Une semaine après les espoirs suscités lors de la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Paul Bérenger, sur le licenciement de l’ex-présidente de la Mauritius Broadcasting Corporation Staff Association (MBCSA), Rehana Ameer, la tension est montée d’un cran. La menace de la grève de la faim illimitée annoncée à partir du 9 décembre prochain avec pour participants Rehana Ameer en ompagnie des syndicalistes Jane Ragoo et Jack Bizlall constitue une véritable épine politique pour le Premier ministre, Navin Ramgoolam, même si dans un premier temps, l’Hôtel du gouvernement refuse de se laisser mener à la baguette en parlant de « chantage inacceptable ».
Toutefois, le départ pour le Togo depuis hier de la syndicaliste de la MBC, en vue d’assister à une conférence du Bureau International du Travail, laisse un battement jusqu’à l’échéance du 9 décembre. Entre-temps, les premiers détails des conclusions du Fact Finding Committee, présidé par l’ex-Senior Magistrate de la Cour intermédiaire, Denis Vellien, confirment l’Indictment des méthodes en matière de relations industrielles en vigueur à la MBC.
L’enjeu est de nature politique: ragaillardie par le rapport Vellien, Rehana Ameer réclame sa réintégration pure et simple à son poste à la MBC. Un non catégorique, avec le profil du directeur général de la MBC, Dan Callikan, planant, est apposé à cette demande somme toute légitime. Une première tentative de négociations confiée au Secretary to Cabinet, Suresh Seeballuck, n’a pas donné les résultats escomptés.
En début de semaine, Rehana Ameer a repoussé d’un revers de la main la proposition en deux temps du gouvernement, soit une compensation évaluée, selon des sources gouvernementales, à Rs 4 millions, tenant en ligne de compte les années de service de la syndicaliste à la MBC, et une proposition d’emploi équivalent à son poste à la MBC dans un corps para-étatique de son choix. En contre-partie, l’ex-présidente de la MBCSA, qui était accompagnée du syndicaliste Deepak Benydin, a formulé une demande de rencontre avec le PM Navin Ramgoolam pour dégoupiller cette grenade syndicale.
Jusqu’à la fin de la semaine écoulée, le silence du Prime Minister’s Office, qui dénonce le « chantage inacceptable » de la menace de grève de faim illimitée, équivalait à une fin de non-recevoir. Néanmoins, un mince espoir est entretenu par ceux qui tentent de trouver une solution honorable à la crise en tentant d’amener les deux camps adopter de nouvelles postures au lieu de camper sur leurs positions initiales.
Il est évident que chaque jour qui passe sans aucun développement de la part des autorités pèsera lourd dans la balance à l’échéance du 9 décembre. Mais dans l’immédiat, il ne faut pas s’attendre à des décisions quelconques vu l’absence d’une des principales parties. Toutefois, les premiers détails des reproches retenus contre la direction de la MBC constituent un véritable Indictment des methodes adoptées. Ces éléments pourraient s’ajouter à la pression pour une solution rapide à ce bras de fer qui dure depuis bientôt un an, comme l’a fait ressortir le conseil légal, Me Dev Ramano, en fin de semaine.
Les recoupements d’informations effectués par Week-End confirment la thèse défendue par le mouvement syndical à l’effet que dans cette affaire de « lettre anonyme hautement diffamatoire » à la MBC, Rehana Ameer avait été ciblée par la direction en raison de sa Nuisance Value syndicale dans une situation de relations industrielles extrêmement tendues. Pour cause!
Des onze employés de la MBC qui avaient manipulé et pris lecture de cette lettre anonyme – avec trois ayant concédé avoir photocopié ce document compromettant –, seule Rehana Ameer avait été Singled Out pour des sanctions plus qu’exemplaires. Aucun autre de ces employés n’a été inquiété par des tracasseries disciplinaires initiées par la direction de la MBC. La seule faute de la présidente de la MBCSA est d’avoir pris la fameuse lettre et de l’avoir donnée au secrétaire du syndicat en vue de convoquer une réunion pour débattre de la marche à suivre dans cette affaire.
Cette dernière version des faits a été confirmée au comité disciplinaire, présidée par Claude Narain, président du conseil d’aministration de la MBC, et au Fact Finding Committee Vellien. La version de ce témoin, qui n’est autre que le secrétaire du syndicat, reste « unchallenged » pendant toutes ces procédures.
D’aucuns affirment qu’au terme de ce témoignage, Rehana Ameer aurait dû bénficier des « mitigating factors », dont le Premier ministre en réponse à la PNQ de la séance parlementaire du samedi précédent. Elle s’est retrouvée en présence de cette lettre dans ses fonctions de président de la MBCSA. Dans cette perspective, la MBC peut difficilement plaider la bonne foi pour justifier la décision de licenciement.
Un autre fait accablant à la décharge de la direction de la MBC tourne autour du mystère entourant cette « lettre anonyme ». A aucun moment, les membres du Board, qui n’ont pas participé aux procédures disciplinaires, n’ont été mis au courant de la teneur de ce tract incriminatoire. Le seul élément, dont ils ont été mis au courant, est que la lettre est hautement diffamatoire.
Ainsi, des membres du Board de la MBC ont été appelés en début de soirée du 2 décembre 2010 d’entériner le limogeage abusif de la présidente de la MBCSA sans prendre connaissance du fond du problème. La confirmation de ce détail devrait apporter de l’eau au moulin de ceux qui dénoncent le management pour ses méthodes sans appel.
Par ailleurs, les événements du 2 décembre 2010 dans les locaux de la MBC attestent du caractère expéditif des procédures disciplinaires à l’encontre de la syndicaliste Rehana Ameer. En effet, à peine le comité disciplinaire institué avait été bouclé en fin de journée qu’un résumé (Summary) du déroulement que le conseil d’aministration de la MBC avait été convoqué pour approuver la décision de limoger la présidente de la MBCSA.
La réunion du conseil d’administration, qui n’était pas en présence d’un rapport officiel en bonne et due forme, si l’on fait exception du Summary circulé à la hâte, devait prendre fin vers les 20h ce 2 décembre 2010. Jusqu’à l’heure, le rapport du Fact Finding Committee Vellien reste toujours sous le sceau du secret pour des raisons qui ne sont nullement difficiles à comprendre…