L’enquête de l’Independent Commission Against Corruption sur le scandale du siècle du rachat de la clinique de MedPoint au coût de Rs 144,7 millions entame ces jours-ci une de ses dernières étapes en excluant le cas logé en Cour suprême par le leader du MSM Pravind Jugnauth. Depuis la fin de la semaine écoulée, le Director of Investigation de l’ICAC, l’ancien ACP Ghoorah, accompagné du Chief Investigator de la Commission, S. Allear, a fait le déplacement à Londres pour consigner la version des faits des Malhotra. Un des volets de cette audition pourrait être axé sur le sort qui a été réservé au chèque de Rs 144,7 millions vu que la State Investment Corporation (SIC) récuse le shareholder’s loan payable by company de Rs 15,5 millions contracté par Shalini Devi Malhotra à Londres.
En ce début de semaine, le directeur général de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) Anil Kumar Ujoodha, qui est rentré d’une conférence internationale à Marrakech, pourrait être « briefed » officiellement sur les premières retombées de la mission Ghoorah à Londres dans le cadre de l’enquête sur le scandale MedPoint. Ce déplacement a été décidé suite à une série d’échanges entre la commission anticorruption et le Conseil légal du Dr Krishan Malhotra et son épouse, Shalini Devi Malhotra, Me Sunil Bheeroo. Ce dernier se trouve actuellement dans la capitale britannique pour les besoins de cet exercice.
L’audition du couple Malhotra par l’ICAC vise à compléter le dossier d’enquête, qui devra être soumis au Directeur des poursuites publiques (DPP) avec jusqu’ici sept inculpations provisoires, dont celles de l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, et de l’ex-ministre de la Santé, Maya Hanoomanjee. La principale zone d’ombre dans cette affaire, qui défraie la chronique depuis bientôt 11 mois, demeure le trou de mémoire du Chief Government Valuer, Yodhun Bissessur, quant à l’identité de la personnalité derrière la décision d’un second exercice d’évaluation de la clinique MedPoint.
L’interrogatoire du Dr Malhotra, principal actionnaire de la clinique MedPoint, devrait se porter sur plusieurs aspects : les contacts avec l’ancien ministre de la Santé Rajesh Jeetah sur la question d’unsollicited bid au ministère de tutelle ; les échanges par e-mail adressés à la Santé à l’attention de l’ancien ministre du secrétaire permanent, Om Kumar Dabidin, en date de janvier 2010, soit bien avant le lancement des appels offres pour le projet de National Geriatric Hospital à la fin de mars 2010 avec la mention du cost estimate de Rs 143 870 923.40 pour la clinique MedPoint ;
son réseau de contacts au sein du ministère de la Santé et surtout ce qui est advenu au chèque de Rs 144 701 300 émis le 29 décembre 2010 par l’Accountant General pour le compte du ministère de la Santé en vue de finaliser le rachat de la clinique.
Les explications du Dr Krishan Malhotra sur le parcours de ce chèque de Rs 144,7 millions sont considérées comme d’importance capitale. À certaines étapes de l’enquête, l’ICAC avait initié un Audit Trail pour confirmer si le chèque avait été bel et bien encaissé formellement. La version d’un des principaux bénéficiaires de ce que l’ICAC considère comme la MedPoint Tainted Financial Transaction  pourra être confrontée aux dernières informations circulant à ce sujet.
Jusqu’ici, tout semble indiquer que le chèque de MedPoint a été transféré d’un compte à la State Bank of Mauritius à un autre opéré par la compagnie MedPoint Ltd à la Baroda Bank dans les 24 heures après la signature de l’acte de vente.
Le transfert de Rs 15,5 millions à un autre compte à la Hong Kong and Shanghai Banking Corporation au nom de Shalini Devi Malhotra pour assurer le remboursement d’un Shareholder’s Loan se retrouve actuellement au centre d’une controverse entre un des principaux actionnaires, la SIC, et la direction de la clinique.
La SIC récuse ce prêt contracté par Shalini Devi Malhotra au nom de la compagnie en affirmant qu’à aucun moment les actionnaires de la clinique ont été informés et ont été partie prenante de cette transaction bancaire. Elle maintient que la répartition aux actionnaires des recettes de la vente de la clinique devra se faire sur la somme de Rs 144,7 millions et non après déduction du remboursement du prêt, soit une somme de Rs 115 millions comme avancé jusqu’ici.
D’autre part, les informations recueillies auprès des sources proches de MedPoint Limited avancent qu’avec la fermeture de la route desservant la clinique, la direction s’était retrouvée devant deux choix : la liquidation de la compagnie ou opérer à pertes en attendant des jours meilleurs. La seconde option a été retenue en recherchant un apport financier sous forme de prêts bancaires.
Devant le refus des institutions bancaires à Maurice de fournir ce ballon d’oxygène si crucial à MedPoint, Shalini Devi Malhotra, l’autre actionnaire majeur, avait eu recours à ce prêt auprès d’une de ses banques en Grande-Bretagne. Les informations disponibles à ce jour sont que seule la tranche de Rs 15,5 millions pour le remboursement de ce prêt a été encaissée alors que le montant restant du chèque serait toujours à la Bank of Baroda.
La confirmation de ces détails devra être obtenue à la conclusion de l’audition du couple Malhotra par le tandem Ghoorah/Allear de l’ICAC ces jours-ci.
De son côté, le Dr Malhotra devra être confronté à la version de Showkutally Soodhun concernant les allégations d’un tête-à-tête avec Navin Ramgoolam peu avant la décision d’un second exercice d’évaluation. Cette affaire constitue un side issue conséquent à l’enquête MedPoint avec pour principaux protagonistes présumés le Premier ministre, le leader de l’opposition, l’ancien ministre du Commerce et un membre du bureau politique du MMM, le Dr Zouberr Joomaye.
Le Central CID enquête également sur cette affaire avec deux premières inculpations provisoires pour le délit de « fabricating false facts against the Prime Minister », notamment à l’encontre de Showkutally Soodhun et du Dr Joomaye. Des informations contradictoires circulent cependant : des limiers du Central CID auraient fait le déplacement à Londres ces jours-ci pour interroger le Dr Malhotra. Aux Police Headquarters, l’on faisait clairement ressortir ce matin qu’aucune escouade de limiers du Central CID ne se trouve à Londres ces jours-ci.