Pour conscientiser les gens sur le fait que l’abattage des chauves-souris risque de mener cette espèce a l’extinction, la Mauritius Wildlife Foundation (MWF) est montée au créneau. Lors d’un point de presse à l’hôtel St-Georges hier matin, Vikash Tataya, directeur de la MWF, explique que l’Australie, qui avait connu le même problème, avait opté pour les filets de protection pour protéger les arbres fruitiers. « Il faudrait qu’à Maurice, chaque agriculteur ait droit à dix filets de protection. Car l’abattage de 18 000 chauves-souris ne résoudra pas le problème auquel ils font face. »
« Les Mauriciens ont des avis divers sur ce sujet. Or, selon une étude menée sur le terrain, il est prouvé que bon nombre de Mauriciens ont une méconnaissance de la chauve-souris. Certains pensent que ces animaux sont à l’origine de la perte de leurs fruits. Or, il existe beaucoup de conflits entre l’homme et la nature, le nageur et le requin, de même que la chauve-souris, qui est un animal inoffensif. Il vaut mieux venir de l’avant avec un plan de cohabitation plutôt que d’abattage », a indiqué le président de la MWF, Vikash Tataya, lors d’un point de presse hier matin à l’hôtel St-Georges. « La chauve-souris est endémique, unique à Maurice. La Réunion et Rodrigues n’ont plus de chauve-souris et, maintenant, à travers nos méthodes d’abattage, nous nous réservons le même sort. »
L’Union internationale pour la conservation de la nature a à cet effet classé cet animal dans la catégorie « vulnérable ». « La chauve-souris pollinise les arbres indigènes et endémiques, elle parvient à disperser des graines et des fruits à des kilomètres. Si on maintient le mot d’ordre de l’abattage, la chauve-souris risque de disparaître à tout jamais. Déjà qu’en période de cyclones, bon nombre d’entre elles meurent… »
Il rappelle que 50 000 chauves-souris femelles peuvent procréer uniquement un bébé par an et que, lors de l’abattage de la mère, son petit risque aussi d’être tué. Car la mère emporte son bébé pendant quatre mois. En abattant 18 000 chauves-souris, le nombre d’individus tués risque donc d’être plus important. Il dira aussi qu’une chauve-souris ne peut uniquement être tuée que si elle est touchée à la tête. « Certains tirs pourraient les atteindre dans d’autres parties de leur corps, mais n’entraîneront pas de mort immédiate, occasionnant ainsi des souffrances atroces. De telles pratiques sont inhumaines. De plus, il n’y a pas que les chauves-souris qui font des dégâts aux fruits : il y a aussi les rats, les singes. »
Il dira aussi que le rapport de la Food & Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) n’a pas été conçu dans un souci de transparence. « C’est compliqué d’entreprendre un vrai recensement de la population de chauves-souris. Souvent, quand il y a des bruits, elles se dispersent et il est dès lors difficile d’en faire une évaluation lors de leurs déplacements. Il faudrait les évaluer lors d’un “evening dispensal”. Selon une étude établie par la Mauricienne Sophie Robin en 2007, ces animaux se réfugiaient dans des régions comme Moka, les gorges de la Rivière-Noire ou encore Bambous. »
Un recensement en 2010 faisait état de la présence de 55 000 individus et, en 2013, le National Park & Conservation Service parlait, lui, de 90 000 chauves-souris, soit une augmentation de 63% en 3 ans. Biologiquement parlant, « ce n’est pas possible », rétorque Vikash Tataya, qui est d’avis que les chiffres avancés sont erronés. « On ne le répétera jamais assez : l’abattage des chauves-souris ramènera la condition de ces animaux à une vulnérabilité qui conduira à l’extinction totale de cette espèce. Il faudrait commanditer une étude sur la chauve-souris avant de débattre de son sort. L’abattage ne résoudra en rien le problème. Le filet de protection reste la meilleure solution. »