Le Dr Zouberr Joomaye, l’intermédiaire entre le leader de l’opposition, Paul Bérenger, et l’ancien ministre de l’Industrie, Showkutally Soodhun, au sujet des allégations pour le deuxième exercice d’évaluation de la clinique MedPoint, a été entendu ce matin par les limiers de l’ICAC. Accompagné de ses conseils légaux, Mes Raj Nuckchady, Mamade Bocus et Manesh Gobin, il a révélé les détails des échanges de propos avec le président du MSM en deux occasions et portant sur une rencontre alléguée entre le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et l’un des principaux propriétaires de la clinique MedPoint, le Dr Krishan Malhotra, et des directives transmises au Chief Government Valuer, Yodhun Bissessur, pour une évaluation révisée à la hausse de la clinique. Avec ce nouveau développement, il faudra s’attendre à voir Showkutally Soodhun être convoqué formellement pour une audition Under Warning en début de semaine prochaine.
Les recoupements d’informations effectués par Le Mauricien auprès des sources concordantes indiquent que dans sa déposition, qui a duré une demi-heure, le candidat malheureux du MMM aux dernières élections générales dans la circonscription de Rivière-des-Anguilles/Souillac (No 13) a dressé une chronologie de ses contacts autour des confidences d’un ancien ministre sur le Premier ministre.
En effet, le premier contact aurait été des plus fortuits. Le Dr Joomaye, qui se trouvait dans l’enceinte d’une clinique privée des Plaines-Wilhems pour des raisons professionnelles, avait croisé Showkutally Soodhun. Ce dernier avait rendez-vous à la clinique pour un traitement avec un autre médecin. « Mo ti zwen Soodhun dan ène klinik. Li ine dir mwa ki Bérenger pe fer fos rut. Pravind pena nanyen à fer dan sa zafer MedPoint-là. Ramgoolam ine zwen Malhotra. Bizin dir sa Bérenger. Ramgoolam ine téléfon Bissessur pou ène 2e évalyasyon MedPoint », aurait déclaré en substance le médecin-intermédiaire.
En présence de telles confidences ministérielles et confidentielles au sujet du scandale MedPoint, le Dr Joomaye devait approcher le leader du MMM, Paul Bérenger pour lui en faire état. Les choses devaient en rester là, même jusqu’à que ce le leader du MMM demande au médecin-politicien d’obtenir confirmation auprès de son contact ministériel.
Par la suite, le Dr Joomaye devait rencontrer Showkutally Soodhun à son bureau au ministère des Coopératives. « Kan mo inn zwen Soodhun dans so buro, premye zafer li dir mwa ki mo pas fine dire Paul (nanyen) lor sa zafer là », a ajouté le témoin. « J’ai fait comprendre à Soodhun qu’il me fallait la confirmation de cette affaire. Soodhun dir mwa oui, Navin ine joindre Malhotra et li fin donne direktiv pou ène nouvo évalyasyon. Sa mem sa », a-t-il renchéri. Les conseils légaux, dont les services ont été retenus par le Dr Joomaye, ont refusé catégoriquement de confirmer ou d’infirmer la teneur de cette déposition compte tenu des dispositions du Prevention of Corruption Act (POCA).
Avec ces nouveaux éléments versés dans le dossier à charge de l’enquête sur le scandale du siècle, l’ICAC a pris la décision d’assigner le président du MSM à des fins d’interrogatoire. Le rendez-vous pourrait être fixé en début de semaine prochaine et Showkutally Soodhun sera entendu sur son emploi du temps pour la journée du 24 juin et du 1er juillet derniers.
Un autre aspect majeur de l’audition Under Warning de Showkutally Soodhun sera la source des informations communiquées par l’ancien ministre à un médecin-politicien. L’ICAC tentera d’obtenir de plus amples détails si Showkutally Soodhun avait été privy to a conversation avec l’une des parties alléguées, soit le Premier ministre, soit le Dr Malhotra, soit Yodhun Bissessur ou tout autre contact direct au sujet de ces allégations ou encore si cette affaire avait été évoquée en sa présence personnelle.
A partir des éléments de réponses, l’ICAC dressera une liste de personnalités qui seront entendues au cours de la semaine à venir en vue d’élucider ce volet mystérieux des directives pour un nouvel exercice d’évaluation de la clinique MedPoint avec le coût passant de Rs 75 millions à Rs 125 millions de la fin du mois d’août au début de novembre de l’année dernière.
Le Dr Krishan Malhotra a déjà réagi par voie de communiqué en niant toute rencontre avec le Premier ministre pour faire avancer le dossier du rachat de la clinique par le ministère de la Santé. Néanmoins, malgré sa promesse pour un déplacement physique à Maurice en vue de collaborer avec les autorités, le Dr Malhotra se trouve en Grande-Bretagne. Les tentatives du Mauricien au cours de ces derniers jours pour se mettre en contact avec le conseil légal de la clinique MedPoint, Me Sunil Bheeroo, ont été vaines.
Pour sa part, le Chief Government Valuer a également nié avoir reçu des instructions du Premier ministre pour effectuer un deuxième exercice d’évaluation de Medpoint. Yodhun Bissessur a été entendu Under Warning en deux occasions à ce sujet par des limiers du Central CID suite à une déposition consignée par le Premier ministre depuis le 14 juillet dernier.
En parallèle avec ce Side Issue des confidences alléguées du président du MSM comportant un élément détonateur politique conséquent, l’ICAC a joué jusqu’ici extrêmement serré quant à ses intentions sur le volet du financement du projet de MedPoint. D’abord, la confusion entretenue entre le financement sous l’item de la Nationale Lottery (Loto) et la réallocation des fonds sous le Capital Vote du ministère de la Santé n’a pas été élucidée.
La ligne de défense adoptée par le ministère des Finances, en particulier le secrétaire financier, Ali Michael Mansoor, est que les Lottery Funds n’ont jamais existé et seraient une « invention de toutes pièces de la presse ». Très peu de détails ont transpiré de l’enquête de l’ICAC au chapitre de la « Doctired Minute Sheet » dénoncée par le Senior Management and Financial Analyst, Chanlokumar Ramchurn, en vue d’éliminer toute référence aux Lottery Funds pour la réalisation du National Geriatric Hospital.
Or, une correspondance officielle en date du 23 décembre 2010 avec au bas une annotation Approved portant la signature de l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, vient prendre à contre-pied la thèse défendue par les Finances sur le montage budgétaire.  Cette lettre officielle en date du 23 décembre fait état d’une demande du ministère de la Santé pour un « Departmental Warrant from the proceed of the Lottery Funds to finance the acquisition of land and building for the setting up of a geriatric hospital ».  
Plus loin, la correspondance des Finances rappelle que « the project was initially earmarked to be funded under Expanditure Item 2822108 scheme financed under National Lottery of sub programme 952023 ». Le montant réclamé par la Santé était de Rs 144 701 300 suite à l’approbation du Central Procurement Board pour l’adjudication de ce contrat à la Clinique MedPoint. Le ministère des Finances n’avait pas entretenu la requête de la Santé et avait recommandé que le financement soit puisé des économies de l’ordre de Rs 200 millions sous le Capital Vote. Ceux qui ont eu accès à cette correspondance, portant la signature de Pravind Jugnauth donnant le feu vert à ce changement de décision de financement, n’auront pas manqué le nombre de modifications des références avec le folio 35 devenant le folio 5, celui du 35a devenant le folio 5a et le 37 avec l’Approved écrit des mains de Pravind Jugnauth devenant le folio 7.
Ceux qui suivent l’évolution du dossier de la clinique MedPoint depuis le début de l’année et les différentes péripéties soulignent que le volet de l’enquête de l’ICAC sur le ministère des Finances est loin d’être complété d’autant plus que le feu vert du vice-Premier ministre et ministre des Finances le 23 décembre dernier demande à être éclairci que ce soit sur le plan des procédures établies pour la réallocation des fonds aux Finances ou encore sur la question de conflit d’intérêts, point évoqué dès le départ par Transparency Mauritius dans un communiqué rendu public à la mi-janvier.