Cela fera 16 ans depuis que Kaya et Berger sont décédés. Le premier a été retrouvé mort dans la cellule 6 du Line Barracks Detention Centre, dit Alcatraz, dans des conditions jamais élucidées. L’autre a été tué de 60 billes provenant d’une chevrotine tirée sur lui à bout portant. Un jour sépare la mort des deux amis : Kaya s’en est allé le 21 février et Berger Agathe le lendemain, durant des affrontements entre la foule et la police à Roche Bois.
En seize ans, l’un est l’autre sont devenus des symboles récupérés pour diverses causes, dont certaines ne faisaient même par partie de leurs convictions. Des hommages leur ont été rendus. Mais on reste à côté de l’essentiel, alors que l’on fait d’eux des martyrs adaptables à presque toutes les circonstances. Plus personne ne se soucie de savoir si justice leur a été rendue, si la vérité a été mise au grand jour.
Dans ces délicates affaires, il était évident que le gouvernement et les autorités policières se devaient de couvrir la vérité et de tenter de donner une autre orientation aux enquêtes. Des investigations qui étaient destinées à expliquer pourquoi il y avait eu mort d’homme en février 1999 et comment on avait laissé faire un système qui engendrait tant d’injustices et de dysfonctionnements dans la société. Les émeutes de 1999 ont également été l’explosion d’une grande colère accumulée contre les institutions face auxquelles certains se sentaient exclus et même victimisés.
Le 21 février, on reparlera donc de Kaya pour lui rendre hommage. Le lendemain, on citera peut-être (mais ce n’est pas sûr) Berger Agathe. Mais cela ne suffira pas pour se donner bonne conscience. Seize ans après, le silence fait de nous des complices…