Bientôt huit mois que l’Independent Commission Against Commission (ICAC) enquête dans le scandale du siècle du rachat de la clinique MedPoint et le dernier virage de ce long exercice semble être le ministère des Finances, en particulier les circonstances de l’autorisation pour le paiement des Rs 144,7 millions. C’est du moins ce qui se dégage des dernières démarches initiées par l’ICAC avec le rappel pour la troisième fois, vendredi, du Senior Financial and Management Analyst, Chanlokumar Ramchurn, le fonctionnaire des Finances qui s’était occupé du dossier de National Geriatric Hospital. D’autre part, les limiers de l’Investigation Division de l’ICAC continuent à soupçonner que le secrétaire permanent suppléant au ministère de la Santé, Om Kumar Dabidin, un vétéran de la fonction publique, détient la clé de tout le « système MedPoint » au ministère de la Santé. Il a été entendu pendant plus de quatre heures vendredi et devra être de retour à l’ICAC pour la reprise de cette Further Statement, qui pourrait bien éclaircir la principale zone d’ombre des directives pour le deuxième exercice d’évaluation de la clinique MedPoint.
Alors que l’Ultimate Beneficiairy de la MedPoint Tainted Transaction, le Dr Krishan Malhotra, se fait toujours attendre à l’ICAC, l’enquête semble s’orienter vers le ministère des Finances, en particulier les événements survenus les 22 et 23 décembre de l’année dernière. Le Senior Financial and Management Analyst, qui avait fait des révélations au sujet d’une Minute Sheet trafiquée (Doctored) dans le dossier de MedPoint aux Finances, a été interrogé de nouveau de manière extensive sur les procédures menant à ces modifications.
Sur la base des indications fournies par Chanlokumar Ramchurn, l’ICAC devra décider dans les prochains jours s’il y a lieu de reconvoquer le secrétaire financier et Supervising Officer aux Finances, Ali Michael Mansoor, et ses deux principaux lieutenants Patrick Ip, le directeur du Budget et Rajesh Anchuaraz. Ils ont déjà été entendus à ce même sujet précédemment par l’ICAC.
Ces trois fonctionnaires du ministère sont cités comme étant ceux qui assurent la supervision du travail du Senior Financial and Management Analyst, notamment sur ce projet du ministère de la Santé. Néanmoins, le but de ce nouvel exercice préliminaire est de mieux cerner la signature de l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, dans une correspondance officielle en date du 23 décembre 2010, sanctionnant le paiement de Rs 144,7 millions pour le rachat de la clinique MedPoint. « Approved » a écrit Pravind Jugnauth en apposant sa signature au bas de la lettre.
Cette correspondance des Finances faisait état d’une requête du ministère de la Santé en vue d’obtenir un « Departmental Warrant from the proceed of the Lottery Funds to finance the acquisition of land and building for the setting up of a geriatric hospital ». Mais la demande ne fut pas accédée, car l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances avait approuvé la proposition pour que « the project which was initially earmarked to be funded under Expnditure Item 2822108 scheme financed under National Lottery of sub programme 952023 », soit réglé avec une réallocation des fonds sous le Capital Vote du ministère de la Santé.
Dans certains milieux, l’on avance que si les hauts cadres des Finances peuvent trouver une parade technique quant à ce changement de formule de financement de dernière heure, le point le plus délicat du dossier reste la signature de Pravind Jugnauth. Ce dernier s’est fait jusqu’ici un point d’honneur de s’appesantir sur le fait que quand l’affaire MedPoint avait été évoquée au Conseil des ministres, il s’était fait un devoir de se retirer du Cabinet Meeting Room.
La dernière audition du Senior Financial and Management Analyst et la possibilité d’un come-back d’Ali Mansoor, de Patrick Ip et de Rajesh Auchanraz, pourraient être interprétée comme un Build-Up à une éventuelle convocation de Pravind Jugnauth pour des explications quant à sa signature dans le dossier MedPoint au moment le plus crucial.
A l’ICAC, l’on se garde de faire état de la stratégie adoptée par rapport au volet consacré au ministère des Finances aussi que l’on évite de confirmer ou d’infirmer l’éventualité d’un interrogatoire de l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances pour conflit d’intérêt, comme évoqué au tout début du scandale par Transparency Mauritius dans un communiqué à la presse.
Sur la plate-forme publique, Pravind Jugnauth, qui décrie les méthodes d’enquête adoptées par l’ICAC, affirme qu’il se tient prêt à répondre à toute convocation pour interrogatoire. Mais il ne cesse de décrier ceci que malgré le fait que Maya Hanoomanjee a cité dans son Written Statement le nom de l’ancien ministre de la Santé, Rajesh Jeetah, il n’y a jusqu’ici aucun signe de l’ICAC pour consigner la version des faits de celui-ci.
La thèse défendue par Pravind Jugnauth est qu’il y aurait un Prima Facie Case contre deux membres du gouvernement, soit le Deputy Prime Minister et ministre des Utilités publiques, Rashid Beebeejaun, en tant qu’actionnaire minoritaire de MedPoint, et contre Rajesh Jeetah, qui était le ministre quand les spécifications du projet de National Geriatric Hospital avaient été définies en avril de l’année dernière. Il mène campagne sur le terrain politique pour que ces deux ministres soient interrogés formellement.
D’autre part, l’intérêt de l’enquête sur MedPoint se situe au niveau des nouvelles réponses fournies vendredi après-midi et attendues mardi prochain avec l’interrogatoire d’Om Kumar Dabidin en présence de son homme de loi, Me Gavin Glover. Jusqu’ici, le secrétaire permanent suppléant a fait preuve de réticence au sujet de l’origine des directives pour le deuxième exercice d’évaluation de la clinique MedPoint, portant le coût de Rs 75 millions à Rs 125 millions.
Dans les milieux proches de l’ICAC, on laisse entendre que des réponses claires et nettes venant de ce haut fonctionnaire, qui a même servi en tant que secrétaire de la Public Service Commission au cours de sa carrière, ne pourront qu’être dans l’intérêt de la justice et de la bonne gouvernance en attendant le rendez-vous de mardi prochain.
Après, les enquêteurs entendront tous ceux dont les noms sont cités dans la Written Statement de l’ancienne ministre de la Santé, y compris les propos échangés avant ou après les réunions du Conseil des ministres au sujet de la réalisation du National Geriatric Hospital Project…