C’est dans ses bureaux, à même pas 50m du Champ-de-Mars, que Maxime Sauzier a reçu Week-End jeudi pour un exercice de questions-réponses qu’il n’a pas fait depuis plus de 20 ans. En effet, depuis la fermeture de l’écurie Cayeux, l’homme de loi, trois fois président du MTC, a pris ses distances de l’antre aux  chevaux pour ne plus y mettre les pieds. A tel point que celui qui avait démissionné comme président du MTC en 1992 après un sérieux différend avec l’ex-secrétaire général du MTC, Jean Halbwachs, a rendu sa carte de membre du club. C’est à ce titre  que Week-End a fait appel à lui pour parler de la situation dans laquelle se trouve son ex-club aujourd’hui,avec un regard dépassionné.
Maxime Sauzier, vous avez été  commissaire, puis président du Mauritius Turf Club durant les années 80 à fin 90 et depuis vous avez pris vos distances des courses. Est- ce que la situation dans laquelle se retrouvent aujourd’hui les courses mauriciennes ne vous intéresse plus?
— Les courses en elles-mêmes ne m’intéressent plus à Maurice. J’ai perdu tout contact avec le Mauritius Turf Club depuis plus de 10 ans et pour cause; je ne suis plus membre du Club. Mais j’ai suivi les courses de façon sporadique jusqu’il il y a cinq ans de ça. Mais depuis, j’ai vraiment pas de contact avec le monde hippique et pour tout vous dire, j’ai absolument aucun «feeling» pour ce sport qui a façonné mon enfance— Ndlr: Le père de Maxime Sauzier avait une écurie  en son nom — voire toute ma vie.
 
Avec recul êtes-vous un homme content aujourd’hui d’avoir pris vos distances des courses et du MTC?
— Oui et non, mais prendre mes distances des courses  à été un choix personnel que j’ai pris il y a une dizaine d’années. Chacun dans la vie a des priorités. Je suis un professionnel qui est très demandé et un moment il y avait un choix à faire. Primo: je n’avais plus de temps pour m’occuper des chevaux et secundo la situation s’est détériorée tellement au MTC qu’il était plus juste de partir. Quand on voit ce qui se passe aujourd’hui au MTC, je crois, sans risque de me tromper ,que j’ai eu bien raison de m’en aller.
 
Mais la situation actuelle  du MTC et des courses en général vous inspire quoi exactement?
— Une profonde tristesse de voir ce club arriver à un tel niveau. J’ose penser, dans un sens, aux anciens présidents du MTC  qui  sont décédés et qui doivent sans doute se retourner dans leur tombe.
 
Pourquoi ?
— Parce que le club fait face à des scandales en tout genre et qui en font les grands titres dans quasiment tous les journaux de Maurice. Un tel état ne donne pas du crédit à un club à la stature du MTC.  C’est très mauvais pour les choses hippiques et très mauvais pour l’image  de cette industrie à Maurice comme à l’étranger.
 
Quand on voit le nombre de scandales qui sont relevés dans la presse chaque semaine, est-ce que cela vous choque ou était-ce aussi le cas lorsque vous étiez membres et président du board des commissaires des courses?
— Absolument pas. Comme dans tous les boards qui se sont succédé au MTC lorsque j’étais commissaire ou président, il y a eu des différends. Mais le club était géré d’une autre façon et les scandales qui font quotidiennement la une des journaux n’aurait pas pu exister de notre temps.
 
Pourquoi … Les boards de l’époque avaient des pouvoirs que l’actuel board du MTC n’ont pas aujourd’hui?
— Pas du tout. Nous aurions tué ses scandales dans l’oeuf.
 
Vous êtes en train de nous dire, Maxime Sauzier, qu’il y avait une autre rigueur de la gestion des affaires du MTC durant votre époque?
— Certainement. Les boards — je dis bien les boards des commissaires, puisque j’ai été commissaire pendant 10 ans — qui sévissent à l’époque n’auraient pas laissé  les choses traîner , comme c’est le cas actuellement.
 
Vous êtes d’avis que c’est une mauvaise chose pour l’industrie que de laisser traîner les choses?
— Absolument. C’est même très mauvais pour l’image de Maurice. Car n’oublions pas que nous faisons partie de la Fédération Internationale des Autorités Hippiques et que Maurice est représentée par les commissaires. Cette situation ne peut pas avoir un effet positif sur l’image de Maurice.
 
Cette situation a fini par pousser le Premier ministre à annoncer la mise en place d’une commission d’enquête sur cette industrie avec des « Terms of Reference » très élargis. Est-ce que vous êtes de ceux qui croient que cette commission est une motion de censure contre la gestion des affaires hippiques par le board du MTC?
— Je donne tout à fait raison au Premier ministre d’avoir institué cette commission d’enquête. C’est une grosse motion de censure contre le Mauritius Turf Club et j’espère que la commission d’enquête ira de l’avant . J’espère aussi — et je le suggère — que cette commission soit présidée par un étranger, well versed in racing. Avec deux assesseurs solides, qui ne sont pas « involved » dans le betting, ni dans les courses, et qui sont propres et intègres.
 
C’est un peu deux oiseaux rares que vous cherchez?
— Non…non, contrairement à ce que l’opinion publique peut penser, il y a des gens propres et intègrent à Maurice. Et j’en connais pas mal.
 
Vous faites partie de ces personnes?
— Propre et intègre je le suis certainement. Mais je n’ai aucune prétention de vouloir m’asseoir sur une commission d’enquête sur les courses. Du reste, je ne pourrai pas le faire avec mon emploi du temps.
 
Maxime Sauzier, on sait que c’est la 4e commission d’enquête, est-ce que selon vous, celle-ci aura un effet plus important, voire positif, sur cette industrie?
— Je savais que cette question allait venir. Mais dites- vous bien qu’il est important de voir les termes de cette commission d’enquête. Jusqu’à preuve du contraire, le Premier ministre a mis cette commission dans le but d’assainir l’industrie des courses à Maurice. Si on veut, de ce fait, assainir une industrie qui est rongée et qui est contrôlée par des personnes qui n’ont pas de bonnes intentions, il va sans dure que l’effet de cette commission doit être positif. Bien sûr il faudra aussi qu’au final, les recommandations de cette commission soient appliquées dans toute sa rigueur. C’est obligé d’être positif pour les courses.
 
Mais avant même que cette commission commence, certains évoquent un effet négatif avec une possible suspension du MTC par la FIAH…
— Honnêtement j’ai pas envisagé cette possibilité. Mais si Maurice est suspendue par la fédération internationale, c’est avant tout en raison de la mauvaise gestion des courses par le MTC, par ceux qui l’administrent actuellement. De toute façon, la FIAH ne va pas suspendre sans enquêter. Si le Premier ministre dans sa sagesse pense que c’est une bonne chose, comme une majorité des membres du MTC, et souhaite un assainissement des courses, l’arrivée de cette commission et ses recommandations ne peuvent qu’être bénéfiques pour les courses.