Au vu des contraintes et des défis auxquels Maurice doit faire face en tant que petit État insulaire, il est impossible de maintenir les politiques commerciales conventionnelles que le pays a adoptées depuis des décennies. Il faut désormais élaborer un nouveau cadre de politiques économique et commerciale qui permettra au pays de prendre avantage des gains économiques provenant du commerce des services, des ressources marines (blue economy), de la biodiversité, des activités fondées sur le savoir, entre autres. C’est le message transmis ce matin par Arvin Boolell, ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, aux opérateurs économiques à la 164e assemblée générale annuelle de la MCCI.
Le chef de la diplomatie mauricienne et le ministre du Commerce et de l’Industrie, Cader Sayed-Hossen, ont plaidé pour une remise en question commune des politiques suivies jusqu’ici en matière de développement économique nationale et de l’entreprise, appelant à l’innovation constante face aux défis de l’heure. « We must now think in terms of designing a new generation of trade policies that will enable Mauritius to position itself better in the global economy and respond to the aspirations of our upcoming youth », a déclaré Arvin Boolell. Selon le ministre des Affaires étrangères, il faut pouvoir identifier les opportunités dans l’environnement économique global difficile et élaborer les stratégies appropriées en conséquence. Le nouveau cadre de politiques commerciale et économique suggéré par le ministre doit aller de pair avec des politiques portant sur la migration, la reconnaissance mutuelle des diplômes, la connectivité, la présence commerciale à l’étranger, la protection des droits de propriété à l’innovation, la recherche scientifique, la sécurité légale des investissements transfrontaliers et la révision du programme scolaire en mettant l’accent sur les secteurs innovants.
Arvin Boolell a soutenu que la crise perdurera en 2013 et que c’est ensemble que gouvernement et secteur privé doivent identifier les opportunités dans cet environnement économique global difficile et trouver les stratégies appropriées pour les exploiter. « Only together we can sail through the turbulent waves of the global crisis and make the best out of it », a déclaré le ministre. Son collègue du Commerce et de l’Industrie, Cader Sayed-Hossen, et celui de l’Entreprise et des Coopératives, Jim Seetaram, ont également mis l’accent sur le partenariat privilégié existant entre la communauté des affaires, par le truchement de la MCCI, et le gouvernement. « Nous croyons dans cette synergie entre les secteurs public et privé. Il faut continuer à soigner ce partenariat », ont déclaré, en substance, les trois ministres, souhait qui rejoignait celui exprimé plus tôt par le président sortant de la MCCI, Cédric de Spéville.
Passant en revue les activités au niveau de la diplomatie économique et du commerce international, Arvin Boolell a noté qu’en ce qui concerne la diversification des exportations, les résultats obtenus en termes de visibilité sur le marché sud-africain sont des plus encourageants. Les exportations de produits divers sur ce marché sont passées de Rs 2,85 milliards en 2010 à Rs 3,9 milliards en 2011. Arvin Boolell observe également que les exportations vers l’Afrique représentent aujourd’hui environ 20 % des exportations totales, avec des taux de progression de 12 % sur le marché du COMESA et de 20 % sur celui de la SADC. Le ministre pense qu’avec la création d’une zone de libre échange tripartite en 2015 et d’une zone de libre échange au niveau continental en 2017, les opportunités d’accroissement des échanges entre Maurice et l’Afrique vont se multiplier.
Arvin Boolell a par ailleurs soutenu que les partenaires traditionnels demeurent une composante importante dans l’équation commerciale. Il a parlé des relations avec l’Union européenne, des bénéfices obtenus grâce à l’accord de partenariat économique intérimaire. Le ministre a fait référence à la coopération avec les États-Unis, à travers l’AGOA et le Trade and Investment Framework Agreement, ainsi qu’avec la Turquie.
Cader Sayed-Hossen a fait état de l’environnement économique global morose, en particulier de la crise dans la zone euro. « The economy of Mauritius has not experienced major setbacks », a indiqué le ministre qui reconnaît, cependant, que certains secteurs de l’économie nationale ont subi des dommages collatéraux. Il s’est réjoui de la performance du secteur manufacturier (croissance de 2 % attendue en 2013) dans cette conjoncture alors que le secteur, tourné vers l’exportation, pourrait enregistrer une croissance de 2,6 % cette année. Quant au secteur manufacturier domestique, sa production est passée de Rs 3,2 milliards en 2011 à Rs 4,2 milliards en 2012. Cader Sayed-Hossen s’est dit confiant que la contribution de ce secteur dans l’économie du pays va augmenter au fur et à mesure que les entreprises se tournent vers l’exportation. « Avec des produits de meilleure qualité et l’identification de nouveaux marchés d’exportation, ce secteur pourrait réaliser des exportations de Rs 10 milliards d’ici à 2020 », a déclaré le ministre.
Par ailleurs, la création d’un India-Mauritius-South Africa Textiles Corridor pourrait devenir une réalité d’ici 4 à 6 mois, a laissé entendre Cader Sayed-Hossen. Ce projet fait l’objet de discussions intenses entre les gouvernements indien et mauricien. Le ministre compte entreprendre une mission en Afrique du Sud à la mi-avril pour rencontrer son homologue sud-africain, Rob Davies.
Cader Sayed-Hossen a aussi mentionné la préparation d’un nouveau Consumer Protection Bill, indiquant que le texte de loi serait introduit à l’Assemblée nationale en mai 2013.
Quant au ministre Jim Seetaram, il a parlé des mesures de soutien introduites dans les derniers budgets en faveur des petites et moyennes entreprises, estimant que la part de ce secteur dans l’économie pourrait passer de 37 % en 2012 à 40 % en 2015. Il a en outre annoncé qu’un projet pilote fondé sur le concept « Made in Mauritius Made with Care » sera lancé en juin prochain.