretenir un souffle. Incursion…
À l’intérieur du four, le verre chauffé est rougeoyant et pâteux, une boule incandescente qui s’enroule autour de la canne du souffleur. Pour protéger ses mains des 1 200 °C qui émanent du four, il s’arme de papier journal mouillé. Ce maestro du verre offre dès lors un véritable ballet. Il enroule un petit fil blanc autour du verre pour obtenir des lignes régulières. Et d’un geste calme et précis, le fil blanc est étiré avant que le verre ne soit de nouveau chauffé pour le rendre plus malléable.
Dès que le souffleur a choisi l’idée de base de son oeuvre, le verre est remis en forme pour être soufflé. Étape qui permet de mouler un creux dans la pièce. Elle est une nouvelle fois remise dans le four et du verre écrasé en poudre y est incrusté, ce qui lui donne de la couleur.
Tout un processus s’enchaîne avant que le souffleur ne fasse apparaître sous les yeux ébahis des visiteurs, des vases ou figurines. Chaque pièce est unique. Les formes, leurs transparences et les associations de couleurs entre le cobalt, l’orange, le jaune, le blanc, laissent plus d’un sous le charme.
Témoignant, Herold Ravina nous dit que son expérience de souffleur s’est transformée en véritable passion. À la Mauritius Glass Gallery de Phoenix, le contour des objets fabriqués en verre recyclé est à la fois épuré et élégant. Sensibiliser les gens à cette expérience liée au recyclage, tel est le pari que s’est fixé cette entreprise. Annette Ebsen Treebhoobun, General Manager, raconte que celle-ci a été lancée en 1991 par Phoenix Beverages Ltd. Depuis, les souffleurs travaillent beaucoup avec du verre recyclé.
Développement créatif
Dans cet atelier un peu à bric-à-brac, les mouvements des souffleurs s’enchaînent. Leurs gestes se veulent précis et malgré la chaleur, ces artisans gardent le sourire. Les bouteilles préalablement cassées seront mises dans des fonderies. Il y a certains mois, fait ressortir Annette Ebsen Treebhoobun, la “récolte” tourne autour de six tonnes de bouteilles recyclés.
« Ici à la Mauritius Glass Gallery, nous travaillons surtout avec le verre recyclé, le cristal. On est dans le développement créatif. Le temps du refroidissement, le verre recyclé devient avec la technique du souffleur une oeuvre d’art », soutient-elle. Les souffleurs utilisent des outils à mains et des méthodes ancestrales pour transformer le verre fondu en oeuvre. Tout cela en respectant l’environnement. Rappelons qu’une bouteille en verre abandonnée en pleine nature met plus de 4 000 ans à disparaître, alors que la matière est entièrement recyclable. Le four quant à lui carbure essentiellement à l’huile végétale filtrée et est également recyclé.
Dans le souci de protéger l’environnement, la Mauritius Glass Gallery encourage les écoles à canaliser l’éducation des enfants autour du recyclage. Une compétition a même eu lieu en ce sens. « On les apprend à trier les déchets, à ranger d’un côté les bouteilles en verre et de l’autre celles en plastique. Cette initiative a même donné lieu à des concours et généré des résultats très positifs. » Annette Ebsen Treebhoobun insiste que tout est récupérable dans la technique qu’utilise l’entreprise pour manier le verre.
Par ailleurs, si la commande ne tourne pas essentiellement autour du verre, des dérivés sont également créés et déclinés sous de petites collections. La Mauritius Glass Gallery fête cette année son jubilé et pour son General manager, le fonctionnement de l’entreprise dépend essentiellement de nouvelles idées. « Les gens sont à l’affût de nouveautés et en dehors des verres de Phoenix recyclés, qui ont toujours la cote, on a aussi le verre à vin atypique travaillé dans un concept original », confie Annette Ebsen Treebhoobun.
Revenant au métier de souffleur de verre, notre interlocutrice relate qu’à Maurice, il n’y a pas vraiment de femmes aux commandes. « Dans d’autres pays, les femmes sont en plus grand nombre. Une Suédoise de passage dans l’île m’avait confié que tout part d’une passion pour la matière. Il y a cette notion créatrice et l’envie de développer ses idées. L’attrait de ce métier est que chaque objet créé est différent, ce qui rend toute pièce unique. »
Autre fait intéressant, les couleurs qui entrent en composition lors de la réalisation d’un objet verrier. « Ce sont des poudres de différentes couleurs qui sont réchauffées pendant le processus et qui permettent d’avoir le coup d’oeil recherché. Les gens ressortent de chez nous toujours impressionnés, sous le coup de cette émotion d’avoir trouvé à chaque fois quelque chose d’unique. »
La Mauritius Glass Gallery, poursuit Annette Ebsen Treebhoobun, arbore ainsi un savoir-faire local. « Cette soufflerie de verre est un espace unique qui fait partie du patrimoine de Maurice », souligne la General manager. Les formations continues ainsi que les échanges entre Maurice et le Swaziland, aident grandement les souffleurs à développer d’autres techniques. Par ailleurs, pour aider la Fondation Helping Hands, des empreintes de mains de célébrités de passage à Maurice sont moulées dans du verre et vendues aux enchères. Des écrivains, des artistes, des sportifs, des chefs cuisiniers, nombreux sont ceux à avoir joué le jeu. À travers le verre, la Mauritius Glass Gallery s’impose dans le paysage économique et culturel de Maurice.