Le nouveau board du Medical Council (MC) en poste depuis bientôt trois mois fait déjà de nombreux mécontents parmi des médecins des services public et privé. En cause, l’ingérence du ministère de tutelle dans le fonctionnement de l’Ordre des médecins. L’affaire qui suscite l’indignation à l’intérieur comme à l’extérieur du MC est le renouvellement de l’accord, en toute hâte la semaine dernière, à la demande expresse du ministère – avec le National Board of Examinations of India (NBEI) préparant les questionnaires des examens pour l’enregistrement des nouveaux médecins. Mais ce ne serait pas le seul cas d’ingérence ministérielle depuis l’installation de ce nouveau board et qui fâche les membres de la profession.
Le premier accord avec le NBEI devant arriver à terme au mois d’octobre prochain, et au vu des nombreuses critiques qui ont marqué ces examens depuis début 2013, quelques membres du board du MC ont lancé, dès leur installation le 24 février, une réflexion sur ces examens en vue de trouver une alternative à l’organisme indien. Les dirigeants du MC avaient placé cette question en bonne place sur leur agenda de travail. Mais ils étaient loin de se douter que le ministère de la Santé allait les devancer sur ce dossier. « Nous avons été mis devant un fait accompli la semaine dernière concernant le renouvellement de cet accord avec l’organisme indien. It’s the doing of the ministry et tout s’est passé très vite. On n’a pas eu notre mot à dire », disent avec colère plusieurs membres du board. Ils se disent déconcertés et irrités parce que le contentieux autour des questionnaires du Doctor’s Registration Examinations (DRE) était justement un des principaux thèmes de leur campagne aux dernières élections du MC.
Voilà la chronologie du renouvellement de cet accord NBEI-Ministère-MC signé le vendredi 29 avril dernier, et qui a pris tout le monde de court au MC. Le ministère convoque les dirigeants du MC à une réunion le mercredi 27 avril pour les mettre au courant de son intention de renouveler l’accord avec l’examinateur indien pour une période de trois ans et leur demande de faire avaliser ce projet par le board du Council. Le ministère leur demande de faire diligence parce que l’accord doit être signé avant le 30 avril. Le président et le personnel administratif du MC se mettent en quatre durant la matinée du 28 avril pour inviter les membres à être présents à une réunion urgente du board le même jour, à 18h. Douze membres, sur un total de 22 personnes siégeant à ce conseil d’administration, y assisteront, dont des nominés du gouvernement. Le Dr Kailesh Kumar Jagutpul, président du board, n’a pas eu la partie facile devant les vives protestations de ses confrères. « Ceux qui n’étaient pas d’accords avec ce renouvellement dans l’urgence avaient de bons arguments. Ils ont aussi souligné le manque d’informations par rapport à de nombreuses questions », dit un interlocuteur. Selon ce dernier, quand le board doit avaliser une décision importante, il y a au préalable la préparation d’un dossier bien élaboré par les dirigeants et les membres sont informés bien en avance de l’agenda, de sorte qu’ils peuvent soulever les points qui, à leur avis, méritent davantage de précisions et de clarifications. C’est en arrivant au siège du MC le jeudi 28 avril pour participer à ce “special meeting” que des membres ont appris la raison de cette convocation. Des questions bien précises sur le renouvellement de cet accord sont restées sans réponses. Les sept membres qui se sont prononcés en faveur du renouvellement de l’accord avec le NBEI ont permis au ministère, le lendemain matin, de signer le nouveau protocole d’accord avec la partie indienne.
Le MC avait été contraint d’accepter le renouvellement car le premier accord, devant pourtant prendre fin au mois d’octobre prochain, « has been revoked », selon l’explication que certains membres ont reçue. « Qui a pris la décision d’annuler cet accord sans que le MC, qui était l’un des trois partenaires concernés, n’en soit informé ? » questionnent certains membres du conseil d’administration.
Avant l’épisode concernant le nouvel accord avec le NBEI, tous les membres du board du MC avaient été convoqués au ministère à cause d’une divergence de vue au sujet d’une évaluation orale pour les aspirants médecins à la fin de leur stage d’internat dans les hôpitaux. Le ministère, qui organise cette évaluation, n’avait pas apprécié que l’Ordre des Médecins ait pris une position contraire sur la question. « Il y avait un malentendu entre le ministère et le MC concernant cette évaluation orale. Une réunion entre le ministère et les dirigeants du board seulement aurait suffi pour clarifier certaines choses. Le ministère a exagéré en convoquant l’ensemble du board. Du jamais vu dans l’histoire du MC depuis sa création », commente un ancien membre du board.
La « solution » trouvée par le ministère de la Santé pour permettre l’enregistrement des spécialistes formés au très controversé Dr D.Y. Patil Medical College donne lieu aussi à des profonds désaccords au sein du MC. Le ministère propose une formation additionnelle pour les médecins concernés, au bout de laquelle ils obtiendront un Diploma in Post Graduate, mais la durée de ce “top-up course” ne sera pas uniforme pour tous ceux concernés. Ces derniers seront répartis en trois catégories bien distinctes, à savoir une formation de six mois, une autre de 12 mois et, enfin, une dernière de 15 mois. Les dirigeants du MC ont pris connaissance de cette « solution » lors d’une réunion au ministère, au cours de laquelle il leur a demandé de faire avaliser cette décision par le board. Si l’instance dirigeante de l’Ordre des Médecins est favorable à l’idée d’une formation additionnelle pour ces ex-étudiants du D.Y. Patil Medical College, qui réclament leur “registration” en tant que spécialistes depuis plus de deux ans, en revanche, la durée variée de ce programme de formation ne fait pas l’unanimité. « Au lieu de consulter l’organisme régulateur de la profession sur une question aussi importante, le ministère prend la décision seul et demande au board du MC de l’approuver. Il y a eu beaucoup de protestations et nous avons eu une réunion houleuse à ce sujet », raconte un participant à la réunion du board à ce sujet. La formule du ministère a quand même été approuvée.
Mais, selon nos informations, des membres au sein du board se sont élevés contre ces « fréquentes ingérences ministérielles » dans le fonctionnement du MC et ont critiqué les dirigeants par rapport à une telle situation. Le pouvoir qu’exercerait le ministère sur le MC depuis quelque temps fait jaser en dehors aussi. Il y a en effet de plus en plus de critiques à l’encontre du board par des médecins. « Ce board du MC est carrément sous le diktat du ministère et nous sommes déçus de nos représentants là-bas. C’est honteux et inacceptable ! » réagissent, sur un ton sévère, des médecins ayant déjà siégé dans le passé au sein de cette instance de direction du MC.
Selon nos informations, les dirigeants du MC sont au courant d’un certain mécontentement parmi leurs confrères dans les services public et privé concernant justement le fonctionnement du MC. On apprend qu’il y a « un sursaut parmi les responsables du MC » . Ils sont déterminés, disent les membres, à réajuster le tir et à manifester le caractère indépendant de l’Ordre des Médecins. « Nous allons remettre les pendules à l’heure », confient certains membres.