Les professionnels de la santé du service public (médecins, pharmaciens / dispensers, et infirmiers) sont unanimes à condamner toute forme de gaspillage de médicaments. En revanche, les opinions divergent quant aux observations du dernier rapport de l’audit sur la question. Si les pharmaciens affirment que le taux de médicaments périmés est de 1%, soit sous la fourchette des 3% à 5% de l’OMS, force est de constater que l’absence d’une coordination et le retard pour l’informatisation du service perpétuent néanmoins le gaspillage année après année.
Chaque année, c’est le même constat : alors que des médicaments manquent régulièrement dans certains hôpitaux et centres de santé – obligeant les responsables à en acheter sur le marché local pour parer au plus pressé –, l’audit, lui, dénonce tous les ans le nombre conséquent des « dormants items », chiffrés à plusieurs millions de roupies, qui ne peuvent plus être utilisés car arrivés à date d’expiration. En terme clair, le rapport parle de gaspillage des fonds publics.
D’emblée, il est bon de rappeler que le ministère dépense annuellement entre Rs 600 M et Rs 700 M pour l’achat des médicaments. Sur la « ligne de front » pour la distribution de médicaments aux patients, on retrouve les dispensers, les pharmaciens ainsi que les infirmiers postés dans les centres de santé (Community health centre et Area health centre). L’on compte ainsi une vingtaine de pharmaciens et plus de 200 dispensers dans le service hospitalier. Pour chaque Regional Hospital, l’effectif se détaille comme suit : un Hospital pharmacist, un Principal pharmacy dispenser, un Pharmacy store manager, 1 à 2 Senior pharmacy dispenser et entre 18 et 22 Pharmacy dispenser. Sans compter ceux qui sont en poste à la National Supply Division (située à Plaine-Lauzun). Autant dire un beau monde chargé de la gestion des médicaments. Mais pourquoi ce gaspillage coûteux ? Le ministère de la Santé semble en tout cas se poser la question. Preuve en est que, durant la semaine écoulée, celui-ci aurait demandé des explications par écrit à certains employés occupant des postes à responsabilité.
Les pharmaciens, chargés de transmettre les commandes des hôpitaux à la National Supply Division,  refusent pour leur part le terme « gaspillage » pour tout « dormant item ». « Nous devons nous assurer de la disponibilité de différentes gammes de médicaments à n’importe quel moment de l’année, à l’exception bien sûr des traitements des maladies imprévues », dit l’un d’entre eux. Abondant dans le même sens, le Dr Vinod Algoo, président du syndicat des spécialistes de l’État, poursuit : « Il faut mieux avoir un surplus que rien du tout », nuançant aussitôt que « ce surplus ne doit pas être démesuré ».
Ce qui « rassure » les pharmaciens et leurs collègues « dispensers » dans le rapport de l’audit, c’est que les remarques les plus sévères ne les concernent pas. « Quand l’audit avance un chiffre de Rs 40 M pour les médicaments inutilisés et périmés, cela paraît énorme et choque évidemment la population. Mais cette somme englobe les dépenses faites pour les vaccins et les consommables pour les dialyses, qui ne tombent pas sous notre responsabilité. Nous ne sommes uniquement concernés que par deux montants : l’un de Rs 3,5 M et l’autre de Rs 400 000 », disent les pharmaciens. D’ailleurs, poursuivent-ils, l’on note depuis quelques années une « réduction notable » de la quantité de médicaments périmés. Toutefois, l’effort doit être maintenu, expliquent-ils. « Je ne suis pas satisfait du chiffre mentionné pour les médicaments ayant expirés. Mais nous sommes dans les normes prescrites par l’OMS. Je pense toutefois que l’on pourrait encore éviter ce ‘1%’ », est d’avis l’un d’eux.