Le Mauritius Pride devrait finalement lever l’ancre aujourd’hui en direction d’Agalega après un départ annulé mercredi à la suite d’une panne technique alors que ses 225 passagers se trouvaient déjà à bord. Ces derniers n’ont été avertis que le lendemain matin que « bato pa pou ale » avant d’être priés de rentrer chez eux ! Un imprévu qui leur a causé beaucoup d’inconvénients. Les passagers sont indignés du « manque de communication », évoquant même un « traitement cavalier ». Mais Jean-François Batour, président du board de l’Outer Islands Development Corporation – et qui était aussi à bord – estime, lui, avoir « assumé ses responsabilités » et se dit « satisfait des mesures prises ».
Depuis neuf mois, les habitants d’Agalega attendent l’arrivée du Mauritius Pride, et à cause de cette panne ils devront patienter jusqu’à lundi… si le bateau part comme prévu cet après-midi. La panne survenue à la grue principale dans la soirée de mercredi, et qui a paralysé le bateau au port pendant trois jours, a mis les responsables de l’OIDC – organisme qui gère Agalega – sur la brèche, enchaînant réunion sur réunion tout en étant en contact permanent avec le Mauritius Shipping, gérant du bateau, pour éviter un report prolongé. Pendant que le board se réunissait hier, une quarantaine d’Agaléens, contrariés par ce changement, attendaient dans les escaliers menant au bureau de l’OIDC pour être fixés sur le nouveau départ du bateau. Ils sont arrivés à 9 h et à midi, ils y étaient toujours, visiblement exténués par l’attente. « Nou ti pou inn fini ariv kot nou azordi (Ndlr : hier) si bato ti bouze merkredi. Inn ariv midi pa ankor si bato pou ale tanto ou dime », dit, agacée, une mère de famille, tenant son enfant dans ses bras.
A la mi-journée hier, la Mauritius Shipping informait l’OIDC que le Mauritius Pride pourra prendre le large aujourd’hui. « La grue a été réparée et tout est entré dans l’ordre. Le bateau est prêt pour partir demain à 13 h », confirme Jean-François Batour, président de l’OIDC. « Les passagers qui sont venus à l’OIDC aujourd’hui (Ndlr : hier) ont déjà leur billet. Et dès que nous avons eu confirmation, nous avons commencé à appeler les autres passagers. Avant 16 h, tout le monde aura été informé », affirme M. Batour.
Parmi les 225 passagers, outre les habitants – qui retournent vivre sur leur terre natale – et des collégiens en vacances scolaires, l’on compte aussi des visiteurs et des professionnels de plusieurs secteurs, qui se rendent en mission dans l’archipel. « À l’heure où je vous parle, aucun passager qui s’était embarqué mercredi dernier ne s’est désisté du fait de ce contretemps indépendant de notre volonté », explique le président de l’OIDC.
Ce n’est pas tant la panne technique, mais la manière de procéder en termes de communication et de canalisation des passagers vers la sortie qui ont suscité la colère de bon nombre de passagers. Ces derniers racontent que c’est après avoir pris leur petit-déjeuner jeudi matin qu’ils ont officiellement été informés qu’ils devront descendre du bateau alors que depuis la veille, disent-ils, la rumeur d’un problème technique assez sérieux commençait à s’ébruiter à bord. « On nous avait dit que le bateau allait quitter le port vers 18 h, mais à 22 h on n’avait pas encore embarqué les marchandises et les animaux. Plusieurs d’entre nous commençaient à se poser des questions, mais comme on était très fatigués, le sommeil a finalement eu raison. Au réveil le lendemain, le bateau était encore bien ancré au port et aucun signe d’un départ imminent. On a compris que le bateau ne partirait pas de sitôt lorsqu’un préposé a demandé à ceux qui occupaient des cabines de lui rendre les clés. Une annonce officielle laconique a été faite par haut-parleur à 9 h. Il y a eu des grosses lacunes au niveau de la communication », affirme un cadre qui part en mission. D’autres évoquent un manque de tact et de courtoisie. « Fason ki finn pran lakle ar nou e dir nou desan pa corek ditou », commentent des passagers furieux. « Nous avons la nette impression qu’il n’existe pas de protocole à la disposition du personnel en cas d’imprévu pour diriger et rassurer les passagers », disent encore nos interlocuteurs, qui ont bien l’intention de transmettre aux autorités concernées leurs observations à ce sujet.
Interrogé hier après-midi au sujet de ces critiques, le président de l’OIDC se dit « très surpris », avant de souligner qu’il était à bord et qu’il a « pris les choses en main » dès qu’il a été informé du report du départ. « Après une réunion avec le capitaine du bateau, j’ai passé personnellement le message aux passagers en classe économique et à ceux qui étaient dans leurs cabines. J’ai assumé mes responsabilités et je suis satisfait de ce qui a été fait », dit Jean-François Batour.
Ce départ différé à la dernière minute n’est pas sans conséquence : les produits frais – tels les légumes et les fruits achetés par les Agaléens pour leur famille et à la demande des voisins, et qui ont été envoyés dans la soute à bagages – sont complètement avariés. « Ki pou fer ? Kan nou arive, pou bizin zet tou… Se enn larzan perdi », se résigne une maman. À l’instar de cette dernière, ils sont nombreux à se demander si les autorités les dédommageront pour ces pertes. « Cette question spécifique concerne le Mauritius Shipping », s’empresse de préciser Jean-François Batour. En revanche, le Board de l’OIDC a pris la décision hier matin de rembourser à tous les passagers, indistinctement, les frais de déplacement de leur domicile jusqu’au lieu d’embarquement. L’OIDC a déjà remis à certains d’entre eux hier une somme de Rs 1 000. Cet argent se révélerait toutefois insuffisante, comme pour ce couple d’un âge avancé de Mahébourg qui a déjà déboursé… Rs 2 400, soit Rs 1 200 à deux reprises, en taxi. N’ayant aucun endroit où se loger à Port-Louis, ils sont en effet retournés chez eux, à Mahébourg. D’autres passagers avaient refusé de quitter le Mauritius Pride jeudi matin car ayant rendu les clés de la maison qu’ils avaient loué pendant leur séjour à Maurice. D’autant que jeudi, il n’y avait toujours aucune indication de la date du prochain départ.