Confort sommaire, entretien inexistant de la classe loisirs durant le voyage, absence d’hygiène, normes de sécurité aléatoires au débarquement et à l’embarquement à Agalega, diffusion de films violents, la vie à bord ne semble être régie par aucun règlement… voilà de quoi s’en tenir si vous voyagez à bord du Mauritius Pride. A trois reprises, Week-End, a sollicité les commentaires du directeur général de la Mauritius Shipping Corporation Ltd sur cette situation. En vain…
Personne ne fait attention à la boîte à suggestions à l’entrée de la cantine du Mauritius Pride. Elle est restée quasiment vide au retour du bateau après son dernier voyage de l’année à Agalega, en novembre dernier. S’il était impératif d’y glisser des commentaires, ils sont nombreux les passagers qui n’auraient pas ménagé leurs propos, tant les conditions, le temps que dure le voyage (aller-retour), à bord sont mauvaises, voire… exécrables. Des conditions difficiles, qui ne sont pas forcément dues à l’absence de confort, mais à d’autres lacunes qui demandent à être remédiées par la Mauritius Shipping Corporation Ltd, propriétaire du bateau. Toutefois, tous les passagers n’étant pas logés à la même enseigne, ce sont ceux de la classe loisirs (248 sièges) qui sont contraints de voyager dans des situations embarrassantes. En classe loisirs où le prix du siège est de Rs 4 000 (pour les Mauriciens logés chez des proches, natifs d’Agalega) et Rs 7 500 (Mauriciens/étrangers logés ailleurs sur l’île), l’absence d’entretien, d’hygiène et de facilités pour bébés et personnes handicapées rendent les quatre jours de voyage (aller-retour) en mer extrêmement inconfortables. Pis : la sécurité des passagers au débarquement à Agalega et à l’embarquement pour Maurice est tout aussi aléatoire! Ceux en classe première (9 cabines de deux couchettes chacune), ne connaissent pas les mêmes conditions de voyage. La propreté et le service font la différence. Il faut savoir que la majorité, quand ce n’est pas la totalité des passagers qui voyagent en première classe ne paye pas leur billet (environ Rs 10 500), mais l’Etat, car comme cela a été le cas en novembre dernier, la plupart d’entre ceux-ci sont des hauts cadres de la fonction publique qui vont en mission dans l’île. Quand on sait qu’il est quasiment impossible pour le passager ordinaire d’obtenir une place en cabine, on se demande bien pourquoi les classes sont catégorisées. « On traite les passagers en partance pour Agalega comme du bétail », lance une femme dépitée. Comme les quelque 200 passagers, dont des enfants, à qui il a été demandé d’être au Aurélie Perrine Passenger Terminal, avant 8 heures du matin, heure de l’embarquement, avait-on dit, à l’Outer Islands Development Coporation, elle attend depuis près de deux heures au soleil.
 
Poubelles pas vidées, couvertures usées…
Après les procédures d’enregistrement, de nombreux passagers embarquent sans avoir été au préalable contrôlés. Dans notre dernière édition, nous avons fait état de la présence et de la consommation de gandia à bord du bateau. Entre-temps, aucune communication officielle n’est donnée pour expliquer le retard, qui a retenu les passagers pendant de longues heures à terre. Une fois à bord du bateau, visiblement habitués des lieux, des passagers de la classe loisirs s’installent dans leurs sections respectifs. Dans certaines sections, la musique à fond et l’animation donne un air de camping au voyage. Si a priori le Mauritius Pride quittera la rade de Port-Louis plus ou moins propre — malgré les couvertures usées et sentant plutôt mauvais — tel ne sera pas le cas à son arrivée au débarcadère de La Fourche, sur l’île du Nord, à Agalega. A l’aller, tout comme au retour, les cabines de douche et des toilettes ne seront nettoyées que rarement. « Je préfère ne pas vous décrire les toilettes pour hommes », confient des passagers outrés. Le syndicaliste Jack Bizlall, qui était en mission à Agalega, ne nous cachera pas son profond dégoût à ce propos. « Inadmissibles! Ce sont des choses qu’il faut dénoncer », lance rapidement ce dernier à Week-End, avant de regagner Maurice. Aux toilettes pour femmes, les vomissures ne sont pas nettoyées non plus. Aussi, toujours aux toilettes pour femmes, le bateau ne propose aucune facilité pour permettre aux mères de changer et donner un bain à leurs bébés. « Mo bizin débriyé dan dous pou beynn mo zenfan », explique une mère. Quant aux couches sales… les mamans s’en débarrassent comme bon leur semble, même dans les poubelles des sections. Ces poubelles, qui ne seront jamais vidées durant le voyage, incommodant les passagers. Quant aux sections, elle pas entretenues, elles restent sales et encore moins, désinfectées! Et lorsque des passagers sont pris de malaise, vomissent sur place, c’est la débrouille pour le nettoyage! De plus, à l’intérieur du bateau, comme sur les ponts, les poubelles se remplissent rapidement de cannettes de bière. A chaque ouverture du bar, qui commence tôt le matin, l’alcool remporte un succès! A la cantine, le repas (inclus dans le tarif) semble convenir aux passagers. Mais si le pain servi pendant le petit déjeuner est frais, vous avez des chances qu’on vous remette du pain rassis et immangeable si vous en demandez au déjeuner!
 
L’échelle de débarquement/d’embarquement, un danger pour les passagers
L’absence de règlements de vie à bord du bateau est flagrante. Il y existe un laisser-aller déroutant, voire perturbant. La diffusion de films violents pour un public composé de nombreux des enfants surprend. Les passagers ne reçoivent aucune consigne afin, qu’entre autres, la propreté dans les espaces de vie soit respectée. D’autre part, la Mauritius Shipping Corporation Ltd n’intègre pas la communication sur des aspects pratiques et informatifs, parmi ses services à bord. Ce qui est dommage, puisque si la plupart des passagers sont des habitués du bateau et font fi des manquements, en revanche de nombreux Mauriciens et aussi des étrangers qui voyagent pour la première fois à bord du Mauritius Pride, ne savent pas vers qui se tourner en cas de nécessité.
Piraterie oblige, en matière de sécurité, le Mauritius Pride s’est assuré de la présence des commandos de la marine, dans des points stratégiques du bateau. Mais pour ce qui est de la sécurité des passagers au débarquement et à l’embarquement à Agalega, les normes laissent à désirer. Les passagers qui sont embarqués par groupes dans des pirogues à moteur (dépourvues de bouées de sauvetage) pour gagner la terre ferme, ne disposent pas de gilet de sauvetage. Pis encore, l’échelle de débarquement/d’embarquement placée entre le Mauritius Pride et les bateaux s’avère être un véritable danger lorsque le temps est inclément. Ainsi, le 26 novembre dernier, la pluie avait compliqué l’embarquement des passagers pour Maurice. Les skippers des bateaux à moteur avaient des difficultés à maintenir l’échelle qui se déplaçait avec les risques que cela pouvait comporter. Pour accéder au Mauritius Pride, les passagers, y compris les enfants ont eu à faire preuve de prudence et se sont livrés à un exercice d’équilibre.