Sollicité par Le Mauricien pour commenter l’inculpation par le Central CID du Dr Zouberr Joomaye et de Showkutally Soodhun sous une accusation provisoire de « conspiracy to fabricate false facts against the Prime Minister », le directeur de la section mauricienne d’Amnesty International, Lindley Couronne, a mis en garde contre « une dérive de la police ».
Rappelons que l’accusation de complot contre le Dr Zouberr Joomaye et Showkutally Soodhun a été faite dans le sillage de la plainte du Premier ministre Navin Ramgoolam à la police pour « diffusion of false news » en marge du scandale du rachat de la clinique Medpoint. « Le Commissaire de Police, Dhun Iswur Rampersad, devrait s’assurer que sa police ne dérive pas. Il devrait également savoir que nous ne sommes plus en 1950 et que les citoyens mauriciens s’attendent à avoir affaire à une police absolument impartiale », a lancé le président d’Amnesty International Mauritian Section (AIMS).
Lindley Couronne a toutefois précisé qu’Amnesty, en tant qu’organisation citoyenne de défense des droits humains (voir encadré), est apolitique et en tant que telle n’entre pas dans la guéguerre des politiciens pour le pouvoir. « Seul nous intéresse l’État de droit et les mesures politiques le consolidant ». Il est important à cet égard, dit-il, que les institutions continuent à fonctionner convenablement, même quand les politiciens s’entre-déchirent, « ce qui ne semble pas être le cas avec la police de Monsieur Rampersad ».
Lindley Couronne rappelle qu’il revient d’une mission d’enquête à Madagascar pour Amnesty International sur les violations des droits humains commises pendant la crise politique de décembre 2008 à janvier 2010. « J’ai vu un pays où les institutions ont été cyniquement instrumentalisées par tous les pouvoirs en place ». Notre interlocuteur dit avoir pu ainsi constater, en visitant les prisons malgaches, combien de personnes avaient été condamnées sous la charge d’« atteinte à la sûreté de l’État ». « Lorsque tel est le cas, la démocratie devient une farce ! »
Une démocratie saine, dit Lindley Couronne, repose sur des contre-pouvoirs solides, efficaces et incorruptibles. « Notre démocratie est encore solide parce que ces contre-pouvoirs existent, notamment la presse, le judiciaire et la société civile ».