Avec en toile de fond l’escalade des incertitudes économiques sur le plan international, la dernière édition de MCB Focus (N°50), rendue publique hier après-midi, réduit de 20 points les prévisions de croissance économique pour 2012. Désormais, les estimations de croissance prévues par la Mauritius Commercial Bank sont de 3,4 % pour cette année. Mais plus graves encore sont les prévisions que ce taux de croissance léthargique risque de coller avec le pays en 2013 et pour les années subséquentes. Les perspectives économiques difficiles se répercutent sur un important indicateur économique, le taux de chômage, qui pourrait atteindre son point le plus élevé, soit 8,3 %, de ces dernières années. L’évolution du taux de change de la roupie suscite également des graves appréhensions même si la récente décision de la Banque de Maurice de s’embarquer une Operation Reserves Restitution (ORR) est accueillie favorablement.
Les répercussions de la grave crise qui secoue les économies dans la zone euro continuent à hanter les perspectives économiques à Maurice. « There is mounting evidence that the protracted fragilities and uncertainties of the global context, particularly in the eurozone, are putting the resilience of the Mauritian economy to an ever more challenging test », souligne le Group Chief Strategy Officer et Advisor au conseil d’administration de la MCB, Gilbert Gnany. Il rappelle que « the general sentiment for the Mauritian economy remains subdued amidst heightened challenges ».
Passant en revue la performance de l’économie en cette première moitié de 2012, la MCB fait état des « testing conditions in key markets » avec pour résultats que les exportations des biens et services n’ont enregistré qu’une hausse de 0,4 % au cours du premier trimestre de cette année, avec une baisse non négligeable de 6,6 % dans les exportations de produit textiles alors que le tourisme n’a connu qu’une progression presque nominale de 0,6 % au cours de la période de janvier à mai.
La contraction de 6 % du marché touristique français au cours de cette même période est des plus inquiétantes. Les signes de reprise pour les prochains mois sont présentés comme étant extrêmement hasardeux avec le déroulement de l’Euro 2012 en Europe et le coup d’envoi des prochains Jeux Olympiques de Londres dans un mois environ.
Ralentissement
« Our macroeconomic outlook for Mauritius has somewhat worsened as compared to our estimations of January last. At the source, reflecting both the direct and multiplier effects of dampened external demand and heightened uncertainty levels, various economic sectors are characterised by a below potential growth prognosis, whilst private sector investment is projected to witness a contraction in 2012 in spite of coming off from a low base triggered by the decline or quasi-stagnation of the indicator over the last three years », s’appesantit la MCB pour justifier la décision de « downgrade » de 20 points le taux de croissance, qui se rapproche dangereusement des 3 %, soit 3,4 %, pour 2012.
La MCB ajoute que « the domestic economy could continue to expand at a below par pace in 2013 and possibly beyond. Indeed, for the short to medium term at least, the economic growth for Mauritius is expected to remain quite subdued owing principally to the lingering aftershocks of the eurozone crisis ». L’un des premiers effets de ce ralentissement de la croissance est que le taux de chômage devrait grimper à 8,3 % vers la fin de l’année, soit un point de plus que celui enregistré en 2009.
La conjoncture économique avec les effets conjugués d’une réduction de la croissance et des répercussions de la roupie forte vis-à-vis de l’euro fait que le manque à gagner en termes de création de richesse dans l’économie est de l’ordre de Rs 4 milliards, selon les estimations de la MCB. « Consequently, this situation could exert noticeable and exacerbating pressures on business investment and employment creation within various sectors », prévoit-elle.
La banque fait un véritable plaidoyer en faveur d’une politique de taux de change en conformité aux aspirations de développement économique. « After being deemed to have been overvalued by some 10 % in 2011 according to the IMF, the misalignment of the rupee from the country’s fundamentals is believed to have further worsened lately, with estimations pointing towards a rate of some 13 % for now, reflecting the recent evolution of the effective exchange rate of the currency », analyse la MCB, qui se félicite de la décision de la Banque de Maurice de restituer le niveau de reserves de devises étrangères. Mais deux facteurs s’avéreront cruciaux, soit le timing et l’envergure des initiatives prévues et le dénouement de la crise dans la zone euro.
Les problèmes qui ont surgi sur le front du global business sector, avec de sérieuses menaces sous forme d’imposition des General Anti-Avoidance Rules (GAA), pourront générer des effets négatifs sur le flot des investissements par le conduit de l’offshore mauricien, affectant du même coup le secteur des services financiers.
Diversification
La MCB avertit que la décélération de la croissance en République populaire de Chine et en Inde pourrait remettre en question le programme de diversification des marchés avec une looking east policy. Du côté de l’Afrique subsaharienne, même si le potentiel de diversification existe, des « non-negligible downside risks in view of weaknesses in its major European partners » se profilent à l’horizon de recherches de nouveaux marchés d’exportation.
Les coûts de production élevés constituent un véritable obstacle pour l’économie. « For instance, after increasing by an annual average rate of 4.9 % in US dollar terms during the 2001-2011 period, unit labour cost in the manufacturing sector rose by 10.2 % in 2010 before hiking by an even greater margin of 14.7 % in 2011 according to Statistics Mauritius », note MCB Focus, qui fait également état des contraintes dans le secteur des télécommunications.
Pour la MCB, le coût de la connectivité à Maurice se compare défavorablement par rapport à la situation prévalant en Inde et Corée du Sud. « In fact, limitations do exist with regard to the utilisation of ICT for the development of other economic sectors and the enhancement of the country’s external competitiveness. Fundamentally, theoretical and empirical studies demonstrate that investment in ICT engenders advances in total factor productivity (TFP) levels – and eventually the wealth of nations – through two main channels : (i) substitution effects linked to the accumulation of ICT capital which itself results from continuous and rapid improvements in the productive performance of related investments ; and (ii) TFP gains driven by speedy technological progress in the ICT-producing industries », note-t-elle.
En conclusion, MCB Focus dresse un agenda susceptible de permettre à Maurice de traverser cette passe difficile, notamment des mesures pour assurer la fiabilité de la fourniture d’eau et d’électricité, de revoir le coût de connectivité dans le secteur des télécommunications, d’améliorer la productivité dans le port, de mettre en place un re-engineering des corps para-étatiques et de combattre les inefficiences sur le marché du travail tout en atténuant le « skills mismatch ». La MCB préconise des mesures en vue de « foster enhanced efficiency levels with respect to the operation of the goods, assets, resources and foreign exchange markets, with the latter, in particular, being warranted to be conductive enough for supporting optimal private sector activities ».