Si dans l’ensemble, le MTUC (Mauritius Trade Union Congress) considère le Budget 2016-17 « très intéressant », le syndicat relève aussi des « omissions ». Ainsi, « rien n’a été dit sur la création d’une ‘Parastatal Bodies Service Commission’ pour plus de transparence dans les recrutements et exercices de promotion au sein des corps para-étatiques », met en exergue le président, Dewan Quedou. De même, le projet d’un ‘National Employment Policy’ est « demeuré au stade de ‘draft’ » regrette le MTUC. Lors de la conférence de presse du syndicat à Port-Louis ce matin, il a aussi été question du Trade in Services Agreement (TiSA) qui, « tend vers la libéralisation à outrance de l’économie et la privatisation de certains secteurs ».
Le MTUC dit avoir bien accueilli les encouragements envers les PME dont le ‘tax holiday’ de quatre ans pour celles enregistrées auprès de la SMEDA et dont les chiffres d’affaires sont moins de Rs 10 M, et les ‘8-year tax holiday’ pour les nouvelles entreprises. De même l’annonce de la création d’opportunités d’emploi dans divers domaines. « Au niveau du ministère de l’Éducation, presque tous les postes seront remplis. Des recrutements seront faits au niveau de la Police, de la Prison ».
Par contre, relève Dewan Quedou, « nous avions demandé un ‘Parastatal Bodies Service Commission’ pour davantage de transparence au niveau des recrutements et des exercices de promotion dans les corps para-étatiques. Nous avions expliqué qu’il faut un organisme indépendant mais cela tarde à venir. Nous écrirons donc une lettre officielle au gouvernement à ce sujet ». Autre « omission », selon le MTUC : « le National Employment Policy dont le plan est demeuré au stade de ‘draft’. C’est une politique qui aurait permis d’identifier les secteurs d’emploi les plus demandés et ceux qui sont saturés ».
Dewan Quedou regrette en outre que du côté de la CSR, il n’y ait rien de prévu pour une allocation de ce fonds aux syndicats qui « s’occupent de l’intérêt des travailleurs et qui assurent des formations à leur destination ». Il exprime aussi son appréhension qu’il y ait des pertes d’emploi là où il y aura des réformes dans le secteur public. « Par exemple, il y a quatre institutions au sein des Finances qui vont converger. Mais, chaque institution a son ‘chairman’. Un seul y restera ».
Pour sa part, Désiré Guildhary, vice-président du MTUC et représentant du secteur privé, rappelle qu’ « un rapport du NRB a été soumis au gouvernement le 31 décembre pour revoir les salaires de moins de Rs 6 500. D’après nos renseignements, le quantum a été finalisé mais on n’entend toujours rien du ministre jusqu’ici ». Autre point abordé : « le Budget parle de combattre l’extrême pauvreté mais est-il acceptable que des employés touchent des miettes ? De plus, l’augmentation des prix des cigarettes et des boissons alcoolisées auront un impact sur des familles. Dans les poches de pauvreté, ce sont les familles qui paieront les pots cassés. On accorde une remise de Rs 60 sur les bonbonnes de gaz d’un côté et de l’autre on prend de l’argent sur les cigarettes et l’alcool. Ce n’est pas la hausse des tarifs qui empêchera ces personnes de fumer et de boire ». Selon Désiré Guildhary, contrairement à ce qui avait été annoncé dans le manifeste électoral, « on se cache aujourd’hui derrière des comités ».
TiSA
Le MTUC est aussi intervenu sur le Trade in Services Agreement (TiSA) auquel Maurice a adhéré et peut se résigner dans les jours à venir. Selon Wikipedia, ce projet de traité est protégé « résultant d’un dépôt de droit américain, ce qui interdit de le diffuser ou de le publier complètement ou en partie. L’exemplaire déposé au Parlement européen dans une armoire forte, n’est consultable que sur autorisation spéciale, avec interdiction d’en prendre note ou une copie ». Et, suite à des révélations de Wikileaks en mai 2016, on apprend que « dans le cadre de TISA, les pays devraient renoncer à toute législation imposant une implantation locale, liant les contrats à des emplois locaux, à des transferts de technologies, à des efforts de recherche et développement sur place, à l’utilisation de produits industriels nationaux ». De plus, « les sociétés d’État seraient forcées de fonctionner de la même façon que les sociétés privées, première étape vers la privatisation ». Le MTUC se dit « contre toute privatisation des services comme les secteurs bancaires, santé et transport. Maurice était présent en juillet dernier à Nairobi où elle a pris la décision d’appliquer cet accord. Les États-Unis l’appliquent déjà. Maurice est le seul pays africain à y avoir adhéré ». Les 13 et 14 septembre prochains, se déroulera un atelier international à Maurice auquel participeront des pays africains sous l’International Trade Union Congress ainsi que l’OWNFS (Our World not for Sale). « Nous inviterons les ministres des Finances et des Affaires étrangères à exprimer leurs points de vue et à dire s’ils se désisteront. Nous allons créer une vaste campagne contre cet accord ».