Dans un langage ne poussant nullement à l’alarmisme gratuit, la 48e édition du MCB Focus sur les perspectives économiques balise les incertitudes et les craintes qui planent sur l’économie mauricienne pour 2012. La principale source des problèmes et obstacles identifiés demeure, toutefois, hors de tout contrôle de Maurice, car ils découlent de la crise économique sur le front international, notamment au sein des économies de l’Euro Zone. Mais il y a encore des causes endogènes, qui se transforment en facteurs inhibitifs à la croissance, comme la politique du taux de change de la roupie ou le problème d’approvisionnement en eau. Le taux de croissance prévu par la Mauritius Commercial Bank pour 2012 est de 3,9%, avec des downside risks associés avec toute éventuelle détérioration sur les principaux marchés d’exportation.
En guise de substitut à un avertissement à l’effet que 2012 se présente comme l’année de tous les dangers sur le front économique, MCB Focus prône une vigilance à toute épreuve, tout en mettant l’accent sur la nécessité de la mise à exécution des mesures budgétaires en stricte conformité au calendrier défini par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval. « The frailty of the economic situation calls for policymakers to remain on their toes and adopt pragmatic measures to counteract contextual shocks in a coordinated fashion to effectively ride the waves », recommande d’emblée la MCB dans ses analyses rendues publiques en fin de semaine dernière.
La MCB n’occulte nullement le fait que l’évolution des investissements privés restera un des paramètres économiques majeurs pour 2012 et trouve que « it is comforting to take note of the commitment of the authorities to invigorate the investor mood as a key ingredient to upholding economic development ». N’empêche que la conjoncture internationale représente un véritable obstacle à tout breakthrough sur le plan de la croissance.
« Announced budgetary measures are only anticipated to yield tangible benefits over time implying that the pattern of private investment in 2012 is likely to be fairly contained especially when factoring in prevailing constraints and the high uncertainty level presently characterising the economic environment », rappelle la MCB sur ce plan.
En 2011, en dépit des efforts au niveau des investissements publics, la Gross Domestic Fixed Capital Formation (GDFCF) par rapport au Produit Intérieur Brut (PIB) devrait accuser une baisse de 50 points, pour se retrouver à 24,4%. Le principal facteur derrière cette mauvaise performance n’est autre que les investissements privés. Les prévisions de la MCB soutiennent que 2012 ne s’annonce nullement sous de meilleurs auspices et soulignent l’urgence de la situation à l’effet que « measures enunciated in the latest national budget aimed at boosting investor confidence are commendable, and, provided the overall direction is sustained, should go some way in propping GDFCF over time ».
Pour 2012, malgré une performance robuste au niveau des investissements résidentiels privés, ceux dans le secteur non-résidentiel n’affichent nullement la forme, compte tenu du fait que d’importants chantiers, dont les projets de Bagatelle et de Cascavelle, ont été complétés en cette fin d’année.
Des appréhensions sont exprimées quant aux retombées du vaste programme d’investissements dans l’infrastructure par le gouvernement lors de la présentation du budget 2012. « As regards the public sector, investment is anticipated to expand by a substantial margin next year on account of earmarked major projects notably pertaining to the road network. However, growth therein might not reach the level aimed for in spite of the intention of the government to stick to the set timeframe for its projects given implementation lags linked to prevailing bottlenecks and the absorption capacity of the economy », font ressortir les analystes de la MCB, qui ajoutent que « on the whole, the GDFCF ratio is expected to increase but should remain below the official projection of 27,1% to stand at close to 26% of GDP ».
Le secteur des exportations, en particulier le Seafood hub et les textiles, demeure encore plus vulnérables aux chocs externes, notamment la nette détérioration de la situation économique en Europe. L’année prochaine, la performance dans le secteur du Seafood hub pourrait être inférieure à celle réalisée en 2011.
Diplomatie économique
Les exportations du textile pourraient enregistrer une légère croissance reflétant du même coup les efficiency gains dont pourraient bénéficier des opérateurs et aussi des percées effectuées sur des marchés émergents, comme l’Afrique du Sud. « Escalating challenges confronted by the export manufacturing sectors in terms of dampened demand, high business costs and stiffer competition more than ever underscore the significance of pressing ahead with initiatives to uphold external competitiveness alongside sensibly pursuing the diversification strategy », préconise la MCB.
Dans la conjoncture difficile et pour défendre les acquis des exportateurs opérant à partir de Maurice, la carte de la diplomatie économique revêt toute son importance en sus de la nécessité de formuler des solutions aux faiblesses structurelles identifiées. « This calls for adequate deployment of economic diplomacy to preserve and further market access as well as maintaining a close scrutiny of the exchange rate dynamics », avance MCB Focus.
En ce qui concerne le secteur du tourisme, la barre d’un million de visiteurs générant des recettes brutes de Rs 44,5 milliards, une croissance de 4,7%, devra être franchie en 2012, alors qu’en 2011, les prévisions misent sur 980 000 touristes. La MCB soutient que deux facteurs, soit les rabais pratiqués par les hôteliers et la roupie forte, peuvent porter préjudice à la performance de l’industrie touristique.
La MCB préconise que des mesures d’envergure s’imposent pour assurer à ce secteur économique son rôle de moteur de la croissance. « In addition to devising a fitting air access strategy to widen market opportunities alongside supporting the orderly development of the sector, due emphasis needs to be endlessly laid on preserving the pristine nature of the industry as far as possible when extending and adapting the value propositions to the evolving landscape with issues pertaining to quality of service at all levels, sustainability of the eco-system and security aspects not to be overlooked », préconise la MCB.
Deux secteurs qui présentent des caractéristiques porteuses de croissance, sont les technologies de l’information et des communications (TIC) et la construction. Ce dernier secteur devra être en mesure de tirer profit des investissements majeurs du gouvernement dans la réalisation de projets d’infrastructure. Les services financiers devront également être en mesure de poursuivre leur contribution positive à la croissance économique l’année prochaine.
Décollage laborieux des PME
« Backed by the breadth of services offered, the ICT segment should build on the observed market buoyancy to post another strong performance in 2012 », note MCB Focus, qui attire l’attention sur des problèmes de main-d’oeuvre et de connectivité affectant les opérateurs de cette filière économique.
Par contre, la MCB laisse entendre que le décollage des Petites et Moyennes Entreprises (PME) risque d’être plus laborieux en dépit de la gamme de mesures budgétaires élaborées. « Notwithstanding commercial actions undertaken by operators to boost sales and the on-going thrust to the development of SMEs, the domestic oriented industry and the trade sector are anticipated to expand at a relatively restrained pace reflecting several years of dampened growth in nation wide income », trouve la MCB.
Les conséquences de ces facteurs se reflètent au niveau du taux de chômage, qui devrait se maintenir autour de la barre de 8% en 2012. Ce qui semble le plus inquiétant reste le fort taux de sans-emploi au sein de la main-d’oeuvre féminine et chez les jeunes, respectivement de 12,1% et de 21% pour les jeunes dans la tranche d’âge de 16 à 24 ans, et de 10,2% pour ceux âgés de 25 à 29 ans.
Le potentiel de création d’emplois reste limité en raison de la crise économique. « The ability of enterprises to create new jobs in response to the growing labour force is anticipated to remain hampered in the coming period, whilst non-negligible market uncertainty levels could imply that firms will remain locked in a wait-and-see mode in respect of the decision to generate further productive capacity and make use of additional human resources. »
La 48e édition de MCB Focus revient sur la problématique du taux de change idéal pour la roupie en vue de favoriser la croissance. « The local currency has maintained a generally appreciating trend over the year. Given the need to preserve our competitiveness on international markets, the situation warrants attention and, if persistent, will hold back the incentive of export enterprises to invest, thus restrain their capacity to generate future output with ensuring impact on job creation. »
Néanmoins, le mot de la fin quant à la vulnérabilité de l’économie mauricienne revienty à Gilbert Gnany, Chief Manager de la MCB, qui a travaillé en étroite collaboration avec Vicky Hurrynag, Head-Strategy, Research and Development et Nuvin Ballo, Business Strategist.
« Notwithstanding the best efforts put in domestically, the evolution of the global economic landscape should be closely monitored insofar as any accentuated worsening of private demand in our main export markets can materially hamper local economic activity », soutient le Chief Manager de la MCB.
Gilbert Gnany exprime le souhait que « contextual responses to exogenous shocks should be suitably configured, notably at the level of the operation of the National Resilience Fund and initiatives to bolster aggregate demand » et que les mesures envisagées doivent être « timely, temporary and targeted ».
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À la fin d’octobre
Dette locale : Rs 103 000 par habitant
Les dernières statistiques publiées officiellement par la Banque de Maurice en fin de semaine révèlent que la dette publique contractée par le gouvernement sur le plan local a établi une nouvelle pointe. À la fin d’octobre, la Central Government Domestic Debt s’élevait à Rs 133,7 milliards, soit une moyenne de Rs 103 000 par habitant.
La dette locale a connu une augmentation de Rs 3,2 milliards en un mois, soit de septembre à octobre de cette année. Comparativement à la situation prévalant à la fin d’octobre de l’année dernière, cette composante de la dette publique a connu une hausse de Rs 8,7 milliards.
La répartition de la dette locale à la fin du mois dernier s’établit comme suit :
Short-Term Obligations : Rs 55,9 milliards contre Rs 50,6 milliards en octobre 2010.
Medium Term Obligations : Rs 58,6 milliards contre Rs 59,5 milliards il y a un an.
Long Term Obligations : Rs 19,2 milliards contre Rs 14,9 milliards en octobre 2010.
Le budget 2012, qui est sur le point d’être adopté par l’Assemblée nationale, prévoit une somme de Rs 136,6 milliards au titre de la Domestic Government Debt à la fin de cette année. La dette locale devra atteindre Rs 143,9 milliards à la fin de l’année prochaine.
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À juin dernier
106 533 (+5%) licences d’affaires octroyées
Les Business Activity Statistics pour la période se terminant au 30 juin dernier indiquent une croissance de 5% dans le nombre de licences d’affaires octroyées officiellement. 106 533 permis ont été émis, contre 101 690 au 30 juin 2010. Des 7 571 nouveaux permis alloués, la majorité, soit 5 063 (67%) concernait le secteur du commerce en gros et au détail. Au cours de cette même période, 2 931 permis avaient été annulés.
La distribution de ces Business Permits sur le plan régional indique que les Plaines-Wilhems se retrouvent en tête avec 36 961, soit 28%. Puis viennent dans l’ordre Port-Louis avec 23 069, et Savanne avec 5 567.
Les 106 533 permis en vigueur se répartissent comme suit ;
Commerce (gros et détail) : 71 822
Manufacture : 8 284
Hôtels et restaurants : 6 323
Services : 5 720
Transport et Communications : 5 680
Immobilier : 5 111
Construction : 1 922
Services financiers : 593
Education : 456
Santé et social : 413