Crédibilité égratignée et plus d’assise au pouvoir ! Le MSM n’est pas sorti indemne des révélations entourant la vente de MedPoint. Il revient désormais à la justice de déterminer la culpabilité de ceux, dont deux anciens ministres du parti, cités et arrêtés dans le sillage de cette affaire. Toutefois, l’issue de ce scandale qui a pour toile de fond la corruption laisse déjà de observateurs sceptiques. Parmi, Ram Seegobin, le leader de Lalit. Dans le passé, des charges pesant sur des personnalités accusées de trafic d’influence ont été rayées en cour faute de preuves. Quant à l’affaire MedPoint, son épilogue viendrait confirmer ou infirmer si certains citoyens sont des intouchables.
L’affaire MedPoint, tel un feuilleton, se décline en épisodes. Et comme tout feuilleton, cette affaire, scandaleuse et fort en rebondissements, aura une fin. Quand ? Comment ? Personne ne le sait. Qui sont ceux qui y laisseront des plumes ? Quelles seront les conséquences de cette affaire ? Là aussi, personne ne saurait répondre à ces questions avec exactitude. Dans le passé, des scandales liés au trafic d’influence impliquant des personnalités politiques, entre autres, ont à un certain moment pu faire croire que les présumés accusés pourraient tomber et payer pour le délit dont ils répondaient. Comme l’affaire MedPoint, celles antérieures ont tenu le public en haleine pendant des semaines, voire des mois. Quand les charges retenues ont été rayées en cour, pour diverses raisons, la perception a toujours voulu que, qu’importe la gravité des faits qui sont reprochés à certaines personnalités, elles seront toujours exemptées de sanctions et  leurs chances de se retrouver derrière les barreaux est bien moindre que le Mauricien lambda. Pour l’instant, le fameux scandale du siècle n’a fait que jeter le discrédit sur certains politiciens. Quant à l’issue de cette affaire, le dernier mot reviendra à la justice, institution qui se veut juste et garante des lois et de la Constitution mauricienne.
« L’épilogue qui conviendrait à l’affaire MedPoint serait l’annulation de la vente de la clinique. L’idéal serait que le gouvernement reconnaisse l’irrégularité de la transaction de MedPoint et s’acquitterait d’une pénalité », conçoit Ram Seegobin, figure de proue de Lalit. Il est d’avis que la révision des procédures et l’application du code d’éthique lorsque des membres du gouvernement seront concernés par une transaction financière s’imposent. Mais Ram Seegobin ne peut s’empêcher d’être sceptique quant à cette éventualité. Pourquoi ? « Parce qu’il ne faut pas oublier les indemnités versées aux Jugnauth dans l’affaire de la location du Sun Trust Building par un gouvernement dont le MSM en faisait partie ! »répond-t-il. 
Et de faire ressortir : « Il y a une inculpation qui pèse contre deux ex-ministres, deux autres font l’objet de soupçon et cinq hauts fonctionnaires sont inculpés… Quand le Chief Governement Valuer, traduit en cour sous la Prevention of Corruption Act, ne se souvient plus qui lui a demandé de procéder à une deuxième évaluation, il y a peu de chance que la cour se retrouve avec un dossier complet ! Le cas s’annonce compliqué. »
D’autre part, dit Ram Seegobin, « en agissant politiquement, la police se retrouvera en cour dans le box des témoins. Mais comme cela a été le cas dans les arrestations de Zouberr Joomaye et de Showkutally Soodhun, la police pé gaynn difikilté dan box. Lalit inn pass par la ! Nou koné kouma sa été. Nou gayn nou case parski lapolis pa koné ki pou dir dan box. »
Stratégies
De son côté, Jeet Golam, président de Transparency Mauritius, est d’avis que « MedPoint est un test case pour la bonne gouvernance. » Si ce dernier préfère garder ses réserves sur l’issue de ce scandale, il concède cependant « que le cas MedPoint est intrinsèquement lié au conflit d’intérêt » et qu’« en cour la bataille sera longue. » Toutefois, il laisse entendre« qu’un travail propre aboutira à des condamnations. » Si Pravind Jugnauth obtient le procès-verbal du Cabinet Meeting du 18 juin 2010 où le dossier d’un hôpital gériatrique avait été évoqué, la justice pourrait, dit-il, avoir un élément clé et déterminent entre les mains. « Si je me réfère à des jugements rendus en 1942 et 1967, il n’est pas improbable que Pravind Jugnauth obtienne les disclosures du Cabinet Meeting de juin 2010 », ajoute Jeet Golam. 
Pour Ram Seegobin, l’affaire MedPoint n’implique pas uniquement quelques personnes qui ont fait partie de la plus haute sphère de l’État et quelques fonctionnaires, « mais tout le gouvernement. » « Si konn lavérité dan zafer MedPoint, gouvernman pou dan box. Mé éna boukou sans ki pa konn lavérité. » Le présent gouvernement, dit-il, « aura à assumer ses responsabilités et reconnaître que MedPoint a été une transaction politique et moralement inacceptable. Mé séki nou trouvé sé ki sakenn pé rod enn koupab, ki aranz so stratézi ! Kan MMM ti dénons MedPoint, so strétézi sé atak MSM. Apré linn sanz stratézi parski li pli politikman péyan atak travayis. »
Trafic d’influence
Si Jeet Golam émet des réserves sur l’issue du scandale du siècle, en revanche, il est confiant que le Private Parliamentary Secretary Dhiraj Khamajeet se retrouvera en cour pour ses propos sur le recrutement dans la fonction publique. En début de semaine, Transparency Mauritius a déposé une plainte à l’Independant Commission against Corruption (ICAC) contre Dhiraj Khamajeet pour trafic d’influence. « Les excuses de Dhiraj Khamajeet sont des aveux. Il aurait pu rien dire sur cet enregistrement et invoqué son droit au silence, d’autant que la bande son n’est pas admissible en cour. Et s’il avait été traduit en cour, il aurait été acquitté et relaxé. Mais une fois qu’il publie un communiqué pour s’excuser de faits qui lui sont imputés, il s’est pris à son propre piège. Il a été sans aucun doute mal avisé. Mais trop c’est trop ! » déclare Jeet Golam. Cette bande son, insiste ce dernier est révélatrice. « On y apprend un cas avéré de trafic d’influence. Dhiraj Khamajeet révèle beaucoup de choses et va même jusqu’à embarrasser le Premier ministre. Pour moi, il y a matière à condamner Dhiraj Khamajeet. S’il est traduit en cour, il devrait être condamné. J’en suis confiant. »
Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress, pense que Dhiraj Khamajeet devrait démissionner en tant que député, « pour sauver son honneur. » Le public, dit-il, ne croit pas dans les arguments avancés par Dhiraj Khamajeet lorsqu’il a présenté ses excuses. Haniff Peerun ne partage pas l’optimisme de Jeet Golam quant à l’éventuelle condamnation de Dhiraj Khamajeet pour délit de trafic d’influence. « Il bénéficie du soutien de son parti et je ne crois pas qu’il sera sanctionné. Je crois même que c’est la radio qui a diffusé les propos de Dhiraj Khamajeet qui sera poursuivi pour diffusion de fausses nouvelles », déclare Haniff Peerun. Ce dernier se dit également surpris que la Public Service Commission n’ait pas encore réagi aux affirmations de Dhiraj Khamajeet à ses mandants et diffusées sur les ondes d’une radio privée à l’effet que cette institution ne serait pas complètement indépendante. Si le cas de Dhiraj Khamajeet n’est aucunement lié à l’affaire MedPoint, les deux dossiers ont cependant un point en commun : le trafic d’influence.