Trente-deux semaines après le démarrage de l’enquête sur le rachat de la clinique MedPoint au coût de Rs 144,7 millions par le ministère de la Santé, l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) attaque l’ultime étape avant la soumission d’un rapport complet des recommandations pour approbation du Director of Public Prosecution (DPP) en vue des procédures pénales devant les instances compétentes. C’est ce qu’a appris Le Mauricien de sources concordantes après le passage de l’ex-ministre du Commerce et président du MSM, Showkutally Soodhun, au QG de l’ICAC, hier. Avant d’aborder ce tournant, l’ICAC se retrouve avec deux casse-tête à résoudre, soit l’interrogatoire « Under Warning » du Dr Krishan Malhotra et le poids à être accordé aux « déductions » de Showkutally Soodhun sur des interventions alléguées du Premier ministre, Navin Ramgoolam, au sujet de la deuxième évaluation de la clinique MedPoint mais niées catégoriquement par les principaux concernés.
À ce stade de l’enquête, il devient de plus en plus évident que pour éviter toute similitude avec le méga-scandale politico-financier de la MCB/NPF du 14 février 2003, où le principal bénéficiaire des Rs 881,6 millions détournées de la Mauritius Commercial Bank, Teeren Appasamy, n’a pas été jusqu’ici interrogé formellement, l’ICAC étudie les différentes options possibles pour consigner la version des faits du Dr Malhotra, considéré à plus d’un titre comme « the ultimate beneficiairy of the MedPoint tainted transaction ».
Force est de reconnaître que depuis l’éclatement de ce scandale du siècle au début de l’année, le Dr Malhotra a plaidé qu’il est disposé à collaborer avec l’ICAC en vue de faire la lumière sur les circonstances du rachat de la clinique MedPoint pour être transformée en un National Geriatric Hospital. Mais depuis, le principal concerné, qui a encaissé le chèque de Rs 144,7 millions en date du 29 décembre de l’année dernière, est en Grande-Bretagne.
L’Investigation Division de l’ICAC se retrouve en présence de plusieurs formules pour l’interrogatoire du beau-frère de l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth. Une convocation formelle devrait être servie au termes des dispositions du Prevention of Corruption Act (POCA). Mais les modalités de ce rendez-vous posent des problèmes dans la conjoncture.
L’ICAC peut décider de faire déplacer le directeur général de l’Investigation Division et d’un de ses principaux lieutenants à Londres pour les besoins de cette audition du Dr Malhotra. Dans le cas de la MCB/NPF, l’ICAC avait opté pour une telle formule avant que la mission Roshi Bhadain ne soit avortée avec le refus de Teeren Appasamy.
En tout cas, au QG de l’ICAC, la question est à l’étude car la direction générale ne compte pas soumettre au DPP un rapport sur le scandale MedPoint sans avoir interrogé le Dr Malhotra, même si à ce matin aucune confirmation officielle n’était disponible quant à la marche à suivre. Jusqu’ici, toutes les tentatives pour entrer en contact avec Me Sunil Bheeroo, dont les services ont été retenus par la direction de l’ancienne clinique MedPoint, ont été vaines. L’homme de loi, qui se trouve actuellement à l’étranger, ne devra être de retour au pays que ce week-end.
L’autre casse-tête concerne le cas Soodhun. Même si ce dernier ne se garde pas de confier en privé, notamment en marge de la réunion élargie MMM/MSM d’hier soir sur la réforme électorale, que « mo inn coule li dan mo déposition l’ICAC », les limiers de la Commission Anti-Corruption procèdent à une évaluation de la teneur de l’interrogatoire de l’ancien ministre du Commerce et président du MSM.
La question fondamentale, que devra répondre l’ICAC, est si ces détails constituent des « Prima Facie Evidence » pour soutenir les allégations sur la rencontre présumée entre le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et le Dr Malhotra, et des instructions alléguées pour la deuxième évaluation. Très peu d’indications à ce sujet sont « forthcoming ».
Le nom de la haute personnalité, interlocuteur de Showkutally Soodhun avec des « déductions » sur les allégations autour de l’origine des instructions pour la deuxième évaluation de la clinique MedPoint, est un secret de polichinelle. Les recoupements d’informations sont que l’ICAC devra décider si à la base des informations versées dans le dossier à charge il y a lieu ou pas de convoquer et d’interroger cette haute personnalité.
Comme indiqué dans Le Mauricien d’hier, Showkutally Soodhun a soutenu à l’ICAC que cette question de la clinique MedPoint ou encore le deuxième exercice d’évaluation auraient été évoqués peu après sa mutation au sein du gouvernement, du ministère du Commerce à celui des Coopératives au cours de la première semaine d’avril. C’était lors d’un entretien avec cette haute personnalité à l’hôtel du gouvernement, dont le nom a été cité par Showkutally Soodhun.