L’enquête menée par la direction de MEDCO ces derniers jours concernant les graves allégations selon lesquelles Leckram Lotun, le recteur, aurait utilisé des élèves de cet établissement comme main-d’oeuvre pour le compte d’une entreprise privée appartenant à sa famille a conclu qu’il y avait suffisamment de « preuves » contre lui. Sur la base du rapport obtenu, le board de MEDCO a suspendu M. Lotun de ses fonctions durant la semaine écoulée et a référé le dossier à la Private Secondary School Authority pour la mise sur pied d’un comité disciplinaire. À partir de lundi, soit le début du second trimestre, Ashok Kumar Varma, l’ancien recteur de l’ex-Bradley College, agira comme recteur de MEDCO Trinity.
Les dénonciations faites par des élèves durant le premier trimestre de 2013 concernant l’offre de M. Lotun pour « zourne travay » dans une entreprise commerciale spécialisée dans le nettoyage de réservoirs d’eau ainsi que la prise de position très ferme de la PTA contre la direction de l’école n’ont pas été vaines. Des lettres qui contenaient beaucoup de détails avaient été envoyées à plusieurs autorités, notamment MEDCO, Ombudsperson for Children, Prime Miniter’s Office, PSSA. Quelques élèves qui avaient répondu positivement aux sollicitations du recteur n’ont pas hésité à témoigner auprès du Mauricien ; l’un d’eux racontant comment sur demande du recteur, il s’est absenté un jour d’école durant le troisième trimestre l’an dernier pour « enn zourne travay », alors qu’il était candidat aux examens de SC… Des parents d’élèves et des profs étaient indignés en apprenant la nouvelle. Leurs interrogations ne manquent pas de pertinence : « Comment un éducateur et de surcroît un chef d’établissement peut-il demander à un élève que l’État lui confie de s’absenter un jour d’école pour travailler pour lui ? » ; « Qui aurait été responsable si cet élève avait été victime d’un accident de la route pendant qu’il se dirigeait sur le site de travail ou si un accident s’était produit pendant qu’il accomplissait les tâches sur le toit d’un bâtiment ? »
Devant l’indignation et la montée de colère des parents d’élèves devant un tel « acte répréhensible » venant d’un éducateur, la direction de MEDCO ne pouvait faire la sourde oreille et a initié une enquête, profitant des vacances scolaires pour boucler le dossier. « We have taken the matter seriously and we did what we have to do. We investigated and we have seen that there were elements which are relevant and there is enough evidence against the rector », a révélé ce matin au Mauricien le président de MEDCO. « In the light of this report we have taken disciplinary measures and M. Lotun is suspended. We have already referred the case to PSSA and we have asked this authority to call for a disciplinary committee », a déclaré au Mauricien hier le Dr Narainduth Dabeedass, président du board de MEDCO. Il ajoute que « l’intérêt des élèves est son principal souci ».
À partir du lundi 22 avril, MEDCO Trinity aura pour recteur Ashok Kumar Varma, l’ancien recteur de Bradley College, qui a fermé ses portes en janvier 2011 avec l’arrêt des subventions de l’État. Le nouveau recteur n’est pas un inconnu de ce collège puisqu’il en fait partie du personnel depuis 2011. Il est là-bas en tant que recteur mais n’exerçait nullement ces fonctions dans l’établissement. Du coup, deux recteurs étaient en poste à MEDCO Trinity depuis deux ans alors que le collège ne compte que 225 élèves, dont la majorité se trouve dans le département Pre-vocational Education. Quelles étaient dont les attributions du deuxième recteur pendant la journée scolaire puisque c’est M. Lotun qui avait la responsabilité de la gestion du collège ?
La PTA, qui réclamait le départ de M. Lotun, a déjà été informée officiellement de la mesure disciplinaire qui pèse sur ce dernier ainsi que du nom de son remplaçant. « La décision de MEDCO confirme la gravité du problème. On avait averti MEDCO que les parents et les élèves manifesteraient leur colère à la rentrée au cas où M. Lotun était toujours en poste. Nous sommes heureux de ne pas avoir à en arriver là et que l’école reprendra dans le calme lundi. On espère que la PSSA ne tarde pas maintenant à nommer le comité disciplinaire », a réagi hier après-midi Jean-Noël Clair, président de la PTA.
Personnel impliqué
Au sein de l’établissement on s’attend à ce que la direction de MEDCO tienne compte aussi de la participation alléguée de certains membres du non-teaching staff à ces « zourne travay » de nettoyage de réservoirs pendant les jours d’école. À signaler que sur la page Facebook de l’entreprise concernée, on peut voir des photos montrant ces employés à l’oeuvre. L’élève, qui s’était absenté un jour d’école pour ces travaux affirme dans une des correspondances envoyées aux autorités qu’il était en compagnie de deux employés du collège ce jour-là. « Mo ousi fer resortir ki sa zour-la ti vinn travay ansam ek moi M. XX et M. YY, toulede ki travay dan lekol MEDCO Trinity Port-Louis », peut-on relever dans cette lettre. L’élève a aussi précisé que, selon les arrangements faits par le recteur, l’une de ces deux personnes était passée le prendre à 9 heures, à bord d’un 4X4 au lieu de rendez-vous fixé, soit à un arrêt d’autobus à Ste Croix.
Par ailleurs, cette affaire de « zourne travay » a permis aux élèves et aux enseignants de vider leur sac concernant les nombreux manquements dans la gestion de l’établissement et qui répercutent sur la vie scolaire. « La situation s’est complètement détériorée depuis trois ans. Le manager du collège est au courant des problèmes majeurs ainsi que la direction de MEDCO. Il est temps que MEDCO s’intéresse à la qualité de l’éducation qui est offerte dans ses collèges si vraiment ses responsables ont à coeur l’intérêt des enfants comme ils disent », dit avec colère un enseignant qui y travaille depuis plusieurs années.
La PTA, dit son président, a également un dossier « consistant » au sujet des nombreuses doléances des profs, des élèves et des parents. « Nous espérons qu’avec l’arrivée d’un nouveau recteur, qui d’ailleurs connaît l’environnement, l’école repartira sur des bons rails », souhaite Jean-Noël Clair. Interrogé au sujet du mécontentement qui règne dans l’établissement concernant la gestion le président du board de MEDCO affirme au Mauricien que le manager prend les choses en main et qu’il lui fait entièrement confiance. « I trust him, he is a very experienced person and he is going to do a nice job », affirme le Dr Narainduth Dabeedass. Si au collège les enseignants ne remettent pas en question les compétences de ce manager, en revanche, ils font remarquer que celui-ci, est « assis entre deux chaises ». De par ses fonctions de Permanent Assistant Secretary au ministère de l’Éducation, le manager du collège donnerait priorité à ses nombreuses responsabilités au sein de ce ministère. « Dan tou bann kolez MEDCO se bann fonksioner ki manager e zo pa gayn letan gete ki pe pase dan lekol », affirment des enseignants.