Ce mardi 29 juillet, celle que tous – hommes de loi et activistes sociaux, entre autres – qualifient de « grandes dame », a tiré sa révérence. Rada Gungaloo, avocate et militante, surtout des droits des femmes et du respect de leur condition, s’en est allée. Considérablement affectée par la maladie ces dernières années, celle qui avait été au front depuis les années de braise avec le Muvman Liberasion Fam (MLF), puis qui a fondé l’association SOS Femmes, avait certes pris ses distances de sa profession, mais elle n’avait jamais perdu une occasion de monter au créneau dès qu’il s’agissait de défendre la cause féminine. Lindsey Collen, pionnière du MLF, Marie-Michèle Etienne, ancienne animatrice de radio et activiste sociale, Pooba Essoo, membre elle aussi du MLF des tout débuts, et les hommes de loi Rama Valayden et Rouben Mooroongapillay partagent leurs sentiments sur cette grande dame…
« C’est à travers les émissions radio que j’animais avec elle que j’ai vraiment pris la dimension de Rada Gungaloo, que je l’ai mieux connue et appréciée », déclare Marie-Michèle Etienne. « Lors de ces programmes, elle informait, responsabilisait, “challengeait”, remettait en question… et gare aux machistes qui osaient des propos déplacés ! » Sentiment partagé par l’ex-Attorney General Rama Valayden : « Rada était une féministe doublée d’une ardente militante de la cause qui lui était très chère : celle des femmes ! Et cela, elle l’était jusqu’au bout des ongles ! Pas de celles qui se gargarisent dans leur confort, fortes de leurs grands discours creux, derrière leurs claviers, dans leur salon ou leur bureau ! »
L’homme de loi se souvient de ses premiers frottements avec Rada Gungaloo. « C’était dans les années 80’, quand j’étais en Angleterre pour mes études. C’est là que j’ai fait sa connaissance. Il y avait, à cette époque, dans ce giron, d’autres personnes de caractère. » À son retour au pays, Rama Valayden dit avoir développé « une très grande admiration pour la lutte dans laquelle Rada s’était engagée », précisant : « Elle menait le combat avec beaucoup de force et d’engagement. »
L’audace et le courage de Rada Gungaloo reviennent souvent dans les expressions à son sujet : « Elle a été une des premières à venir dire leurs droits aux femmes sur une antenne publique ! » soutient à cet effet Marie-Michèle Etienne. « Une des premières aussi à venir faire des plaidoyers vibrants pour dire aux femmes que leur rôle n’était pas de “subir”. Rada se mettrait à leur écoute, à les accompagner et les encadrer. » D’autant, rappelle notre interlocutrice, que « c’était une époque et un contexte social peu propice à de telles prises de positions ou encore à agir avec autant de courage ». Ce qui amènent Lindsey Collen et Pooba Essoo à souligner que « Rada était une femme dotée d’un courage exemplaire ». Et tous sont unanimes sur ce point : « Rada était une grande dame. Une de celles qu’on ne fait quasiment plus, hélas ! Et dont Maurice peut être très fière. »
Lindsey Collen rappelle d’ailleurs comment « elle n’avait pas peur de tenir tête, seule, à tant d’autres ! » La pionnière, avec Rada Gungaloo, mais aussi Ragini Kistnasamy, Rajni et Dini Lallah, Pooba Ayasawmy-Essoo, Marie-Claire Bibi-Diop, et feue Ah-Fong Chung, entre autres, du MLF, remarque que « pena boukou fam kuma Rada lor sa later la… li ti enn fam exsepsionel ». Sentiment que partage Rouben Mooroongapillay : « Des femmes comme Rada Gungaloo, que ce soit en terme professionnel ou sur le plan de l’action sociale, il n’y en a pas beaucoup. Et c’est regrettable. Parce que si Maurice comptait plus de femmes de sa trempe, nous nous porterions mieux. »
Lindsey Collen et Pooba Essoo remontent dans le temps. « Au tout début, durant les années 1976-77, quand on démarrait le MLF, et donc avant qu’elle ne parte pour ses études en Angleterre, Rada Gungaloo était fonctionnaire, et plus précisément Administrative Officer au Prime Minister’s Office (PMO). » Poste qu’elle quitte ensuite pour poursuivre ses études au pays de Sa Majesté.
Lindsey Collen ouvre ici une parenthèse pour évoquer « le contexte social difficile pour les femmes à l’époque ». Elle reprend : « Se démarquer comme nous le faisions au sein du MLF, avec nos activités, nos prises de positions, qui réclamaient audace et culot, nous n’étions certainement pas agréablement accueillies ! » Pourtant, ces femmes ont contribué « a jeter les bases solides sur lesquelles nous, les Mauriciennes d’aujourd’hui et celles de demain, pouvons bâtir un lendemain meilleur », soutient Marie-Michèle Etienne.
Quand elle rentre au pays, dans les années 80’, « Rada a pris ses distances avec le MLF », se souvient encore L. Collen. Sans s’approfondir sur les raisons de ce changement de comportement, la pionnière du MLF explique que « sa priorité était devenue l’association SOS Femmes ». Certes, « au sein du MLF, on abordait aussi les problèmes de violences domestiques, mais avec la création de SOS Femmes, c’est une prestation plus pointue à cet effet que Rada Gungaloo proposait ». Et de rappeler que « le MLF et SOS Femmes ont collaboré et continuent à le faire ». Nos interlocuteurs déclarent tous que « SOS Femmes a été un apport immense dans la société mauricienne ».
Pooba Essoo soutient à son tour que « Rada avait placé son combat pour les femmes victimes de violences “highest on the agenda” », poursuivant qu’elle « est restée fidèle, tout au long de sa vie, à son engagement ». Idem pour R. Mooroongapillay, qui est d’avis que : « Sa contribution, énorme sur ce plan, a permis aux Mauriciennes d’avancer. Rada Gungaloo, de par ses actions et ses prises de position, a fait progresser l’émancipation de la Mauricienne. » L’homme de loi ainsi que l’ex-Attorney General font ressortir que « grâce à Rada Gungaloo, beaucoup d’autres femmes ont eu la force et le courage de dénoncer les violences à leur égard ».
Mme Essoo souligne aussi : « L’une des plus grandes forces de cette femme a été la transmission. Via SOS Femmes, elle a formé et préparé d’autres femmes, à qui elle a passé le relais pour s’occuper des autres. Et ça, à mes yeux, c’est une preuve formidable d’humilité et d’intelligence. » L’héritage légué par l’avocate disparue interpelle également Mme Collen : « Il ne faut pas oublier que, par l’intermédiaire de son plaidoyer et ses prises de positions, Rada Gungaloo a énormément contribué avec les promulgations de lois telles que la Protection against Violence act ainsi que la loi récente en faveur de l’avortement. » Des combats, rappelle Lindsey Collen, que « nous avions commencé au sein du MLF, et auxquels des formations comme la Ligue Féministe, qui était sous la férule de Shirin Aumeeruddy-Cziffra, durant ces années-là, ne pouvaient adhérer ».
« Sans chercher à abaisser qui que ce soit, soutient R. Valayden, Rada Gungaloo était une grande dame de l’île Maurice post-indépendance. Aux côtés des Sheila Bappoo, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Lindsey Collen et d’autres femmes de carrure. Chacune à sa façon a fait avancer la cause féminine. » Et Pooba Essoo de compléter : « La sincérité et le “dedication” qu’elle mettait à servir sa cause ont porté leurs fruits… »
Le mot de la fin revient à Rama Valayden : « Merci Rada pour tout ce que tu as représenté pour nous, dans nos vies. Tes petits gestes, tes mots d’encouragements permanents… Ce n’est pas donné à tout le monde d’être ce que tu as été pour nous. Espérons que nous nous rencontrerons une nouvelle fois ! »