C’est avec les larmes aux yeux qu’Yvonne Rasoarimalala ramasse ses affaires en vue de sa déportation demain. Cette jeune mère d’un enfant de trois mois a reçu, en début de semaine, les directives pour se séparer de son enfant. Elle n’est pas la seule, deux de ses compatriotes ayant des enfants âgés respectivement d’un an et demi et de deux ans sont dans la même situation. « L’usine nous a annoncé que le bureau du passeport nous demande de partir à cause de nos enfants », expliquent-elles, bouleversées.
Hier, Yvonne Rasoarimalala et son compagnon se sont rendus au Passport and Immigration Office, où on leur a confirmé cette version. « On nous a dit que nous avions un permis de résidence, mais pas notre enfant. On nous a alors proposé d’aller le déposer à Madagascar et de revenir travailler à Maurice par la suite », racontent-ils.
Le plus surprenant dans cette affaire est que les trois bébés ont été déclarés à l’État civil à Maurice et ont donc un acte de naissance mauricien. Pourtant, le PIO office leur a bien expliqué qu’en l’absence d’un permis de résidence, les enfants sont considérés comme des « clandestins. »
Les ouvrières malgaches disent avoir été prises de court par cette décision des autorités mauriciennes. « On ne nous a même pas donné le temps de nous organiser. Nous ne savons même pas où laisser les enfants à Madagascar. »
Le syndicaliste Feyçal Ally Beegun qui encadre ces ouvrières malgaches se dit révolté par une telle situation. « Qu’est-ce qu’on reproche au juste à ces ouvrières ? D’avoir une vie sexuelle. Ces femmes sont en couple, leurs compagnons travaillent également à Maurice. Les lois internationales protègent les travailleurs. Ils ont toutes les libertés. La seule restriction est qu’ils ne doivent pas être mêlés à la politique. On ne peut empêcher quelqu’un d’avoir une vie sexuelle. Ou alors qu’est-ce qu’on aurait souhaité, que ces femmes se fassent avorter dans la clandestinité comme cela s’est passé avec une Bangladeshi récemment ? »
Le syndicaliste est d’autant plus sceptique que deux des enfants ont déjà dépassé l’âge d’un an et que ce n’est que maintenant que les autorités réagissent. « Ces femmes ont accouché à l’hôpital de Candos et leurs enfants ont un acte de naissance mauricien. Donc on était bien au courant que ces femmes avaient donné naissance pendant tout ce temps. »
Feyçal Ally Beegun se demande ainsi s’il y a deux catégories de travailleurs à Maurice. « On demande aux Mauriciennes d’allaiter leurs bébés, de s’en occuper et on demande aux ouvrières étrangères d’aller déposer leurs bébés dans leurs pays d’origine. Faut-il s’étonner que le rapport des États-Unis ait encore critiqué le traitement des travailleurs étrangers à Maurice ? »
Le syndicaliste déplore cette situation « inhumaine » et est d’avis que l’image de Maurice va encore en prendre un coup.
De son côté, Corona Clothing précise que la décision de renvoyer les ouvrières malgaches ne lui revient pas. « Nous avons reçu un appel du bureau du passeport nous indiquant que les ouvrières concernées allaient être déportées parce que leurs enfants n’ont pas de permis de résidence. On a aussi dit qu’ils pouvaient aller laisser leurs enfants à Madagascar et revenir travailler par la suite », explique Priscille Beeharry, responsable des ressources humaines.
Vijay, un Mauricien voisin des ouvrières malgaches, assiste lui aussi avec tristesse à la scène. « Cela fait pitié de voir une telle situation. Pourquoi une femme ne devrait pas avoir d’enfant ? Ces ouvrières malgaches sont des personnes bien. Elles font preuve de débrouillardise. Je n’ai jamais eu de problèmes avec elles. L’autre jour, elles sont même venues me demander la permission de mettre de la musique pour un anniversaire alors qu’un Mauricien aurait mis sa musique à fond sans même vous demander la permission. »
Nous avons essayé en vain d’avoir la version du PIO sur cette affaire. Une réaction de l’Ambassade de Madagascar est aussi attendue.