Plus informé par son service diplomatique qu’on ne le pensait, le Pape ne s’est pas laissé utiliser comme espéraient le faire les gâte-sauces de lakwizinn orange, qui se prennent pour des spin doctors. On savait depuis belle lurette que dans la stratégie pour faire réélire Pravind Jugnauth, la visite à Maurice du Pape était considérée comme un moment capital.

Une phrase en faveur du PM, une photo bien cadrée et — le rêve — une accolade auraient été de précieux atouts au cours de la campagne électorale pour les monteurs du clip viré mam, toujours à l’affût d’un détournement d’image. Mais en homme public habitué à gérer son image, François a habilement évité tous les possibilités de récupération politicienne. Il a même utilisé son image pour faire passer un autre message que celui attendu, espéré par la cellule de communication du Premier ministre. Au niveau du symbole alors que personnalités de l’état et membres du gouvernement ne se déplacent que dans de puissantes berlines, le Pape a choisi une voiture blanche tout simple pour se déplacer à Maurice. Et qui plus est, en s’installant à côté du chauffeur, ce qui donna une image de nouveaux riches aux officiels voyageant derrière avec parfois des estafettes de la police pour leur ouvrir le passage.

Au niveau du discours, alors que le Premier ministre et ministre des Finances attendait des compliments sur sa gestion, qu’il estime extraordinaire, de l’économie mauricienne, le Pape lui a rappelé quelques vérités. Que la réussite économique de Maurice ne profite pas à l’ensemble de la population, que le train du développement laisse beaucoup au bord de la route et que le taux de chômage des jeunes est alarmant. Un peu plus loin dans son discours, le Pape a également évoqué l’ampleur du problème de la drogue – en utilisant le terme marchand de la mort -, alors que Pravind Jugnauth n’arrête pas de clamer son engagement à lutter contre ce fléau.

Le sermon sur la montagne de François ne contenait pas que les louanges que les gâte-sauces de lakwizinn comptaient récupérer. En parlant de la cérémonie à Marie Reine de la Paix, il faut mentionner la qualité du commentaire de Marie-Josée Baudot, qui a donné une brillante démonstration de ce que doit être un reportage dans une radiotélévision digne de ce nom. Ce qui est de moins en moins le cas de la MBC.

Au niveau des tentatives de récupération de la visite Pape, il y eut, au Réduit, l’épisode des photos et des médailles. La photo du clan Jugnauth entourant le Pape a surtout été interprétée comme une illustration du terme dynastie ou de famille royale qu’on utilise à son propos. Après l’audience, le beau-frère et la belle-sœur montrant fièrement une médaille papale comme un autographe d’une vedette de cinéma aura plus fait sourire qu’autre chose.

Tout comme la nombreuse parentèle que le président par intérim a présentée au Pape et qui, selon plusieurs sources, se conduisait au Réduit comme en pays conquis en faisant fi du protocole. Un peu comme autrefois un homme d’affaires angolais.

Cette semaine qui devait être triomphale pour Pravind Jugnauth sur le plan médiatique et symbolique s’est terminée de manière catastrophique. Après la visite papale qui s’était déroulée au contraire des espérances de gâte-sauces de lakwizinn, le Premier ministre a reçu un coup de massue de la part des magistrats de la Cour intermédiaire vendredi. En effet, après quatre ans d’enquête, les magistrats ont décidé de rayer les accusations portées contre Navin Ramgoolam dans l’affaire dite de Roches Noires.

Une affaire sur laquelle la police avait décidé d’enquêter et de loger ses conclusions devant la justice, reposant sur le témoignage d’une transfuge du monde politico-financier. Une affaire sur laquelle lakwizinn avait bâti une image négative de Navin Ramgoolam qu’elle comptait exploiter lors de la prochaine compagne électorale. Pravind Jugnauth aura beau dire qu’un bandit reste un bandit, mais dans l’affaire de Roche-Noires, toutes les accusations faites par la police contre Navin Ramgoolam ont été rayées par la Cour intermédiaire. Tout comme toutes les charges portées contre lui dans l’affaire MedPoint n’ont pas été retenues par le Privy Council.

La deuxième semaine de septembre 2019 a été une mauvaise semaine pour Pravind Jugnauth.