Ils s’accordent une brève pause tandis que deux artisans indiens réhabilitent en ce moment les instruments de leurs élèves à Moka. Mayaven Murden et Rajesh Marday enseignent la musique carnatique. Ce sont deux musiciens doués qui ont permis au mridangam et à la vînâ de mieux intégrer le paysage mauricien.
C’est une musique qui plonge au coeur de la tradition et qui se raconte à travers la mythologie. De belles courbes, un véritable objet d’art taillé dans du bois noble sculpté, la vînâ est associée à la déesse Sarasvati. D’apparence rustre mais non moins noble, fait de bois et de différents types de peaux, le mridangam possède une basse et des aigus qui ramènent au dieu Shiva. Ce tambour indien est quasi indissociable de l’instrument à cordes, dont la forme rappelle la cithare. Dans le sud indien, mridangam et vînâ chantent d’une voix complémentaire pour contribuer à faire vivre la culture tamoule et pour dispenser un enseignement retransmis à travers les générations. Mayaven Murden, 43 ans, joue au mridangam, Rajesh Marday, 40 ans, est spécialiste de la vînâ.
Dans un atelier du Centre Culturel Tamoul à Moka, Sowriyar Anthony étale une pâte, faite à base de la poussière d’un galet d’une montagne indienne, à du riz, sur le côté aigu d’un mridangam. Si l’artisan est à l’aise dans ses gestes, la manoeuvre est d’une extrême délicatesse. Le petit cercle noir incrusté dans la peau du tambour est ensuite poli avec une roche noire. Sowriyar Anthony fait résonner l’instrument, écoute et reprend l’opération. “Il cherche la note de l’instrument. Chaque mridangam a une note unique, déterminée par l’épaisseur de la pâte appliquée”, souligne Mayaven Murden, qui reste attentif au travail de l’artisan, qui compte parmi les meilleurs fabricants de mridangam du monde.