L’enquête de l’Independent Commission Against Corruption (Icac) sur le scandale MedPoint, qui entame ces jours-ci son ultime étape, se déplace sur un terrain des plus délicats, notamment l’accès aux « Cabinet Secrets ». L’enjeu de ces documents confidentiels et régis par les dispositions de l’Official Secrets Act, est monté à la surface suite à une décision de l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances Pravind Jugnauth d’en faire état lors de son prochain rendez-vous à l’Icac, jeudi. Le principal concerné est actuellement dans l’attente d’une réponse officielle du Cabinet’s Office suite à une correspondance adressée, jeudi dernier, au Secretary to Cabinet Suresh Seeballuck.
Devant la confirmation de l’Icac selon laquelle l’interrogatoire Under Warning sera axé sur un délit allégué de conflits d’intérêts dans le dossier du rachat de la clinique MedPoint au coût de Rs 144,7 millions, Pravind Jugnauth veut s’appuyer sur les « Minutes of Proceedings » de la réunion du conseil des ministres du 16 juin dernier. Même s’il n’a pas révélé la teneur de ces délibérations du conseil des ministres de ce jour-là, tout porte à croire que le dossier du National Geriatric Hospital, avec MedPoint comme un des quatre soumissionnaires et la décision de faire l’acquisition d’un immeuble médicalement équipé pour la réalisation de ce projet étaient à l’ordre du jour. « Depuis jeudi, j’ai adressé une correspondance au secrétaire au Cabinet pour solliciter son autorisation en vue de pouvoir bénéficier des documents et des extraits des délibérations du conseil des ministres, plus particulièrement de la 18e Cabinet Meeting, qui s’était déroulée le 18 juin de l’année dernière. Ces informations sont cruciales pour ma défense qui sera axée sur ces matériels et décisions. Elles sont très révélatrices », a déclaré Pravind Jugnauth lors d’un point de presse.
« Je m’attends à voir le gouvernement, en particulier le Premier ministre, respecter mes droits constitutionnels. L’Icac m’a convoqué pour être entendu Under Warning. L’Icac m’a également fait comprendre que la question de conflits d’intérêts pourrait surgir. Les preuves pour étayer ma défense existent au niveau du Cabinet. Je ne fais que réclamer que mes droits constitutionnels en tant que citoyen, soient respectés. J’attends de prendre connaissance de la réponse officielle », a poursuivi le leader du MSM.
Le but recherché par Pravind Jugnauth en tentant d’ouvrir les dossiers secrets du conseil des ministres à l’Icac est de prouver que lors de cette réunion du Cabinet du 16 juin 2010, il s’était retiré des discussions. Il veut savoir où se trouvait le Premier ministre adjoint, Rashid Beebeejaun, également actionnaire de la clinique MedPoint à travers la société Medinvest au moment de ces décisions du conseil des ministres.
Ce n’est pas la première fois que les dossiers et documents confidentiels du conseil des ministres se retrouvent au centre du scandale du siècle de MedPoint. Au tout début de l’enquête, l’Icac avait, de son propre gré, tenté d’avoir accès à ces documents portant le sceau de l’Official Secrets Act. Mais les enquêteurs s’étaient heurtés à un refus des plus catégoriques du State Law Office soutenant que dans n’importe quel cas de figure, les dispositions de la loi ne devront être dérogées ou encore créer de précédent légal.
En ce début de semaine, avec le départ hier en mission officielle à New York du secrétaire au Cabinet, le leader du MSM attend encore officiellement la réaction de l’hôtel du gouvernement quant à sa demande pour l’accès à des Cabinet Memoranda en vue d’assurer sa défense lors de son interrogatoire formel. En ce début de semaine, l’état-major du MSM se concentre sur les prochains recours au cas où la requête formelle ne serait pas entretenue. Aucune des sources approchées n’a voulu se prononcer sur les différentes options.
Par ailleurs, des recoupements d’informations de sources concordantes indiquent que la substance de l’interrogatoire du leader du MSM portera sur un document spécifique du ministère des Finances en date du 23 décembre 2010 et portant sa signature en tant que vice-Premier ministre et ministre des Finances. En effet, ce jour-là, Pravind Jugnauth avait approuvé des « Minutes » pour les procédures en vue d’émettre un Departmental Warrant au nom du ministère de la Santé pour le paiement des Rs 144,7 millions.
Les conclusions de l’interrogatoire de jeudi se joueront principalement sur les explications de Pravind Jugnauth quant aux circonstances qui ont mené sa signature dans le dossier de MedPoint aux Finances.
Entre-temps, le leader du MSM poursuit sa campagne sur le terrain en ciblant trois membres du gouvernement, dont le Premier ministre Navin Ramgoolam, le Premier ministre adjoint Rashid Beebeejaun, et le ministre Rajesh Jeetah. Toujours en ce qui concerne le scandale MedPoint, Pravind Jugnauth est revenu sur des questions adressées au ministre Rajesh Jeetah, au Premier ministre adjoint Rashid Beebeejaun et au Premier ministre. « Malpropté kapav kuver. Loder pou vini ek li santi mari pi ! » a-t-il déclaré en parlant de Cover Up de la part du gouvernement. 
« J’ai posé trois questions au Premier ministre, à savoir : Qui est intervenu pour réclamer une deuxième évaluation de la clinique MedPoint ? ; Qui a pris la décision de favoriser la clinique MedPoint du Dr Malhotra ? ; Comment avait-il su que Paul Bérenger avait cité le nom de Showkutally Soodhun à l’Icac ? Je n’ai pas eu de réponses à ces questions ou bien linn gagn trou de memwar kuma Bissessur », a-t-il trouvé.
Pravind Jugnauth veut obtenir du ministre Jeetah la confirmation d’une déclaration, qui lui est attribuée en date du 4 janvier 2010 à l’effet qu’une « private clinic still in operation in the region of Phoenix » avait été identifiée pour le projet de National Geriatric Hospital. Il est également revenu sur la Site Visit effectuée à la clinique MedPoint en janvier 2010 par des officiels de la Santé ou encore une affirmation du Dr Gopee, présenté comme un proche du Premier ministre à l’effet que MedPoint était la « preferred option ».