Après d’âpres négociations, les 46 licenciés de la firme Mauritours sont parvenus à arracher de l’administrateur de la firme en faillite, Sattar Hajee Abdoula, un engagement pour qu’ils soient payés et que leurs droits soient respectés dès que la situation de l’entreprise se sera améliorée. Leur représentant syndical, Reeaz Chuttoo, fustige pour sa part l’Insolvency Act et réclame l’institution d’un Portable Severance Allowance Fund, lequel servirait à indemniser les employés en difficulté.
« J’ai un accord légal selon lequel tous les dus des employés seront payés d’après les provisions de la  loi. Je peux comprendre que, pour l’instant, il n’y a pas un sou dans les caisses. Par contre, les droits acquis des employés, eux, sont toujours là. Cela ne veut pas dire que s’il n’y a pas d’argent aujourd’hui, on n’en aura pas demain !» C’est ce qu’a déclaré l’administrateur de la firme en faillite Mauritours, Sattar Hajee Abdoula, au Mauricien qui le sollicitait pour une déclaration suite à une réunion qui s’est tenue hier en début d’après-midi au bureau du ministre du Travail, des Relations industrielles, de l’Emploi et de la Formation, Soodesh Callichurn, et ce en présence des licenciés et de leurs représentants syndicaux.
Selon nos renseignements, la rencontre avait débuté dans une atmosphère très tendue. L’administrateur Sattar Abdoula a réussi à faire comprendre aux licenciés et à Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo, leurs deux représentants syndicaux, qu’il ne faisait que respecter les provisions de la loi et de l’Insolvency Act notamment. « Sous cette loi, l’administrateur dispose des pleins pouvoirs pour prendre les décisions qu’il juge nécessaires pour redresser la situation financière de l’entreprise, même si cela va à l’encontre des employés. Car bien souvent, l’intérêt de ces derniers n’est en aucun cas une priorité, l’intérêt des créanciers arrivant en premier », a expliqué pour sa part au Mauricien Reeaz Chuttoo, secrétaire de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), à laquelle est affiliée la Private Enterprises Employees Union (PEEU), syndicat des licenciés de Mauritours.
Le  syndicaliste fustige pour cela les décideurs politiques. «La loi, c’est certes la loi. Mais qui fait la loi sinon nos décideurs politiques. C’est ainsi qu’ils ont décidé que l’intérêt des créanciers, c’est-à-dire des banques et des fournisseurs, devrait passer avant celui de ceux qui ont contribué pour faire prospérer jusque-là cette entreprise, c’est-à-dire les employés », explique-t-il. Selon Reeaz Chuttoo, « tous les travailleurs du pays doivent faire pression » sur le gouvernement pour qu’il amende l’Insolvency Act et la Companies Act « afin de sauvegarder l’intérêt » des travailleurs. « Ce sont les employés qui produisent les richesses de ce pays et ce n’est que justice que leurs intérêts soient protégés en premier », insiste-t-il. Il a annoncé que les licenciés de Mauritours ont décidé de manifester en public leur frustration afin de sensibiliser et mobiliser les autres travailleurs sur cette nécessité de faire pression sur le gouvernement pour amender les lois en leur faveur.
« C’est dans un tel contexte, où les entreprises ferment sans que les licenciés aient en retour la moindre indemnité, que l’institution d’un Portable Severance Allowance Fund (PSAF) prend toute son importance », ajoute le syndicaliste. Il explique le fonctionnement de ce fonds, géré par le gouvernement : « Les employeurs y versent l’équivalent d’un jour de salaire mensuel de leurs employés. En cas de licenciement ou de départ à la retraite, l’employé est indemnisé par le gouvernement en puisant de ce fonds. »
Pour Reeaz Chuttoo, l’institution d’un PSAF offre des avantages aux employeurs comme aux employés. « En cas de licenciement, les indemnités de licenciement sont payées à partir de ce fonds. Les employeurs n’auront par conséquent aucune nécessité d’avoir recours à des subterfuges pour éviter de payer une compensation, en cas de licenciement par exemple. Les employés, pour leur part, seront toujours assurés de toucher une indemnité en cas de licenciement ou à leur retraite, et cela même s’ils ont été amenés à changer d’employeurs durant leur carrière ! » Et le syndicaliste de rappeler que le principe de l’institution d’un PSAF avait été agréé par l’ancien gouvernement et, même, par le Bureau international du Travail.
Rappelons que, depuis plusieurs mois, les employés de Mauritours éprouvaient des difficultés à obtenir leur salaire. Le 6 juin dernier, la compagnie a été placée sous administration judiciaire, Sattar Hajee Abdoola ayant été nommé administrateur. Le 24 juin, les employés n’avaient toujours pas obtenu de salaire depuis plusieurs mois. Ce jour-là, 46 d’entre eux ont reçu leur lettre de licenciement de l’administrateur.