En cette fin de semaine et deux mois après, les directives du Supervising Officer du ministère des Finances et secrétaire financier Ali Michael Mansoor, qui se trouve actuellement en congé outre-mer, ont été renversées par le même ministère des Finances. L’interdiction de fonctions du Chief Government Valuer Yodhun Bissessur à la suite de son inculpation provisoire dans le scandale MedPoint au coût de Rs 144,7 millions a été recommandée à la Public Service Commission en vue d’initier les procédures appropriées. Une enquête ouverte aux Finances sur les dossiers traités par le Chief Government Valuer pour les besoins de « private practice » pourrait d’autre part conclure à des cas potentiels de « conflict of interest » avec éventuellement des conséquences négatives pour sa carrière dans la Fonction publique.
Les recoupements d’information effectués par Le Mauricien confirment qu’avec les derniers développements dans le dossier de MedPoint, en particulier le report au 21 juillet du ruling du magistrat du tribunal de Rose-Hill sur une motion visant à rayer les charges retenues par l’Independent Commission Against Corruption (Icac) contre Yodhun Bissessur, le ministère des Finances a voulu se démarquer de la décision initiale du secrétaire financier. Celui-ci n’avait pas recommandé à la Public Service Commission (PSC) la suspension du Chief Government Valuer Yodhun Bissessur au lendemain de son inculpation au tout début de mai dernier.
Le vice-Premier ministre et ministre des Finances s’est retrouvé en position extrêmement difficile à l’Assemblée nationale face aux interpellations de l’opposition de cette dérogation à la pratique établie dans des cas d’inculpation provisoire de fonctionnaire. Ce n’est que quelques jours après que Yodhun Bissessur s’est vu accorder un congé officiel pour se tenir à l’écart du Valuation Office. Pravind Jugnauth n’a pas manqué de soutenir que la responsabilité de formuler la démarche à suivre dans ce genre de situation relève du Supervising Officer. « Le Supervising Officer avait cru bon de ne pas recommander l’interdiction du Chief Government Valuer, préférant attendre les conclusions de l’enquête de l’Icac », a-t-il déclaré en substance à l’Assemblée nationale.
La décision de communiquer à la PSC la suspension de Yodhun Bissessur en l’absence du secrétaire financier contraste avec le récent prolongement de congé accordé dans l’attente d’un ruling de la cour sur les inculpations provisoires de la commission anticorruption. Mais depuis hier, les procédures ont été enclenchées avec probablement la sanction annoncée officiellement au principal concerné aujourd’hui.
Mais les malheurs de Yodhun Bissessur ne s’arrêteraient pas là. Le Mauricien a appris qu’une enquête interne au ministère des Finances sur les dossiers de la « private practice » accordée est sur le point d’être bouclée. Des cas potentiels de conflits d’intérêts avec les fonctions de Chief Government Valuer auraient été relevés. Ces risques ont été évoqués par l’opposition parlementaire, vu l’autorité du No 1 du Valuation Office dans le cas des « assessments » de propriétés immobilières et foncières.
Les milieux officiels, approchés par Le Mauricien pour obtenir confirmation de ces éléments d’information, ont préféré ne pas s’aventurer sur ce terrain jugé délicat. Ils ont soutenu que le dossier est actuellement à l’étude en haut lieu au ministère. Ils n’écartent pas la possibilité que les conclusions de cet exercice interne aux Finances précipitent l’interdiction de fonctions.
D’autre part, Yodhun Bissessur, qui a été entendu une nouvelle fois par les limiers de l’Icac dans la matinée d’hier, devra retourner dans les locaux de la commission anticorruption au cours de la semaine prochaine. Me Ajay Daby, dont les services ont été retenus par Yodhun Bissessur, n’a pas voulu entrer dans les détails de ce come-back à l’Icac. « Mais il est dans l’intérêt de mon client qu’il ne fasse pas prévaloir son droit au silence sur des aspects de l’enquête », a-t-il ajouté sans apporter de précisions.
L’Icac accentue la pression sur le Valuation Office pour tirer au clair les circonstances dans lesquelles a été réalisé un second exercice d’évaluation de la clinique MedPoint. Depuis ce matin, N. Jeetun, un Government Valuer, est entendu au QG de la commission anticorruption. Ce fonctionnaire du Valuation Office a fait partie d’une équipe d’experts comprenant Yodhun Bissessur en tant que Team Leader, J. André (Senior Property Referencer) et P. Ramdharee (Chief Valuation Technician) et trois officiels du ministère de la Santé : K. Payneeandy (Biomedical Engineer), R. Seetaloo (Senior Surgical Technologist) et R. Jhugroo (Senior Biomedical Enginering Technician). L’Electrical Services Division était représentée par B. Mahadev (Senior Electrical Engineer).
Cette équipe conjointe de fonctionnaires a été constituée à la suite de la décision du ministère de la Santé en date du 15 septembre de l’année dernière (voir fac simile plus loin) pour effectuer un « valuation exercise of all items present in the building quoted on an as is and where is basis ». Un relevé préliminaire de tous les équipements a été effectué le 16 septembre par le Valuation Department alors que cette équipe de fonctionnaires avait entrepris une « inspection and survey of plant, machinery and equipment of MedPoint Hospital » en date du 20 septembre.
Les explications du Government Valuer Jeetun au sujet des directives pour cette évaluation des équipements dans le sillage de l’exercice d’évaluation de la clinique MedPoint au coût de Rs 75 millions. Le rapport sur la « Valuation of Land and Building of MedPoint Hospital » rédigé par Roshni Bissessur a été soumis au ministère de la Santé le 27 août 2010. Cette séquence des événements revêt une importance particulière aux yeux des responsables de l’enquête de l’Icac.