Les ex-employés de Médine prennent un nouveau départ

Sylvio Fidèle, 62 ans, avait commencé sa carrière sur l’établissement sucrier de Médine comme apprenti ajusteur il y a 40 ans. Le 15 avril dernier, il était parmi les 98 ouvriers ayant pris leur retraite sous le Voluntary Retirement Scheme. Le sexagénaire a côtoyé les grands patrons qui ont dirigé d’une main de fer l’établissement sucrier.

« Ti ena moulin vaper sa lepokla. Kondisyon ti byen dir pou travay dan lindistri sikrie. Mantalite ti enn lot, ti bizin ena boukou pasyens », se souvient Sylvio. Malgré les hauts et les bas, Sylvio est resté fidèle à son poste jusqu’à la fermeture de l’usine le 15 avril dernier. Ses anciens collègues et amis, Luxell Théodore, Eurick Bauda, Richard Lallsing et Michel Tranquille qui se sont aussi sacrifiés pour faire avancer cet établissement sucrier, ont décidé de ne pas rester les bras croisés après avoir appris qu’il allait fermer. Eurick Bauda, qui a gravi les échelons en tant qu’ouvrier avant de devenir chef soudeur à Médine, avec l’aide de ses anciens amis, a décidé de fonder une nouvelle entreprise, Evic Entreprise Ltd. Evic est le sobriquet qui avait été donné à Eurick par son entourage dans son enfance. Evic Entreprise Ltd entreprend de gros travaux de construction, de réparation, d’appareillage, de soudure, entre autres. « Nou fer ziste tou », plaisante Eurick.

Pour satisfaire ses clients, ce dernier a divisé un groupe de dix ouvriers en deux, chacun composé de cinq personnes. « À partir du moment où la direction avait pris la décision de fermer l’usine, nous avions dit qu’il fallait penser à l’avenir. La nouvelle de la fermeture de l’usine ne nous a pas choqués car depuis un certain temps, il n’y avait pas d’investissement pour le renouvellement d’une partie de l’usine. La structure tombait en ruine. C’était visible. Et en apprenant que l’usine allait fermer, nous avons activé les choses. Nous avons commencé à prendre des contacts avec certaines firmes privées. Nous avons voulu mettre à profit l’expérience que nous avons vécue ensemble sur l’établissement sucrier pendant de longues années », relate Eurick Bauda. « Nou panse ki nou ankor ena kouraz e ankor kapav travay e li ti ankor tro boner pou zet zarm ek pou ale anba laboutik gramatin », plaisante Luxwell Théodore qui a travaillé comme ajusteur pendant plus de 18 ans sur la propriété sucrière de Médine après son stage de formation au collège technique de Saint-Gabriel dans les années 1990. « Nous avons vécu de grands moments ensemble et des moments tragiques aussi, comme celui du 22 novembre 2011 », se souvient encore Luxell. Un jeune ouvrier de 21 ans avait alors trouvé la mort en allant récupérer de la cendre du broyeur qui transportait de la canne.

Mais Eric Bauda veut surtout retenir les bons moments. « Nous vivions comme une vraie famille, sans distinction de races. On était toujours prêts a s’entraider, surtout dans les moments difficiles. Nous aimions notre métier. C’est surtout cela qui m’a encouragé à réunir mes anciens collègues et à prospecter d’autres opportunités de carrière après la fermeture.

Le 15 avril, jour de la fermeture, relate Sylvio Fidèle, était rempli d’émotion. « Nous devions faire des adieux à des collègues avec qui on avait partagé de bons et de mauvais moments. Il y avait certainement des conflits, des incompréhensions, mais il me reste toujours l’image d’une équipe solidaire et soudée. » 

Concernant la gestion d’Evic Entreprise Ltd, compte tenu des commandes qui commencent à pleuvoir comme la construction de quatre nouvelles serres à La Flora, Eurick veut que chaque employé s’engage pleinement et que prime la discipline. Selon lui, chaque personne qui fait partie de cette nouvelle entreprise doit assumer ses responsabilités.

Conscient que certains de ses amis ont pendant longtemps été conditionnés dans des rapports dominants-dominés, Eurick est d’avis que leur nouvelle entreprise doit faire de son mieux grâce à une participation plus effective des employés. « Nous avons des défis à relever. Nous devons rester vigilants car nous allons certainement trouver sur nos routes des concurrents sérieux et il nous faudra à tout prix éviter de perdre du temps sur des peccadilles. Je souhaite que chacun soit armé chaque jour d’une bonne dose de responsabilité. Nou finn gagn enn deziem sanse pour redemare dan lavi, faude pa nou rat sa. Nous avons intérêt, je crois, à créer un espace où chaque personne joue son rôle », souhaite Eurick Bauda. Il demande aux entreprises privées de faire confiance à son entreprise et de leur donner la possibilité de prouver de quoi ils sont capables.