Après la CNT, la RDA, la NTA, c’est au tour d’un autre organisme relevant de la responsabilité du ministère des Infrastructures publiques, que dirige Anil Baichoo, de se retrouver sous les feux des projecteurs. Il s’agit de la Mauritius Shipping Corporation Limited qui, jusqu’ici, éloignée des préoccupations du grand public quand bien même elle gère tout ce qui a trait à la politique maritime du pays et ne disposant même pas d’un site internet propre à son nom, a pu fonctionner comme un électron libre.
Mais les choses vont probablement commencer à changer avec le dossier qui circule, avec noms et connexions à l’appui, quant à la politique hautement discriminatoire pratiquée en matière d’embauche et qui semble favoriser soit les proches du ministre soit des agents politiques venant de la circonscription N°9, Flacq/Bon accueil. On parle même de 19 sur 21 recrues qui seraient dans ce cas. Plus grave, le profil des recrues semble exclure certaines composantes de la population mauricienne. Le dossier devrait, selon nos renseignements, atterrir tant sur la table du président de l’Equal Opportunities Commission, qui vient de dénoncer publiquement la politique de recrutement, que celle de l’Independent Commission against Corruption.
Le procédé qui consiste à embaucher quelqu’un sans appel de candidature et qui passe du statut de casual à employé permanent avec, souvent, une promotion à la clé est ancien mais il perdure encore. Ce qui permet de faire entrer des proches et de récompenser les agents politiques. Cette tâche a, il faut le dire, été grandement facilitée par la désignation de nominés politiques à la tête de la Mauritius Shipping Corporation. Après Anand Jhugroo et Rajesh Daumoo, deux proches d’Anil Baichoo qui ont officié à la présidence de la MSC, c’est Sudhir Maudho, un autre intime du ministre des Infrastructures publiques et habitant du N°9 de surcroît, qui occupe le poste de président.
Ce dernier, qui était attaché de presse d’Anil Baichoo de 2000 à 2002, avait dû démissionner de son poste après son arrestation par l’ICAC dans le sillage des allégations de pots de vin obtenus en échange de patentes de taxis formulées par Rama Valayden non seulement contre lui mais aussi contre le ministre d’alors qui était Anil Baichoo. Après que son procès eut été rayé en 2011, Sudhir Maudhoo sera nommé le 18 novembre de la même année à la présidence de la MSC.
Sur la liste qui circule figure en pole position celui que le ministre a nommé comme Chief Manager de la MSC au début des années 1990 et qui n’est autre que son beau frère Dhanraj Kissoon et s’en est suivie une vague de recrutements qui ne s’est pas arrêtée depuis. Sont cités comme ayant été recrutés sans appel de candidatures ni même entretien d’embauche une proche d’un agent politique, Kamlesh Baichoo, un parent du ministre, une femme qui n’est autre que la soeur d’un activiste-clé et dont le nom a été récemment cité dans un trafic de Subutex de la région, la fille d’un ex-membre de la Public Service Commission, un proche parent de l’ex-président de la MSC Rajesh Daumoo, la nièce d’un ancien haut gradé de la police, la fille d’un opérateur de transport privé, Sanjay Maudhoo, un parent de Sudhir Maudhoo, le fils d’un autre agent et des activistes politiques eux-mêmes. Le bal se poursuivra de plus belle à partir de 2005 avec l’embauche directe de personnes comme la nièce du ministre, une autre femme, cette fois apparentée à l’ancien président de la MSC Anand Jhugroo et d’autres biens connectés politiquement.
En sus de l’embauche, c’est également le traitement princier dont bénéficient les recrues politiques qui suscitent interrogations et critiques. Il y a ceux qui ont été employés à des rangs inférieurs dans la hiérarchie qui sont aujourd’hui parmi les cadres les mieux rémunérés de la MSC. Comme il n’y a pas de Managing Director depuis des lustres et, ce, de manière tout à fait délibérée, ce sont les nominés politiques qui y règnent en maîtres.
Ce qui favorise tous les excès comme la propulsion de Kamlesh Baichoo, recruté comme simple Security Officer et qui a été propulsé au poste de Procurement Officer à titre temporaire et qui, pourtant, était jusque-là occupé par un Senior Manager qui fut transféré parce qu’il n’était pas un yes man, le maintien en poste et sur une base permanente et sans justification de la remplaçante d’un Passenger Services Officer partie en congé de maternité et qui a réintégré son poste, ou encore le cas de ce handyman qui fut renvoyé pour cause d’absences répétées et de performance médiocre mais qui a été réembauché comme officier de sécurité avant de retourner tranquillement à son poste de handyman.
Autres particularités du moment à la MSC, le processus de recrutement d’un cadre des ressources humaines. S’il y a eu un semblant d’appel de candidatures comme pour le poste de Procurement Officer, les noms des personnes qui seront éventuellement sélectionnées sont d’ores et déjà connus, ainsi que le renvoi de ceux soupçonnées de ne pas être du bon versant politique.