La 49e édition de MCB Focus, rendue publique hier en fin de journée et consacrée à la crise économique dans la zone euro et les répercussions sur l’économie mauricienne, émet une sévère mise en garde contre les risques de dérapage au niveau du taux de croissance pour 2012. D’abord, les prévisions établies par le département de Strategy, Research and Development sous la supervision du MCB Group Strategy Officer Gilbert Gnany anticipent une performance de 3,6 % en 2012, légèrement inférieure à celle du Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre des Article IV Consultations. Mais la MCB n’écarte pas l’éventualité d’un worst-case scenario dans les économies de l’Euro-Land avec le taux de croissance pour Maurice susceptible de dégringoler sous la barre des 3 % en 2012.
« Noticeably, if the worst case expectations regarding the future status of the eurozone are eventually confirmed, the domestic growth outlook could even slide well below the 3 % threshold this year in a situation that would be marked by a significant downturn in our export markets notably linked to accelerated bank deleveraging amidst exacerbated concerns about fiscal sustainability », soulignent Vick Hurrynag, Head – Strategy, Research and Development et Nuvin Balloo, Business Strategist de la MCB dans leur analyse sur les perspectives.
Toutefois, juste après avoir fait état de ces risques potentiels de dérapage économique, la MCB se veut rassurante en avançant que la possibilité que ce scénario catastrophe se matérialise à court terme est quelque peu éloignée. En s’appesantissant sur la nécessité de se préparer pour le pire, la MCB avance que « quel que soit le degré de gravité des retombées à venir dans la zone euro, l’évolution défavorable déjà en cours dans les pays membres suggère que les répercussions sur Maurice devraient se faire sentir bien au-delà de 2012 ».
L’importance de la crise économique en Europe à Maurice se justifie par le fait que 65 % des exportations de Maurice sont destinées à ce marché en y incluant la Grande-Bretagne. L’Europe représente plus de 90 % des exportations de poissons et autres dérivés de fruits de mer et 65 % des produits textiles, 60 % des touristes viennent de ce continent (75 % en comptant la Grande-Bretagne). L’Europe représente également presque la moitié de l’influx de Foreign Direct Investment (FDI).
« Avec un taux d’ouverture de l’ordre de 120 % – mesurée en termes de commerce visible total au PIB – Maurice dispose d’un degré relativement élevé de dépendance à l’égard du commerce international. Par conséquent, compte tenu de la dépendance de Maurice sur les pays européens, le ralentissement de l’activité économique noté en Europe est susceptible d’affecter nos intérêts », poursuit la MCB pour réclamer une vigilance à toute épreuve sur les développements à venir sur ce front.
Investissement privé
Même si le pire scénario d’un taux de croissance inférieur à 3 % cette année peut être considéré comme étant farfelu, les prévisions pour cette année ne mettent l’économie à l’abri d’aucune incertitude. « Le taux de 3,6 % prévu reste sous-optimal et insuffisant pour renverser la tendance à la détérioration du niveau de chômage à 8,2 % », note MCB Focus No 49, qui souligne que ce taux constitue déjà une dégradation de 30 points par rapport aux prévisions initiales.
Les principaux facteurs qui agiront en tant que freins à la croissance sont que le tourisme et le secteur tourné vers l’exportation, dont le textile et le seafood hub, subiront de plein fouet des effets de la crise européenne. Le secteur émergent des TIC et le secteur financier et des affaires devront faire face à une demande relativement timide sur le plan international.
Des appréhensions sont également exprimées en ce qui concerne les effets du ralentissement sur les secteurs des biens et service ou encore l’industrie du bâtiment. Plus grave encore reste le niveau de l’investissement privé. « Déprimée par la généralisation des incertitudes économiques et contrainte par la génération de revenus liée notamment à la force des roupies, l’évolution de l’investissement privé devrait être en dessous du niveau enregistré en 2012, en dépit de l’entrée d’une base faible marquée par des années de contraction et de quasi-stagnation », trouve la MCB.
Avec en toile de fond la tendance à la contraction, notamment une baisse de 2 % dans le nombre d’arrivées touristiques en décembre dernier avec tous les marchés européens affichant une baisse moyenne de 5,3 %, des effets devront se faire sentir sur les exportations de biens et services. Les prévisions de la MCB sont que le déficit commercial devrait atteindre les Rs 83 milliards en 2012, soit 24 % du PIB alors que le déficit des comptes courants est estimé à 9,8 % du PIB et le déficit budgétaire à 3,9 %.
Au tableau des paramètres économiques, le seul sujet de satisfaction semble être l’inflation, qui serait de 5,5 % d’ici à juin prochain contre 6,5 % en décembre dernier. « The current declining movement is somehow consistent with the strength of the rupee hitherto observed while the future evolution of domestic inflation should be aided by the projected decline in commodity prices on international markets in the wake of tepid global outlook even though the rate of decrease, if any, in respect of oil prices should be lower than previously anticipated in view of some uncertainties on the supply side », soutient la MCB, qui tire la sonnette d’alarme avec la récente volatilité du cours mondial du pétrole.
Dans cette conjoncture économique extrêmement dépendante de l’évolution de la crise en Europe, la MCB préconise une Optimal Policy Mix avec des mesures pour contrer les chocs économiques contextuels. Les principales composantes de cette gamme de mesures sont entre autres :
• la mise à exécution sans délai des projets d’infrastructure identifiés dans le budget, dont, entre autres, les éléments du Road Decongestion Programme ;
• la vigilance en vue d’éliminer les gaspillages de fonds publics avec un déboursement plus que judicieux du National Resilence Fund sur la base de paramètres et mécanismes bien déterminés ;
• un taux de change pragmatique de la roupie avec pour principal mandat de soutenir la compétitivité des secteurs à l’exportation ; et
• une nette amélioration du Business Facilitation Framework, compte tenu du fait que les investissements privés ont constitué une source d’appréhensions au cours de ces trois dernières années.
En conclusion au préambule de la 49e édition de MCB Focus, Gilbert Gnany lance un appel à tous les partenaires sociaux et économiques pour se débarrasser du Prisoner’s Dilemma en vue de jeter les bases de la Mauritius Incorporated. « In place of non-collaborative behaviour whose prevalence in the “Prisoner’s Dilemma” game theory is engendered by the lack of cooperation mechanisms, we – the Government, private sector, trade unions and the civil society alike – need to reinforce our partnership towards providing the necessary latitude for Mauritius Inc. to think and act in a predictive and decisive manner », affirme le MCB Group Chief Strategy Officer.