Dans le mémorandum qu’elle a soumis au ministère des Finances en prévision du Budget 2016/2017, l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM) réclame l’introduction d’un “equity duty” de 15% sur les positions douanières (produits importés) où il existe une production locale. Elle appelle, par ailleurs, non seulement à des incitations fiscales en faveur de la modernisation de l’équipement production, mais également à un soutien du gouvernement pour la promotion du “Made in Moris” et l’amélioration du cadre de facilitation des affaires.
Tout en soutenant qu’elle épouse la “Vision prospective 2030” portant sur la transformation radicale du modèle économique mauricien, l’AMM est d’avis que la proposition visant à faire grimper la part du secteur manufacturier à 25% du Produit intérieur brut du pays (contre 18% actuellement) « nécessite une politique industrielle ambitieuse capable d’instaurer un “feel good factor” chez les industriels » incluant les quelque 12 000 Petites et moyennes entreprises. Or, poursuit l’AMM, « il n’est pas réaliste que nos entreprises soient offensives sur les marchés extérieurs si elles ne sont pas solidement installées sur le marché local ». Et de poursuivre : « Notre petit État insulaire ne peut se permettre de voir ses préférences s’éroder face aux grandes nations industrielles concurrentes (Égypte et Inde par exemple), qui renouent avec des pratiques protectionnistes sans que nous puissions agir. » Il y a donc, poursuit-elle, « nécessité d’explorer une nouvelle voie : celle d’un libéralisme éclairé ou d’un protectionnisme ouvert ».
Dans cette optique, l’association prône une « démarche d’équité » par Maurice et suggère l’introduction d’un “equity duty” de 15% sur les articles importés pour lesquels une production locale existe. L’AMM demande aux autorités de faire valoir ce point auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) au titre d’un traitement spécial pour les Petits États insulaires en développement (PEID). La question a d’ailleurs été évoquée récemment par le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international lors d’un séminaire tenu à Maurice sous l’égide de l’OMC.
L’AMM considère qu’une réévaluation de la politique commerciale d’ouverture promue depuis 2006 est « une urgence ». Un sondage effectué auprès des membres de l’association indique que 65% d’entre eux « subissent une dégradation de leur position concurrentielle face aux importations » et réclament, en conséquence, des mesures vitales.
Outre l’imposition d’un “equity duty” de 15% qui, indique l’AMM, a une justification macroéconomique et juridique, les mesures qui pourraient être étudiées en prévision du Budget 2016/2017 sont multiples et peuvent stimuler le moral des industriels. L’AMM fait référence à des incitations fiscales pour la modernisation de l’équipement, proposant, entre autres : un crédit d’impôt sur l’achat d »équipement, un taux préférentiel sur le crédit-bail, l’abolition de la taxe à valeur ajoutée sur divers types d’équipement de production afin de soulager le “cash flow” des entreprises dont les PME, une taxe à zéro sur les revenus dérivés des actifs relatifs à la propriété industrielle (patents, brevets, marques, designs, etc) ainsi qu’un soutien financier pour la mise en oeuvre de clusters, des plateformes de transfert de technologies et des incubateurs.
L’AMM plaide en faveur d’une dotation annuelle de Rs 10 millions du gouvernement, et ce sur une période de trois ans, pour la promotion du label “Made in Moris” auprès des consommateurs. Elle estime qu’il faut mettre en place une plateforme expérimentale de services dédiés aux PME. L’association demande aux autorités de considérer l’introduction d’une Buy Mauritian Act à l’Assemblée législative « afin de favoriser l’achat local responsable ».  L’amélioration du cadre de facilitation des affaires pour le secteur manufacturier est une autre préoccupation de l’AMM. Celle-ci observe que le délai avant qu’une entreprise ne soit opérationnelle est de huit mois et que les coûts relatifs aux réglementations concernant la création d’une entreprise doivent diminuer. La mise en place d’un guichet unique pour l’octroi des documents et le paiement des frais appropriés est également réclamée.
Par ailleurs, en ce qui concerne les exportations vers le continent africain, l’AMM note une stagnation et rapporte que pour la majorité des industriels, le pourcentage des exportations dirigées vers l’Afrique ne dépasse pas 10 à 15% du chiffre d’affaires total. L’association estime qu’il y a un besoin de regroupement des entreprises sous forme de “clusters” pour une exploitation optimale des marchés de la région.