Suite à la décision du Passport and Immigration Office d’annuler son visa d’étudiante après qu’elle a été testée positive au VIH, l’étudiante camerounaise, par le biais de son homme de loi, Me Burty François, avait déposé une motion en Cour suprême pour demander une révision judiciaire de la décision. Alors que le parquet était initialement appelé à présenter ses arguments demain, l’affaire a été écoutée ce matin. L’étudiante camerounaise remporte une première manche de cette bataille, le Senior Puisne Judge Eddy Balancy et la juge Ah Foon Chui Yew Cheong lui ayant accordé la permission de demander une judicial review. L’affaire sera entendue en septembre. En attendant, l’étudiante ne sera pas déportée.
Suivant la décision prise en cour ce matin, PILS (Prévention, Information et Lutte contre le Sida), par le biais de son président Nilen Vencadasmy et son directeur Nicolas Ritter, a exprimé sa « satisfaction que les choses prennent une tournure positive ». Les responsables de l’association poursuivent : « Cela renforce certainement notre confiance dans le judiciaire. Bien entendu, nous ne présumons de rien à ce stade. Il faut encore attendre et voir comment les choses évoluent. Mais nous restons confiants que la vérité finira par triompher et que les droits humains seront respectés. »
Également présente à Port-Louis ce matin, Cynthia, l’étudiante camerounaise menacée de déportation, dit pouvoir « enfin respirer ! » Elle poursuit : « Certes, la partie n’est pas gagnée. J’ai toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Mais au moins, j’ai un peu de répit pour me permettre de me consacrer à mes études et à ma santé ! » Président de PILS et avocat de profession, qui a oeuvré aux côtés des hommes de loi de Cynthia, en l’occurrence Mes Robin Mardemootoo et Burty François, Nilen Vencadasmy explique que « la prochaine étape, maintenant, sera de préparer les documents et de jurer de nouveaux affidavits pour la présentation de l’affaire en Cour suprême ». Nicolas Ritter, lui, fait remarquer : « Nos avocats sont confiants que nous tenons là un cas d’école qui mérite toute l’attention possible. Ce petit dénouement heureux arbore que du positif, car à partir de là, au niveau de PILS, nous pouvons accentuer nos efforts autour de Cynthia. Car la priorité des priorités, c’est qu’elle se sente entourée et soutenue. » Le directeur de PILS continue : « Il faut qu’elle se concentre sur sa santé et ses études. Avec cette décision de la cour, elle peut maintenant s’investir pleinement dans cela. »
Nilen Vencadasmy ajoute que « nous avons, à PILS, à cet effet justement écrit à l’institution formatrice où Cynthia est enregistrée pour qu’elle puisse poursuivre ses études, ce pourquoi elle était initialement à Maurice », avant de poursuivre : « Il n’y a plus d’obstacles sur ce point. Donc, il faut qu’elle puisse faire ce qu’elle est venue faire. » Dans le même souffle, le président de PILS soutient : « L’affaire que nous avons logée en cour comprendra aussi l’aspect de conflit qui existe entre les Immigration Act et la HIV & AIDS Act. Ces deux lois contiennent des clauses contradictoires. » En effet, si l’Immigration Act stipule que tout étranger trouvé positif, notamment au sida, ne pourra bénéficier d’un visa d’étudiant, en revanche, la HIV & AIDS Act implique qu’aucune forme de discrimination ne peut être exercée envers une personne vivant avec le VIH, ce qui représente un délit selon cette deuxième loi citée.
Nicolas Ritter rappelle : « C’est là un débat extrêmement important et il est temps de clarifier cette situation une fois pour toutes car l’Immigration Act jette l’opprobre sur Maurice aux yeux du reste du monde. Si, par le biais du cas de Cynthia, nous parvenons à faire changer cela, pour que toute personne trouvée positive au sida ne soit plus pénalisée dorénavant, cela fera de Maurice un pays qui aura respecté les droits humains. Cela ne fera que grandir notre pays si nous réussissons sur ce plan. »