• Trois candidats ont suivi des cours pour travailler sur des bateaux de croisières après avoir échoué à l’examen d’entrée
  • Une enquête interne révèle un système de contrôle peu fiable en place

Le 8 octobre dernier, Le Mauricien évoquait des allégations de malversations à la Mauritius Maritime Training Academy (MMTA). Cette école de formation, placée sous le ministère de l’Économie océanique, des Ressources marines, de la Pêche et des Services maritimes, était soupçonnée d’avoir admis des élèves ayant échoué à l’examen d’entrée. Une enquête initiée par le ministère a confirmé les informations publiées. Toutefois, personne ne sait qui a ajouté les noms des candidats à la liste des recrues…

« Based on the evidence obtained so far, it is concluded that the allegations contained in the press article which appeared in the newspaper Le Mauricien of Monday 08 October 2018 are true. » C’est ainsi que Jean-Claude Duval, Assistant Manager Internal Control du ministère de l’Économie océanique, conclut son rapport intérimaire, daté du 15 octobre 2018 et portant la référence “ICC/MOEMRFS/2017-2018/SA/304/2”. Il rappelle que l’article en question portait sur deux candidats admis au cours STCW et permettant de travailler sur des paquebots, en dépit du fait d’avoir été recalés à l’examen d’entrée.

Les faits se sont déroulés en 2014 et 2015. Revenant sur les procédures en place, les candidats s’inscrivant pour le cours doivent avoir 18 ans ou plus, être en bonne santé et pouvant écrire, comprendre et s’exprimer correctement en anglais. Pour cela, un minimum de « crédits » en anglais est requis au SC/GCE O Level. Au cas contraire, le candidat doit passer un “English Proficiency Test”, ce qui a été le cas des candidats D. C. et V. R. S..
Confirmant les informations publiées par Le Mauricien, le rapport mentionne que D. C. a échoué par deux fois à cet examen, avec 40% et 46% respectivement. « Selon les procédures, il n’y a pas de troisième chance. Donc, le candidat aurait dû être disqualifié. » Cependant, le flou plane sur la manière dont il a été admis au cours. Le rapport précise : « Son nom ne figurait pas sur la liste des “selected candidates” datée du 11/11/14. Ce qui veut dire que sa demande a été rejetée. Toutefois, il était bien sur l’enrolment list datée du 17/11/14. »

La signature sur la liste de présences démontre que D. C. a suivi les cours du 24/11/14 au 05/01/15. Selon les “results sheets”, il a réussi les examens et obtenu les quatre certificats nécessaires le 17/03.15. L’enquête n’a toutefois pu déterminer comment le nom de ce candidat a été ajouté à la liste des recrues.

En ce qui concerne la candidate V. R. S., le rapport relève qu’elle a soumis sa candidature le 19/11/14 avec, pour seul document, sa carte d’identité. Même si elle affirme avoir étudié jusqu’en Form V, il n’y avait aucune évidence à ce sujet. De plus, mentionne le rapport, « si elle a bien soumis sa candidature le 19/11/14, cela veut dire qu’elle a raté les “Profiency Tests” du 18/07/14, du 8/9/14 et du 30/10/14 », ajoutant : « Pourtant, son nom apparaît sur la liste des résultats pour ces examens. »

De plus, précise encore le rapport, le nom de V. R. S. n’est ni sur la liste des sélectionnés du 11/11/14, ni sur l’enrolment list du 17/11/14. Toutefois, sa signature sur la liste des présences montre qu’elle a suivi les cours du 24 novembre 2014 au 5 janvier 2015. De même, les “results sheets” indiquent qu’elle a réussi aux examens. Comme D. C., elle a obtenu ses quatre certificats le 17 mars 2015.

En sus de ces deux cas révélés par Le Mauricien, l’enquête interne du ministère a identifié un troisième cas similaire : celui du candidat A. H., qui a fait sa demande pour le cours le 16 septembre 2014. Il a dit détenir un GCE O Level sans toutefois en produire la preuve. De plus, il était absent pour le “Proficiency Test in English” tenu le 30 octobre 2014. Son “application” aurait donc dû être rejetée. Son nom ne figurait d’ailleurs pas sur la liste des sélectionnés du 11/11/14 mais a été ajouté à la liste des admis du 17/11/14. Comme pour les deux autres, sa signature à la fiche des présences démontre qu’il a suivi les cours. Il a réussi aux examens et obtenu ses quatre certificats.

Dans les trois cas, l’enquête n’a pas été en mesure de déterminer qui a ajouté les noms de ces trois candidats, qui n’avaient pas obtenu le minimum requis pour le cours STCW. Conséquemment, aucune sanction n’a pu être appliquée. Ce qui révèle un système de contrôle peu fiable. Toutefois, le rapport recommande d’inviter le principal de l’école, Marday Armoogum Moorghen, à venir s’expliquer sur ces cas. Par la suite, des mesures appropriées seraient prises. De même, il est conseillé de renforcer le système en place afin d’éviter de telles malversations à l’avenir.

Il nous revient également que suivant l’émission du rapport intérimaire, le directeur de la MMTA, Sanjiv Kumar Babooa, a porté plainte à la police. Le ministère de l’Économie océanique ne s’est pas encore prononcé sur cette affaire, ni sur la marche à suivre, suivant le rapport de l’enquête interne.