L’enquête confiée au Central CID sur la menace d’attentat terroriste par e-mail de vendredi dernier a débouché durant le week-end sur deux arrestations, soit les deux suspects liés à l’Indra CyberCafé de LakePoint, Curepipe. Les informations communiquées durant le week-end par la Counter Terrorism Unit du Prime Ministers’s Office (PMO) aux enquêteurs de la Cyber Crime Unit du Central CID, sous la supervision de l’assistant commissaire de police, l’ACP Heman Jangi, confirment que l’e-mail du 20 janvier, contenant des menaces précises contre des cibles comme le Passport and Immigration Office, des tribunaux et des postes de police de la capitale, avait été transmis à partir d’un ordinateur de ce même cybercafé. Cette confirmation a été obtenue à partir de l’IP Number informatique permettant de remonter la filière de transmission. Le premier suspect interpellé n’est autre que le propriétaire de ce cybercafé, le dénommé Ish Sookun, Linux System Administrator à La Sentinelle Ltd et membre du très officiel ICT Advisory Council, âgé de 28 ans, interpellé samedi après-midi. Et, subséquemment, le gérant de ce cybercafé, Guianshurav Sooklall, aussi connu sous le nom de Kishan, âgé de 36 ans, habitant Providence, Quartier-Militaire, comme le premier suspect.
A ce stade préliminaire de l’enquête, le Central CID procède actuellement à la collecte de données et d’indications en vue de connecter le System Administrator de La Sentinelle Ltd avec le gérant du cybercafé. Depuis samedi soir, avec l’interrogatoire “Under Warning” des deux employées de l’Indra CyberCafé, les hommes de l’ACP Jangi sont déjà en présence de la liste des clients ayant défilé le mercredi 20 janvier pour des besoins d’affaires. Plus précisément, ils ont déjà confirmation de l’identité de la personne qui occupait le poste informatique No 3 à 11 h 37, soit quand a été transmis l’e-mail, soi-disant émanant d’Ismael Sundrum, le Mauricien qui s’était joint à Daech avec un appel à des Mauriciens pour rejoindre le camp des jihadistes. Les deux employées ont pu rentrer chez elles après leur interrogatoire au QG du Central CID dans la nuit de samedi à dimanche.
Au sujet des affaires de l’Indra CyberCafe, Me Erickson Mooneapillay, l’un des avocats d’Ish Sookun, interrogé par Le Mauricien, fait comprendre : « Mon client ne connaît aucun employé du cybercafé, vu qu’il avait tout transmis à son ami Sooklall depuis 2011. Il n’est pas impliqué dans le “day-today running business” du cybercafé en question. Il a pris cette décision en raison de pertes financières accumulées. Toutefois, les titres de propriété sont toujours au nom d’Ish Sookun, qui en est le directeur. »
Toutefois, du côté du Central CID, on se dit convaincu qu’un travail de cette envergure, que ce soit sur le plan informatique avec l’e-mail des menaces d’attentats terroristes transitant par l’Allemagne, vu que « the email IP address have been bumped twelve times », ou encore par rapport à la teneur de ces menaces contenant des extraits en langue arabe, n’aurait pu être conçu et exécuté par un suspect. L’enquête du Central CID, qui vise à établir ce réseau de complicité, attend avec impatience les conclusions des analyses “forensic” des ordinateurs portables, desktops et autres clés USB, sans compter des analyses ADN du poste informatique No 3 du cybercafé.
Outre les perquisitions aux domiciles des deux suspects, qui habitent le même village de Providence, et du cybercafé de LakePoint, la police dressait ce matin une liste d’endroits susceptibles de faire l’objet de descentes pour recueillir des indices possibles de la connexion Sookun/Sooklall dans le complot allégué au sujet de ces menaces d’attentats terroristes. Toutefois, aucune indication n’a transpiré quant à cette nouvelle opération policière.
Ce matin, aucun des deux suspects n’avait été interrogé de manière formelle avec les hommes de loi d’Ish Sookun, qui a un “track-record” impressionnant en tant qu’informaticien, et l’Expert Witness dans la Biometric ID Saga, réclamant que toute séance de “questioning” soit enregistrée sur vidéo. Ce matin, ils ont comparu devant le tribunal de Curepipe pour la confirmation de leurs inculpations provisoires logées dans la journée d’hier devant la Bail and Remand Court.
Lors de la séance d’hier, Ish Sookun et Kishan Sookall ont été inculpés sous les dispositions de la Prevention of Terrrorism Act (POTA), soit la section 3 (1) (b), à savoir “Prohibition of acts of terrorism (1) Any person who – (b) omits to do anything that is reasonably necessary to prevent an act of terrorism, shall commit an offence” contre le gérant du cybercafé de LakePoint, et de la section 5 (1), notamment “Terrorist meetings : Any person who – (a) arranges, manages, or assists in arranging or managing, or participates in a meeting, or an activity, which he knows is concerned with an act of terrorism; (b) provides logistics, equipment or facilities for a meeting, or an activity, which he knows is concerned with an act of terrorism; or (c) attends a meeting, which he knows is to support a proscribed organisation, or to further the objectives of a proscribed organisation, shall commit an offence.”
Les hommes de loi des deux suspects, à savoir Mes Sanjeev Teeluckdharry et Erickson Mooneapillay pour le System Administrator de La Sentinelle Ltd, et Me Ashley Hurhanghee, dont les services ont été retenus par Kishan Sookall, tentent depuis début d’après-midi d’obtenir leur remise en liberté sous caution. Des débats sur la Bail Motion ont été fixés pour aujourd’hui par la magistrate Joogeshwaree Gooljar-Seeburn.
Lors de sa comparution devant la Bail and Remand Court, Ish Sookun a déclaré : «  Je ne suis pas un terroriste. » La police, qui a objecté à la liberté sous caution de ces prévenus, compte revenir à la charge cet après-midi. De leur côté, les hommes de loi, qui comptent initier des procédures pour que les charges soient rayées, regrettent que, jusqu’ici, leurs clients n’aient pas été entendus par la police, même s’ils ont été appréhendés depuis samedi. Entre-temps, le recours aux dispositions de la Prevention of Terrorism Act dans cette enquête est dénoncé avec virulence, Lalit et d’autres organisations montant au créneau. Dans un communiqué, Alain Ahvee, au nom de Lalit, souligne : « Lalit calls for either the immediate, unconditional release of the computer technology expert, Ish Sookun, from police custody, or for formal charges to be laid. We also call for the revocation of the repressive law that Aneerood Jugnauth’s MSM, PMSD, and MMM voted in 2002, the Prevention of Terrorism Act. »
Plus loin, le représentant de Lalit avance : « In the meantime, we call on the judiciary to take its responsibility in making provisional charges “caduques” by rejecting police use of provisional charges that are not corroborated by prima facie evidence. So, we call for incriminating evidence, if any, to be brought before the Magistrate, and then for formal charges, if any, to be laid against Ish Sookun and/or his business partner, and bail decided upon, or alternatively to release them immediately. » Affaire à suivre…