La teneur de la déposition formelle du leader de l’opposition Paul Bérenger à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) cet après-midi au sujet de l’identité de la « source ministérielle » dans les allégations sur le deuxième exercice d’évaluation de la clinique MedPoint, ne sera pas sans conséquences sur le plan politique. Showkutally Soodhun, ancien ministre de l’Industrie et président du MSM, pourrait se retrouver en zone rouge avec une prochaine convocation formelle de la commission anticorruption pour confirmer ou infirmer les informations en possession de Paul Bérenger et exigées aux termes des dispositions de la Prevention of Corruption Act.
Toujours en ce qui concerne ce volet de l’enquête sur le « scandale du siècle » du rachat de la clinique MedPoint au coût de Rs 144,7 millions, le Chief Government Valuer Yodhun Bissessur a été entendu de nouveau ce matin par des limiers du Central CID suite à la déposition consignée par le Premier ministre Navin Ramgoolam contre le leader de l’opposition pour des délits allégués de « Diffusing False News » dans cette affaire. La teneur de la nouvelle déposition de Paul Bérenger, se déroulant cet après-midi dans les locaux de l’ICAC, revêt une importance particulière dans la conjoncture politique. Le leader de l’opposition pourrait choisir de se rendre à la commission anticorruption sans être accompagné de ses conseils légaux, Mes Ivan Collendavelloo (Senior Counsel) et Veda Baloomoody, comme c’était le cas lors du premier exercice en sa résidence de River Walk. « Même s’il sera entendu under warning, le leader de l’opposition n’est pas un suspect dans l’affaire MedPoint, contrairement à d’autres », fait-on comprendre dans l’entourage du leader du MMM alors qu’une décision finale devait être prise en début d’après-midi.
Le principal intérêt reste l’identité de la « source ministérielle », qui a impliqué le Premier ministre et leader du Parti travailliste comme étant derrière l’initiative du deuxième exercice d’évaluation de la clinique MedPoint, avec le coût passant de Rs 75 millions à Rs 125 millions. À ce titre, le nom de Showkutally Soodhun est cité avec persistance alors que l’identité du professionnel, qui a agi en tant qu’intermédiaire, ne serait qu’un médecin politicien et candidat battu aux élections générales du 5 mai 2010.
« Vous n’êtes pas loin de la réalité. Ce sont les noms qui sont cités dans cette affaire », répond-on dans les milieux autorisés du MMM, qui suivent de près tous les développements dans le dossier MedPoint. Le Mauricien a essayé en vain d’obtenir des commentaires de l’ancien ministre de l’Industrie sur les allégations à son encontre. Comme tous les autres dirigeants du MSM depuis l’avènement de la démission en bloc, le président du MSM était injoignable.
Devant les informations du leader de l’opposition, l’ICAC n’aura d’autre choix que de convoquer d’abord le professionnel intermédiaire pour consigner sa version des faits et ensuite procéder à l’interrogatoire de l’ancien ministre, qui avait été sanctionné par le Premier ministre pour ses « imprudences » dans la gestion du dossier de la State Trading Corporation (STC), en particulier le contrat de fret pétrolier à Betamax, une compagnie avec une forte participation des proches du ministre Rajesh Jeetah.
Entre-temps, l’une des principales répercussions du nom du président du MSM mentionné au centre de la controverse sur les directives de la deuxième évaluation de MedPoint est la possibilité d’un nouveau tête-à-tête entre Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth dans une tentative de raccommodage politique, qui s’estompe de manière quasi irrémédiable.
Les observateurs politiques s’accordent à dire que le Premier ministre, qui a présidé le conseil des ministres du jour sans les élus du MSM, ne se retrouvera que devant le choix de durcir encore la ligne face au parti Soleil devant cette nouvelle incartade politique venant des rangs du MSM. Depuis la mi-semaine, des tractations timides ont été tentées en vue d’ouvrir la voie à une nouvelle rencontre entre les leaders du Labour et du MSM pour revoir les conditions d’un retour des représentants du Sun Trust au conseil des ministres. 
Le but était d’organiser cette rencontre de replâtrage avant le prochain départ de Navin Ramgoolam en visite officielle au Botswana lundi. Avec la confirmation de la révélation de Paul Bérenger à l’ICAC cet après-midi, les indications sont que le rachat par le ministère de la Santé de la clinique MedPoint au coût de Rs 144,7 millions est en passe de se transformer en une véritable hécatombe politique pour le MSM, qui devra traîner pendant longtemps cette « tainted transaction ».
Dans le cadre de l’enquête de l’ICAC sur la dénonciation du leader de l’opposition contre le Premier ministre, le Central CID, qui a été saisi depuis le 14 juillet d’une déposition à charge de Navin Ramgoolam, tente de mettre les bouchées doubles dans la conclusion de ce dossier de délits présumés de « diffusing false news ».
Ainsi, le Chief Government Valuer est entendu de nouveau depuis ce matin par des limiers du Central CID. Une première audition s’était déroulée le samedi 16 juillet lors de la première convocation de Yodhun Bissessur. Celui-ci consigne depuis ce matin une « further statement », dont aucun détail n’a transpiré des murs du Central CID à la mi-journée. Dans sa première déposition, il avait nié les allégations selon lesquelles il aurait reçu des directives du Premier ministre pour effectuer un nouvel exercice d’évaluation de la clinique MedPoint au cours de la période de septembre à novembre 2010.
Une autre déposition importante dans cette affaire doit être enregistrée formellement auprès du principal bénéficiaire de l’affaire MedPoint, le Dr Krishan Malhotra, parenté par alliance aux Jugnauth. Dans un premier temps, son conseil légal Me Sunil Bheeroo avait fait comprendre que le Dr Malhotra n’allait pas être disponible pour un déplacement à Maurice au début de ce mois en vue de coopérer avec les enquêteurs du Central CID.
Jusqu’ici, point de trace du Dr Malhotra alors que Me Bheeroo n’était pas disponible au téléphone pour des compléments d’information. Les principaux responsables de cette enquête placée sous la supervision de l’assistant Commissaire de Police Pregassen Vuddamalay avaient rendez-vous au State Law Office aujourd’hui pour décider de la marche à suivre dans cette enquête, vu que la convocation formelle du leader de l’opposition au QG du Central CID devra constituer une prochaine étape cruciale.