PAUL F. DE SOUZA

Le temps est vraiment loin où Washington confiait à son Conseil des ministres : « Voilà un an que nous n’avons pas de nouvelles de notre administrateur à la Cour de France, Benjamin Franklin. » Et l’anecdote peut nous laisser rêveurs, nous qui sommes en prise directe, en temps réel avec l’événement. Il est loin le temps aussi où – en 1867 – Marinoni (un des pères fondateurs de la presse moderne) commençait à tirer 20 000 exemplaires à l’heure de son journal, ce qui consti- tua une révolution de grande ampleur.

La fin du XXe siècle et le début de ce XXIe siècle conju- guent le règne de l’audimat avec l’irruption en force d’Internet. L’écran – celui du récepteur de télévision ou de l’ordinateur – envahit notre existence. Une technologie, en progrès et dont la démocratisation est évidente, fait de chacun d’entre nous un consommateur quasi obligé.

Cette course à l’information immédiate ne saurait nous faire oublier qu’au-delà dela dimension technique et moderniste – si ce terme a encore une signification – reste et s’impose à nous avec une insistance croissante la question de cette valeur essentielle depuis la Révolu- tion française de 1789 qu’est la liberté.

Liberté de la presse, liberté de l’information, liberté des journalistes, liberté d’expression. Clémenceau a écrit sur cette question des pages éclairantes et redoutables. Victor Hugo, dans un discours prophétique, déclara le 9 juillet 1850 – Badinguet était dans l’antichambre du pouvoir absolu – : « C’est parce que je veux la souveraineté natio- nale dans toute sa vérité que je veux la presse dans toute sa liberté. »

L’on aurait tort de sourire : le propos est d’une actualité absolue.
Car, par-delà les révolutions techniques, reste l’impérieuse obligation de per- mettre à l’homme d’être un citoyen, c’est-à-dire informer honnêtement, loyalement, sans subir les pressions du pouvoir de l’argent.

Comme la langue d’Ésope, les médias peuvent être la pire ou la meilleure des choses.
Il nous appartient à tous, jeunes et moins jeunes, de veiller à ce que les médias mauriciens concourent à la bonne marche des institu- tions de notre République et à la formation du citoyen.

« Mourir pour la liberté », criaient les quatre sergents de La Rochelle ; c’est qu’ils la voyaient étranglée par une monarchie autoritaire et revancharde.
Nous, ce que nous souhaitons, c’est que nos enfants et nos petits-enfants puissent vivre pour elle.