Les exportations des biens au-dessous de la normale

La croissance économique en 2019 sera dopée par les investissements dans les infrastructures publiques soutient Gilbert Gnany, Chief Strategy Officer du groupe MCB, dans la dernière édition du MCB Focus diffusée hier. Ce dernier s’aligne sur les prévisions du du Fonds monétaire international (FMI) concernant la révision des estimations du taux de croissance passant de 4% à 3.9% en 2019.

L’investissement public, dont la part dans le PIB s’établit à 5,7 % cette année, contribue à booster la croissance économique en tenant compte de l’impact  de grands projets en cours, comme la phase 1 du projet Metro Express pour laquelle 55% des travaux auraient été terminés. MCB Focus note toutefois un léger retard dans l’exécution de projets spécifiques liés à l’énergie. Les dépenses d’investissement privées maintiendront une croissance réelle positive en raison de la réalisation programmée d’engagements spécifiques liés au tourisme, aux villes intelligentes, à l’éducation et à certains segments émergents. Au total, le ratio de formation brute de capital fixe augmenterait de 80 points de base pour atteindre 18,9% du PIB en 2019. L’investissement national contribuerait à son tour au taux de croissance prévu du PIB réel pour cette année.

Le ralentissement de la croissance pour l’année 2019 serait dû, selon MCB Focus, aux faits suivants : (i) la détérioration de la conjoncture économique mondiale, en particulier sur nos principaux marchés d’exportation; et ii) certains retards dans la réalisation d’activités énergétiques spécifiques par le secteur privé.

MCB Focus estime que la croissance économique, mesurée aux prix de base, devrait maintenant s’établir à 3,8%, soit 10 points de base de moins que les prévisions effectuées en octobre. Le taux de croissance du PIB aux prix du marché a été réduit de 10 points de base, à 3,9%. « Il convient de noter que notre scénario de référence évoque toujours une amélioration relative du taux de croissance économique du pays pour cette année par rapport à 2018, principalement soutenue par une forte expansion de l’investissement national », souligne Gilbert Gnany.

Sur le plan sectoriel, le secteur de la construction est présenté comme un des principaux moteurs de la croissance de la production à l’échelle nationale cette année, compte tenu des projets d’infrastructure d’envergure en cours d’exécution. Les secteurs des TIC et des services commerciaux et financiers devraient continuer à capitaliser sur leurs fondamentaux solides pour maintenir une performance résiliente. S’agissant du secteur  financier, la situation mondiale devrait nécessiter une surveillance étroite, car les opérateurs seraient confrontés à des difficultés d’adaptation au contexte opérationnel en évolution, souligne MCB Focus.

L’industrie des produits de la mer bénéficiera d’une situation favorable. Toutefois, les secteurs manufacturiers axés sur l’exportation, tels que le textile, connaîtront une croissance plutôt tiède cette année. À ce propos Gilbert Gnany souligne que la signature par Maurice de l’accord de partenariat économique entre l’AFOA et le Royaume-Uni préservera l’accès au marché et fournira une prévisibilité et une sécurité juridique aux opérateurs mauriciens exportant vers le Royaume-Uni, indépendamment de tout résultat du Brexit entre l’UE et le Royaume-Uni.

Toutefois, les exportations du pays subiront probablement les conséquences d’une demande plus faible du Royaume-Uni à court et à moyen terme. En ce qui concerne le secteur axé sur le marché intérieur, il devrait continuer à enregistrer une légère expansion en raison des pressions de la concurrence et des inefficiences structurelles locales persistantes. En ce qui concerne le secteur du commerce, le rythme de la croissance devrait rester conforme aux tendances récentes. Dans le même esprit, le secteur agricole non sucrier reste soumis aux caprices des conditions climatiques, tandis que la valeur ajoutée du sucre devrait demeurer relativement stable après deux années de contraction consécutives, reflétant notamment les niveaux de production limités et les pressions concurrentielles élevées. Le secteur du tourisme devrait toujours exercer une influence positive sur le taux de croissance du pays cette année. L’industrie touristique devrait rester sous surveillance en raison des pressions potentielles sur les recettes brutes. Les recettes pourraient être une source de préoccupation en raison des facteurs suivants: i) le pouvoir d’achat des touristes européens traditionnels pourrait rester modéré face aux difficultés économiques; (ii) la montée des tensions concurrentielles pourrait provenir de destinations régionales; et (iii) l’euro pourrait être sujet à des faiblesses en cas de réapparition de chocs économiques et financiers.

D’autre part, alors que les exportations nettes de services restent positives, les appréhensions subsistent quant aux exportations nettes de biens. Elles ont évolué à un rythme modéré ces derniers temps. Globalement, le ratio des exportations de biens sur le PIB devrait diminuer pour la cinquième année consécutive pour s’établir à 16,2% du PIB en 2019, alors qu’il se situait autour de 24% du PIB il y a un peu plus de dix ans. En conséquence, malgré l’allégement de la facture d’importation de produits pétroliers résultant de la dégradation des perspectives de prix internationaux du pétrole – qui a contribué à réduire le déficit commercial attendu par rapport à nos prévisions pour octobre –, les exportations nettes de biens devraient, selon nos estimations, se situer à environ 0,5 point de pourcentage du taux de croissance du PIB réel envisagé pour 2019. Au total, la contribution des exportations nettes des biens et services au taux de croissance du PIB réel pour cette année devrait demeurer négligeable. Le problème est qu’en plus des défis auxquels font face nos marchés d’exportation, les obstacles à la productivité et à la compétitivité de l’économie mauricienne ne sont pas étrangères à cette situation. À cet égard Gilbert Gnany attire l’attention sur les récentes conclusions de l’Index of Economic Freedom of the Heritage Foundation de 2019. Le score global de Maurice en matière de liberté économique est tombé à 73,0 en 2019, contre 75,1 en 2018. En tant que tel, le pays a chuté au 20e rang dans le monde en 2019 par rapport au 21e en 2018. Il convient de noter que si Maurice reste l’un des pays les plus favorables aux affaires de la région de l’Afrique subsaharienne, le pays a perdu 17 places dans le classement mondial depuis 2012.