Des élèves de Form V de MEDCO Trinity allèguent dans une lettre envoyée à différentes autorités avoir été sollicités par le recteur l’an dernier pour travailler pour une entreprise privée et que ce dernier serait passé en classe pour leur faire cette proposition. L’un de ceux ayant accepté l’offre révèle dans une autre correspondance qu’il se serait absenté un jour d’école à la requête du recteur et à l’insu de ses parents pour se rendre à « enn zourne travay ». Le président de MEDCO confirme au Mauricien être en présence officiellement des accusations « très graves » contre le recteur et qu’il attend le rapport d’une enquête à ce sujet. « It’s a very serious matter », dit le Dr Dabeedass. Cette affaire a aussi été rapportée à la PSSA, au ministère de l’Éducation et à l’Ombudsperson for children.
« We hereby confirm that last year before the 2nd term holidays the rector Mr. XX came into our class and told us that student who are willing to work for his new company can contact him in person in his office », écrivent des élèves d’une classe de Form V, dénonciateurs de cet « unethical, anti-pedagogical » pratique de la part du recteur de leur établissement. Quelques élèves, qui ont répondu positivement à cette demande et que Le Mauricien a rencontrés, disent qu’il s’agit d’une entreprise de nettoyage de réservoirs d’eau — comme l’indique clairement le nom de l’entreprise — et que les clients sont soit des particuliers soit des entreprises privées ou des départements du service public. Ils soulignent qu’ils ont été rémunérés selon le nombre de “tanks” nettoyés par jour et que leur employeur leur aurait remis ensuite un pay slip. Ils soutiennent qu’il y a des liens très rapprochés entre le propriétaire de cette entreprise et le recteur vu l’implication de celui-ci dans l’organisation de la journée de travail. « Si li pa ti ena enn lien avek sa lantrepriz-la li pa ti pou fer sa kantite demars-la pou rekrit dimoun pou travay, e li organiz la zourne travay, li fer aranzman pou transpor e kot bizin atann e li dir kot bizin al netway tank », dit un de ces élèves qui a participé à ces travaux.
Mais le plus grave a trait à la présence d’un élève à ces travaux d’entretien pour le compte de cette entreprise commerciale durant le troisième trimestre scolaire l’an dernier alors qu’il aurait dû être à l’école ce jour-là. Celui-ci raconte avec force détails dans la lettre qu’il a envoyée aux autorités concernées comment il s’est absenté de l’école sans autorisation de ses parents pour effectuer ces travaux de nettoyage. « Mardi 21 out dan lekol rekter Misie XX ti ofer mwa enn zourne travay netwayaz tank pou mercredi 22 out. Sa zour-la, mo finn bizin absan lekol. Randevou ti done pou merkredi 22 out gramatin Ste Croix ver 9 h. Missie XX ki travay lekol Medco Trinity ti pas pran moi lor bistop Ste Croix dan enn van 4X4 kouler gro-ble. » L’élève ajoute qu’ils ont pris la direction de Quatre-Bornes et que deux employés non-teaching de MEDCO Trinity, dont il cite les noms, étaient avec lui ce jour-là.
Mais en début d’année, ces élèves de Medco Trinity ont refusé de poursuivre ces activités professionnelles pour le compte du recteur et à partir de là celui-ci aurait changé d’attitude à leur égard. Les relations se détériorent rapidement et ont des répercussions sur la vie scolaire des élèves. Ces derniers décident alors de déballer toute l’affaire de « zourne travay netway tank » à leurs parents. Ces derniers outrés et consternés par ce qu’ils entendent se rendent à la PSSA et rencontrent aussi les responsables du board de MEDCO. Des lettres aussi sont envoyées aux autorités de l’éducation et des copies à l’Ombudsperson for children et au Prime Minister’s Office. « Depuis le début de l’année, depuis que j’ai arrêté de travailler pour XX, j’ai remarqué que le comportement du recteur a changé à mon égard. Mo santi mwa persekite, tou problem ki pase dan klas li dir moi ki responsab. Le 8 mars dernier dans la cour de l’école, avant de rentrer en classe et devant tous les élèves, il m’a humilié. Li dir mo pa konn nanyen e li fer bann menas. Li finn osi dir ki li kapav anpes mwa rekonpoz form V mem si monn fini paye », témoigne le collégien au Mauricien. Celui-ci en a fait état de cet incident dans ses correspondances.
Les langues commencent aussi à se délier au niveau du personnel enseignant qui évoque plusieurs manquements par rapport à la gestion de l’école tandis que les parents commencent à s’organiser pour porter cette affaire sur la place publique. La direction de la PTA, informée, a tenu en urgence une réunion de son exécutif dimanche dernier. « Tenir une réunion un dimanche matin, veut dire que l’affaire est très sérieuse. Vu la gravité des allégations et sur la base des données, il nous fallait décider de la marche à suivre avant la rentrée du deuxième trimestre. Nous avons passé aussi en revue la situation de l’école qui souffre d’une mauvaise gestion. Il y a de gros problèmes. À l’unanimité, l’exécutif dimanche a demandé le départ du recteur et nous allons envoyer dès aujourd’hui une lettre au ministère et à la PSSA », dit au Mauricien ce matin Jean-Noël Clair, président de la PTA. Il souligne qu’avant la tenue de cette réunion dominicale de la PTA, il a déjà eu deux rencontres avec le président du board de MEDCO en présence du manager du collège qui est, soulignons-le, un PAS du ministère de l’Éducation. « Les autorités de l’éducation ne peuvent pas dire qu’ils ne sont pas au courant de cette question d’allégations de recrutement d’élèves par le recteur pour aller nettoyer des tanks. Les témoignages des élèves ne peuvent pas être ignorés », souligne le président de la PTA.
De son côté, le président de MEDCO donne l’assurance aux élèves, aux parents et au personnel enseignant que cette « affaire est prise très au sérieux ». « I have taken this matter seriously. Let me complete the investigation and I am expecting a report from the manager. As soon as I get the report I will convene a board meeting », a affirmé au Mauricien ce matin le Dr Narainduth Dabeedass.
Le Mauricien a essayé toute la matinée d’avoir le recteur pour une réaction mais il était injoignable. Son téléphone était hors service.