La profession médicale dominera cette année le secteur de la santé avec d’une part les remous autour des nouveaux examens obligatoires du Medical Council pour l’enregistrement des nouveaux médecins et de l’autre, les nombreuses interrogations sur les perspectives d’emploi de plusieurs centaines de Mauriciens étudiant la médecine. Si le marché à Maurice est saturé, en revanche, selon le président du MC, il y a un manque aigu de médecins notamment en Afrique, en Asie et en Amérique. Ces futurs médecins peuvent en prendre avantage moyennant qu’ils « soient compétents et qu’ils aient le niveau mondial ».
Au MC on est convaincu que les Doctor’s Registration Examinations permettront de faire le tri entre ceux qui sont prêts à exercer et ceux qui sont encore loin du minimum requis pour démarrer. Toutefois il y aurait un peu de gêne parmi les responsables du MC concernant la date de l’entrée en vigueur de la législation pour cet examen car cette autorité n’a pas été approchée pour donner son opinion sur cette question.
Les 160 nouveaux médecins qui ont terminé le 31 décembre dernier leur internat veulent être exemptés de cet examen écrit organisé par le MC pour octroyer le Certificate of Permanent Registration. Il s’agit de la licence obligatoire pour exercer. Le contentieux par rapport à la protestation de ces 160 diplômés porte essentiellement sur la date de l’entrée en vigueur des amendements à la Medical Council Act qui ont été votés en décembre 2012 et concernant spécifiquement l’internat ainsi que l’enregistrement des futurs généralistes. La loi indique que les nouveaux règlements prennent effet le 1er août 2013. Or ces 160 protestataires ont été recrutés pour l’internat en novembre 2011 et leur stage s’est déroulé selon l’ancienne formule en vigueur dans les hôpitaux. Ils estiment que cet examen du MC ainsi que l’évaluation orale prévue par le Mauritius Institute of Health ne devraient pas les concerner et ont donc servi une mise en demeure au ministère de la Santé. Mais leur demande d’exemption est-elle raisonnable ? « Nous ne pouvons pas nous prononcer puisqu’il y a une affaire en Cour, c’est à la Cour de trancher. Ils disent qu’il y a un contrat entre eux et le ministère de la Santé pour l’internat mais cela ne nous concerne pas », nous répond le Dr Baboo Servansingh, président du Conseil de l’Ordre des Médecins.
Petite révolution
Le MC avait-il des raisons spécifiques pour fixer l’entrée en vigueur de la loi au 1er août 2013 ? La question d’une éventuelle exemption de cet examen dans le cas de 160 internes qui s’approchaient de la fin de leur internat avait-elle été évoquée pendant les discussions sur la mise en application de la loi ? « A l’époque où le ministère s’apprêtait à présenter ces amendements au Parlement, le MC a fait parvenir son opinion à ce sujet. On a donné notre accord parce que le MC réclamait depuis plusieurs années de tels amendements. A mon avis cette nouvelle législation constitue une petite révolution pour la bonne marche de la profession. Mais ce n’est pas le MC qui a fixé cette date du 1er août 2013 et personne ne nous a demandé notre avis sur cette question spécifique. Si on avait eu des discussions à ce sujet on aurait pu voir ensemble s’il y avait nécessité pour des cas d’exemption. Maintenant on ne peut rien faire car nous sommes obligés de faire respecter la loi », explique le président du Conseil de l’Ordre des Médecins. Selon nos informations, ce n’est pas non plus le ministère de la Santé qui aurait avancé cette date.
Mis à part le contentieux sur la date de l’entrée en vigueur de l’examen du MC, il y a en général un consensus parmi les aînés de la profession sur la tenue de cette évaluation. Selon les observations du Medical Council depuis quelques années et d’après des médecins de carrière qui côtoient quotidiennement les internes dans le service hospitalier, il y a trois catégories de niveaux parmi ces derniers : 1) une minorité de « très bon médecins » qui réussiront à n’importe quel examen ; 2) la majorité avec une performance moyenne et dont seulement 60 % réussiront au premier coup aux examens ; et 3) un petit groupe dont le niveau « est très bas » et qui aurait « de sérieuses difficultés » lors de n’importe quel type d’évaluation. « Cet examen permettra de faire un tri parmi ces médecins non pour sanctionner mais pour voir qui sont aptes à exercer immédiatement et ceux qui nécessitent un apprentissage prolongé. Notre principal souci au MC est la protection des patients et nous devons nous assurer que tout médecin soit capable de donner le traitement approprié au patient qui se trouve face à lui », dit le Dr Baboo Servansingh, qui exerce dans le service de santé publique.
« Éviter des drames humains »
Le Medical Council est lui aussi préoccupé par l’avenir professionnel de ce nombre conséquent d’étudiants en médecine à Maurice et à l’étranger. Il y en avait l’an dernier environ 1 200 à l’étranger, la majorité dans les universités chinoises. Sans compter les dizaines d’étudiants qui se trouvent dans les cinq institutions offrant une formation en médecine au plan local. Outre les 160 ex-internes qui attendent leur “registration” pour exercer, il y a environ près 200 internes en formation dans nos hôpitaux. « Croyez-vous que toutes ces personnes trouveront du travail à Maurice dès leur retour ? » lance d’un air dubitatif le président du Conseil de l’Ordre des Médecins. Il est impératif, dit-il, que les décideurs commencent à se pencher sur cette question de surnombre de médecins et d’élaborer une stratégie pour « éviter des drames humains » au cas où ces centaines de professionnels de santé se retrouvent au chômage. De l’avis du Dr Servansingh, une des solutions pour ceux qui “sont bons” est l’emploi à l’étranger et qui serait possible en raison de la globalisation. « Il y a un manque aigu de médecins dans le monde particulièrement en Afrique, en Asie et en Amérique. Si nos médecins arrivent à un niveau mondial, ils pourront être recrutés n’importe où. La seule manière de savoir qui sont ceux qui sont bons c’est à travers cet examen écrit ».
Les dirigeants du MC disent leur « étonnement » vis-à-vis des critiques faites par les candidats à la première édition des Doctor’s Registration Examinations (en novembre dernier) au sujet du questionnaire dont le contenu selon eux « était très dur ». Rappelons que la performance avait été décevante et que ce questionnaire avait été préparé par le National Board of Examinations of India. L’organisme indien préparera à nouveau celui du prochain examen prévu au mois de mars prochain. Or le président du Conseil de l’Ordre des Médecins et d’autres membres de cette instance maintiennent que le questionnaire « était abordable ». « Je suis surpris des remarques entendues parce que le questionnaire était accessible. Si un médecin a entrepris consciencieusement son internat il ne sera pas difficile pour lui d’obtenir au moins 50 % de points. En revanche pour obtenir 90 % de points ce n’est pas facile », reconnaît le Dr Servansingh.