L’examen en comité des dotations supplémentaires de Rs 3,7 milliards pour l’exercice financier 2010 a été marqué par des échanges virulents entre les bancs du gouvernement et de l’opposition au sujet du « scandale du siècle » du rachat de la clinique MedPoint. L’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances Pravind Jugnauth, qui avait approuvé la réallocation des fonds de Rs 144,7 millions en date du 23 décembre 2010, a réclamé que ce montant soit exclu du budget supplémentaire jusqu’à la conclusion de l’enquête de l’Independent Commission Against Corruption. De son côté, l’actuel vice-Premier ministre et ministre des Finances Xavier-Luc Duval, qui avait confirmé que le chèque émis le 29 décembre dernier par la Santé avait été encaissé le lendemain, a indiqué que si le chèque était retourné, la motion du leader du MSM pouvait être entretenue. Le ministre du Tourisme Michaël Sik Yuen, pour sa part, a passé un quart d’heure difficile lors de cette même tranche des travaux en se faisant rappeler à l’ordre par le Speaker Kailash Purryag pour une remarque relative à Johnny Walker.
Il est 15 h 39 mardi à la pendule de l’Assemblée nationale quand son président annonce l’examen en comité des dépenses supplémentaires de Rs 304 376 204 pour le compte du ministère de la Santé. Que ce soit dans le camp du gouvernement ou de l’opposition, l’on se prépare à une passe d’armes parlementaire quelque peu spéciale vu que le scandale MedPoint continue à défrayer la chronique.
Alors que le député du MMM Steve Obeegadoo tire les premières balles sur les « sizeable additional staff costs » de Rs 95,3 millions en une année, le leader de l’opposition Paul Bérenger et le leader du MSM Pravind Jugnauth procèdent à une coordination rapide. L’objectif est d’éviter d’être pris par surprise comme cela a été le cas lors de l’adoption de Rs 3 millions supplémentaires pour l’achat de voitures de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC). Un flottement a fait que l’opposition n’a pu présenter sa motion pour réclamer le rejet de ces dépenses supplémentaires comme le leader du MMM l’avait déclaré plus tôt.
Très vite lors de ces procédures parlementaires, Pravind Jugnauth propose que le montant de Rs 144 701 300, représentant le coût du rachat de la clinique MedPoint, soit exclu du budget supplémentaire 2010. Le Speaker intervient alors pour faire comprendre que cette question sera débattue après avoir épluché tous les autres items au nom du ministère de la Santé. Cette décision n’a fait qu’aiguiser l’ardeur des parlementaires.
La Deputy Chairman of Committees Nita Deerpalsing, qui n’avait pu se retenir avec une première remarque, essuie un « ki to rié » des plus sonores venant des bancs de l’opposition. Le président du Parti travailliste (Ptr) Patrick Assirvaden se met de la partie en reprenant comme une véritable litanie : « To mem aste ! To mem vendé. »
L’ambiance devient quasiment hors de contrôle dans l’hémicycle avec des remarques fusant de part et d’autre. Le député du MSM Showkutally Soodhun, qui est assis à moins de trois mètres du Speaker, est rappelé à l’ordre par celui-ci.
Speaker : Order ! Order ! Order ! Honourable Soodhun, you should behave yourself…
Bundhoo : Pour ce qui est de la demande formulée visant à exclure la somme de Rs 144,7 millions du budget supplémentaire, seule l’ICAC est habilitée à prendre une telle initiative…
Bérenger : Mais le président du comité a décidé que la question sera reprise à une étape ultérieure.
Les échanges reprennent alors sur les autres détails de ce budget supplémentaire avec le ministre de la Santé Lormus Bundhoo confirmant le recrutement d’environ 200 infirmiers/infirmières et de médecins.
Alors que le député Rajesh Bhagwan interpelle le ministre sur le fait que, malgré toutes les dépenses, les diabétiques suivant des traitements à l’hôpital doivent acheter des médicaments dans le privé, le match entre Lormus Bundhoo et Maya Hanoomanjee, ancienne ministre de la Santé, sur le retard dans les paiements des heures supplémentaires au personnel des hôpitaux, dont les Health Care Assistants, s’annonce des plus virulents. Mention est faite d’une enquête en cours afin de situer les responsabilités dans cette affaire.
Bundhoo : I’m blaming my predecessor for that…
Hanoomanjee : Le ministre n’a pas répondu à la question. Il doit savoir qu’une enquête a été ordonnée et que les conclusions doivent être déjà prêtes.
Bundhoo : Puis-je informer que dès le lendemain de ma prise de fonctions au ministère de la Santé, lors d’une visite à l’hôpital Jeetoo, des Health Care Assistants ont protesté contre ce fait. I had this query. Je me suis retrouvé face à ces mêmes protestations lors de mes visites dans les autres hôpitaux. J’ai eu des consultations avec les différentes parties concernées. I’m fully aware of the outcome and needful is being done.
Speaker : Maintenant le montant de Rs 304 376 204…
Jugnauth : Je demande que le montant de Rs 144 701 300 soit exclu du budget supplémentaire et je réclame également une division of votes…
Bérenger : Je seconde la motion. Puis-je ajouter que si nous consultons le budget 2010, nous nous retrouvons en présence de pas moins de 27 projets de construction et d’extension de bâtiments pour le compte du ministère de la Santé. À aucun moment, nous ne relevons une allusion au projet de National Geriatric Hospital. Je demande que cette somme soit éliminée du budget supplémentaire…
Deerpalsing : Shame ! Shame ! Shame !
Bérenger : Ki Shame !
Speaker : Order ! Order ! Order !
Bérenger : Le gouvernement affirme que le financement de ce projet a été assuré par des économies réalisées sur d’autres projets. Je voudrai avoir les détails de ces économies.
Duval : Je peux comprendre que le leader de l’opposition puisse venir de l’avant avec une telle motion. Mais, j’arrive difficilement à réconcilier le fait que l’honorable Jugnauth puisse prendre une telle initiative, d’autant plus qu’il était le vice-Premier ministre et ministre des Finances…
Bérenger : Ma question est simple. Je voudrai avoir les détails des économies réalisées et réallouées pour le financement du projet de National Geriatric… À ce stade, Kailash Purryag rappelle, sur un ton des plus sévères, à l’ordre la parlementaire de la majorité Nita Deerpalsing à la suite de sa remarque au leader de l’opposition.
Duval : En effet, dans le dossier du ministère des Finances en date du 23 décembre 2010, nous relevons une correspondance de ce ministère avec la signature de Pravind Jugnauth en tant que ministre responsable de la réallocation de ces fonds. De ce fait, il doit être parfaitement au courant à quoi allaient servir ces dotations budgétaires. Après le 23 décembre, illico presto, le paiement a été effectué. The next day the cheque was cashed.
Information qui se trouve dans l’édition du Mauricien de lundi…
La dernière partie de la réponse du vice-Premier ministre et ministre des Finances provoque un véritable brouhaha au sein de l’hémicycle avec le Speaker réclamant le calme : « Can I listen to the answer ? »
Duval : I read in Le Mauricien…
Bérenger : Un vice-Premier ministre et ministre des Finances se référant à un journal pour répondre à une interpellation…
Duval : Keep cool !
Bérenger : Don’t be stupid !
Speaker : Order ! Order ! Order !
Duval : We should keep cool. Ce rachat a été payé cash. Ce que nous faisons actuellement relève d’un exercice de transparence. If the shareholder can bring back the money…
Cette phrase du Xavier-Luc Duval est interrompue par des applaudissements venant des bancs du gouvernement et des « Ran kas la ! To mem aste ! To mem vandé ! » Entre-temps, Paul Bérenger taquine le Deputy Prime Minister Rashid Beebeejaun…
Speaker : There is a motion…
Jugnauth : A new item is being created. We are perfectly entitled to ask for this item to be deleted. Certes une décision avait été entérinée par le ministère des Finances à la fin de l’année dernière. Entre-temps, une controverse a éclaté au sujet de ce projet. Une enquête a été initiée. Nous demandons que le montant soit exclu le temps de la conclusion de l’enquête en cours. J’espère que la majorité accède à cette demande…
Bancs du gouvernement : Ran kas la !
Jugnauth : I’ll ask for a division of vote…
Duval : We will exclude the amount if the cheque is returned to government…
Les membres de la majorité gouvernementale applaudissent.
Bérenger : Pas plus loin que la semaine dernière, en réponse à la PNQ, le Premier ministre a affirmé qu’il n’avait aucune information de ce qu’il était advenu du chèque. Il a ajouté qu’il ne pouvait rien faire et que cette affaire relevait de l’ICAC. Comment se fait-il qu’on nous fasse croire aujourd’hui que le chèque a déjà été encaissé ? A-t-on procédé à des vérifications auprès de l’ICAC ? Comment sait-on que le chèque a été touché ?
Duval : The leader of the House is wasting the time of the House. Ask Honourable Jugnauth ! (Nouveaux applaudissements de la majorité.)
Speaker : La motion est que ce nouveau item soit enlevé du budget supplémentaire.
Jugnauth : I ask for a division of vote.
Ramgoolam : What are we voting ? … The money has already been cashed…
Bérenger : How do we know ?
Ramgoolam : Avec la PNQ de la semaine dernière, j’ai fait comprendre que tout relevait de l’ICAC. À la suite de cela, la SIC, un des actionnaires, a entrepris des démarches. Il n’y a jamais eu de réunions. Ask him (en pointant en direction de Pravind Jugnauth) ! Ask him where has the money gone !
Bérenger : Il y a une semaine vous avez informé la Chambre des difficultés pour confirmer ce qu’il était advenu de l’argent. Peut-on savoir si la SIC a entrepris des démarches pour en savoir plus ?
Ramgoolam : Nous ne pouvons approcher l’ICAC à ce sujet. Par la suite, nous avons demandé à la SIC « to find out where the money is gone ».
Duval : C’est simple. Le chèque a été émis par l’Accountant General. Ce dernier peut, de ce fait, certifier si le chèque a été encaissé ou non. Ce chèque a été fait sur ordre du ministère de la Santé. It can’t be stopped by us. It was cashed on the very next day.
Bérenger : Peut-on savoir si la Banque de Maurice a entrepris une enquête au sujet des transferts de ces fonds ? De l’argent a-t-il fait l’objet de transferts à l’étranger ?
Ramgoolam : Le chèque a été signé et encaissé. La SIC, qui est un des actionnaires, n’a pas touché un centime. Une partie de ces fonds a déjà été transférée à l’étranger avant même que l’ICAC ne soit saisie de cette enquête…
Bérenger : La Banque de Maurice a-t-elle pris des mesures ?
Ramgoolam : La Banque de Maurice ne détient aucun pouvoir pour intervenir dans cette affaire…
Speaker : That’s the end of the matter.
À ce stade des échanges, le ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, se fera royalement reprendre par le Speaker. Le ministre était intervenu pour tenter d’expliquer que la motion de Pravind Jugnauth n’avait aucune pertinence vu que les dépenses ont déjà été encourues et le chèque négocié.
Speaker : Je dois faire ressortir qu’il y a eu des précédents. En 1981/82, un item dans un budget supplémentaire fut enlevé après coup. It can be done…
Bhagwan (à l’adresse du ministre du Travail) : Al aprann morso avant vine koz nimport.
Au moment du décompte des voix, la motion de Pravind Jugnauth a été rejetée par la majorité. Le député de l’OPR Francesco François s’est abstenu lors du vote alors que le député du MMM Jean-Claude Barbier était absent de l’hémicycle, étant pris par les délibérations du nouveau conseil d’administration de la Mauritius Society of Authors (MASA).
Le déroulement du vote sera marqué par des incidents entre Showkutally Soodhun et le Dr Rihun Hawoldar, Chief Whip de la majorité. Celui-ci a accusé le député du MSM d’avoir proféré des propos injurieux et grossiers à son égard. Kailash Purryag s’est mis debout pour réprimander le député Soodhun et lui rappeler qu’à chaque fois, il se retrouvait au centre de controverses. « Amène to lanbilans Apollo Bramwell après mo réponn toi », devait répondre le Dr Hawoldar, visiblement emporté par les propos à son égard.
D’autre part, le ministre du Tourisme, Michaël Sik Yuen, a connu un quart d’heure difficile lors de l’examen en comité du budget supplémentaire de ce ministère. Dès les premières interpellations de l’opposition au sujet de ces dépenses supplémentaires, le ministre affichait un « in fact, I don’t have the details ».
Cette attitude du ministre devait provoquer des réactions au sein de l’opposition avec Paul Bérenger lançant « Mette Desvaux kouma minis Tourism enn fwa ! » Ce à quoi, Xavier-Luc Duval devait demander « Ki Desvaux ? »
La situation devait s’envenimer très vite suite à des protestations du leader de l’opposition. En effet, l’attention de la présidence a été attirée sur le fait que le ministre Sik Yuen aurait dit à Paul Bérenger « al bwar Johnny Walker, to fer bien ».
Le leader de l’opposition a protesté contre cette récidive d’autant plus que lors de la précédente séance, le ministre Mohamed avait adressé une remarque similaire à l’opposition concernant la consommation de rhum.
« Le ministre est là pour répondre à des questions et apporter des éclaircissements. No provocative remarks », devait faire comprendre le Speaker pour clore cet incident.
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MEDPOINT: Extra Time pour le ministre Bundhoo
Le ministre de la Santé Lormus Bundhoo a joué à l’extra time sur le scandale MedPoint après l’adoption par l’Assemblée nationale du budget supplémentaire de Rs 3,7 milliards, mardi. Poussé sur le banc de touche avec l’entrée en jeu des ténors de la majorité, en l’occurrence le Premier ministre Navin Ramgoolam et le vice-Premier ministre et ministre des Finances Xavier-Luc Duval, il est allé de l’avant avec une déclaration de presse accusant le leader du MSM Pravind Jugnauth d’être l’auteur d’une mascarade.
« Nous venons d’assister à une véritable mascarade de Pravind Jugnauth. Il s’évertue à jouer à l’innocent et réclame la cessation du paiement pour le rachat de la clinique MedPoint alors que c’est lui-même qui a trouvé les fonds nécessaires et autorisé le paiement le 23 décembre de l’année dernière », a déclaré en substance le ministre de la Santé après les débats parlementaires sur le budget supplémentaire.
« Cash ine fini allé. Cash ine fini touché. Zordi Pravind Jugnauth éna toupé dimann retire ène dépense li meme li fine fer ek ki la famille Jugnauth/Malhotra fine fini touché. Li pe rode induire la population en erreur », a ajouté Lormus Bundhoo, qui s’est demandé comment le leader de l’opposition Paul Bérenger « a pu se laisser berner par le leader du MSM ».