Les Mauritius Leaks publiés par l'ICIJ ont regroupé des journalistes de 18 pays, dont Maurice.

Le secteur financier mauricien se trouve au coeur d’une investigation d’un consortium de journalistes internationaux.

L’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) a enquêté sur des opérations de « divert tax revenue » perpétrées notamment au dépens de l’Afrique et l’Asie. Et ce, à partir de l’île Maurice.

La série de papiers qui a regroupé 54 journalistes de 18 pays est publiée sous l’appellation de Mauritius Leaks.

« Poorer ».

Les Mauritius Leaks se basent sur quelque « 200 000 documents » qu’a reçus anonymement l’ICIJ « à travers une clé USB ». Les données proviennent d’une firme des Bermudes qui compte une branche à Maurice : Conyers Dill and Pearman.

Conyers Dill and Pearman Mauritius a été racheté en 2017 par trois directeurs. « They renamed the business-management operation Venture Corporate Services and the law practice Venture Law Ltd », informe l’ICIJ.

Depuis Maurice, la compagnie a offert ses services à plusieurs firmes internationales, les aidant à investir en Afrique et en Asie à travers le secteur financier mauricien.

Une manoeuvre qui leur a permis de bénéficier d’avantages fiscaux légaux, mais qualifiés d’immoraux.

Comme le souligne l’ICIJ, ces traités fiscaux signés avec Maurice sont critiqués car ils ne seraient pas bénéfiques aux pays partenaires, à savoir « 46 mostly poorer countries ».

« The treaties have proved a boon for Western corporations (…) and Mauritius itself — and a disaster for most of the countries that are its treaty partners », souligne l’ICIJ.

Obscure.

Cette enquête journalistique révèle que plus deux 200 compagnies étrangères ont fait appel au service de Conyers Dill and Pearman à Maurice. L’ICIJ cite que le secteur financier mauricien jouit d’un avantage considérable : l’opacité.

Le cas du chanteur et activiste Bob Geldof est cité. Ce dernier est renommé pour avoir défendu l’Afrique et son économie. Et avoir milité contre la famine et le Sida.

« Geldof’s investment firm won Mauritius government approval to take advantage of obscure international agreements that allow companies to pay rock-bottom tax rates on the island tax haven and less to the desperately poor African nations where the companies do business », affirme l’ICIJ.

Indignation. 

Le consortium de journalistes indique que « tax officials in Egypt, Senegal, Uganda, Lesotho, South Africa, Zimbabwe, Thailand, India, Tunisia and Zambia all said their treaties with Mauritius were crippling ».

Certains de ses officiers disent « regretter » d’avoir signé ces traités. Alors que plusieurs nations tentent de réviser leur accord avec Maurice.

Mais elles se heurtent à la réticence des autorités mauriciennes à lâcher du lest sur ces traités.

Pour rappel, une précédente enquête de l’ICIJ, en 2017, accusait Maurice de se développer au dépens de l’Afrique en raison de ses traités fiscaux. Elle avait révélé, entre autres, les opérations d’une « shell company » basée à Port-Louis.


Sudhir Sesungkur : « Clean jurisdiction »

Dans une déclaration à l’ICIJ, le ministre des Services financiers, Sudhir Sesungkur, a soutenu que les informations du consortium était « dépassées ».

« The minister said that independent organizations, including the World Bank, recognize that ‘Mauritius is a cooperative and clean jurisdiction that has made significant progress in adhering to international standards' », relate l’ICIJ.