La non-tenue cette année de l’appel à candidatures à l’intention des médecins de l’État pour deux bourses d’études de spécialisation en Inde provoque des grincements de dents chez une cinquantaine d’entre eux… Pour sa part, le syndicat des spécialistes proteste contre un changement dans les règlements du scheme of service dans l’appel à candidatures lancé le 18 mai pour le poste de Directeur de la Santé et demande son annulation.
Dans le cadre d’accords de coopération avec des pays amis, le gouvernement bénéficie de plusieurs bourses d’études de spécialisation en médecine dont deux du gouvernement indien. Les bénéficiaires de ces bourses indiennes sont admis à la Banaras Hindu University pour la formation Post Graduate Medical Studies. Dans les hôpitaux on qualifie ces deux bourses de « jackpot » et c’est pour cette raison qu’elles sont très convoitées avec pas moins d’une cinquantaine de candidatures chaque année. « Contrairement aux autres bourses offertes par l’État où les bénéficiaires sont en leave without pay pendant leur formation, les médecins qui décrochent ces deux bourses indiennes perçoivent leurs salaires même s’ils sont absents du pays. La qualité de la formation est aussi d’un très bon niveau », explique un des médecins au sujet de l’intérêt croissant pour ces bourses indiennes.
La sélection des bénéficiaires de l’an dernier a été marquée par une forte contestation jusqu’à une plainte logée auprès de l’ICAC. En raison de cette protestation, les deux bourses n’ont pas été octroyées. Il est bon de souligner que les procédures d’admission dans cette université indienne doivent être complétées au plus tard le 16 juin. Cette année, les médecins intéressés ont attendu en vain jusqu’à la fin du mois de mai l’appel à candidatures. En allant aux renseignements durant la première semaine du mois, ils ont découvert que les deux bourses ont déjà été octroyées et que les deux personnes choisies étaient déjà en congé. Le ministère se serait basé sur la short list de l’an dernier qui était déjà entachée par une controverse pour octroyer les deux bourses. « On a perdu les deux bourses de l’an dernier et ce sont deux nouvelles bourses que le gouvernement indien offre. Même si ces deux personnes répondent aux critères pour être éligibles à cette bourse, le ministère de la Santé a passé outre les procédures. Il n’y a pas eu de transparence dans la sélection, on aurait dû lancer un appel à candidatures », martèlent plusieurs médecins en colère. Ce qui les mécontente davantage, c’est que l’un des deux bénéficiaires serait un membre de la famille d’un haut cadre du ministère de la Santé. Ce choix alimente davantage la polémique.
Le Mauricien a contacté le ministère au sujet de l’octroi de ces bourses indiennes cette année. Nous avons obtenu la réponse suivante : « Les procédures pour l’appel à candidatures sont en cours et cela prendra un peu de temps. »
Ce n’est pas la première fois que l’allocation de ces bourses indiennes provoque la colère au sein du personnel médical. L’on se souvient de la vive polémique pendant plusieurs semaines en 2007 concernant les noms de deux boursiers, une affaire qui avait intéressé les politiciens, provoquant même une PNQ du leader de l’opposition.
Ce n’est pas le seul contentieux entre les médecins et le ministère ces jours-ci. La General Medical & Health Officers Association, syndicat des spécialistes, proteste contre un changement dans les règlements du scheme of service figurant dans l’appel à candidature lancé le 18 mai pour le poste de Directeur de la Santé à Rodrigues. Le titulaire à ce poste est au même niveau que les Regional Health Directors à Maurice. Auparavant, tous les spécialistes dûment enregistrés auprès du Medical Council ainsi que les généralistes détenteurs d’un diplôme supérieur à celui de généraliste dans une discipline spécifique (Community Physicians, Emergency Physicians et Occupational Health Physicians) pouvaient faire acte de candidature pour le poste de Regional Health Director. Mais cette fois-ci l’appel à candidatures pour le poste à Rodrigues se limite aux Community Physicians. Par l’entremise de son conseiller légal, la General Medical & Health officers Association a adressé une lettre au ministère le 19 mai pour demander l’annulation de cet appel à candidatures. « Failing which my client will take all legal steps as may be required and advised, which includes reporting the matter to the competent authorities like the Independent Commission Against Corruption », écrit le Legal Adviser dans cette correspondance. Ce syndicat considère les critères dans cet avis de candidatures comme une violation des présentes attributions pour le poste de Director. Ce changement est perçu comme une tentative du ministère de privilégier une personne en particulier. « It is clear that the present memorandum dated the 18th May 2015 is in breach of the existing scheme of duty for the post of Regional Health Director and is therefore ultra-vires the scheme of duty, unfair, in breach of the legitimate expectations of the members of the GMDOA. It can also be deemed to constitute an indirect attempt to favour a category of specialists namely Community Physicians, or a candidate in particular », peut-on lire dans cette lettre envoyée au ministère.