Les progrès récents du pays ne profitent pas à tout le monde. Pauvres, malades, handicapés ou incapables de trouver une autre source de revenus, certains sont obligés de compter sur les autres pour survivre et se tournent vers la mendicité. Sur les trottoirs, on croise de vraies victimes de drames humains, à côté d’autres personnes qui ont choisi de tromper la bonne foi des passants.
Pour certains, la mendicité demeure la seule option. C’est le cas de Madevi, rencontrée à Rose-Hill, ou de Roshan, que l’on croise souvent non loin de l’Hôtel du Gouvernement à Port-Louis. Le soutien que leur apporte l’État ne suffit pas à subvenir aux besoins de ces deux non-voyants. Madevi, divorcée, a une fille qui est au collège. C’est pour assurer un meilleur avenir à cette dernière que la femme arpente chaque jour les rues de Rose-Hill, suppliant les patients pour qu’ils lui donnent quelques roupies. Cela l’aide à payer le loyer, la nourriture, les frais pour les études de sa fille, entre autres. Car la pension qu’elle perçoit est loin d’être suffisant.
Abandonné
Il est assis sur une chaise sur le trottoir à Port-Louis. Roshan a été abandonné par les membres de sa famille après la mort de ses parents. Il s’est retrouvé seul et n’a pas eu d’autre choix pour s’en sortir. Cela fait quelque temps déjà qu’il est assis au même endroit. Le jour de notre rencontre, il ne portait qu’un short et un blouson qui le protégeait à peine du temps inclément. Sa canne blanche à côté, il tenait tranquillement une boîte en plastique hermétique sur ses genoux, attendant patiemment qu’on glisse une pièce dans la fente.
Comme Madevi, il aurait aimé ne pas être là. Sans certificat de sixième, il peine à trouver un emploi. “J’aurais voulu être réceptionniste”, confie-t-il. Mais sans certificat, sans formation et sans personne pour l’aider dans ses démarches, il ne sait pas trop où aller. Il ne peut que compter sur lui-même.
Pour sa part, Madevi a entrepris des démarches auprès de la Mauritius Housing Company pour avoir une maison où elle n’aurait plus de location à payer. Mais on lui a demandé un dépôt qui se situe dans une fourchette de Rs 50,000 à Rs 75,000, une somme qu’elle a du mal à réunir. Douée pour les travaux artisanaux, elle a aussi approché la National Empowerment Foundation (NEF). Mais on lui a demandé d’attendre car la liste des demandes d’aide est très longue.
Catégories
À Rose-Hill, Port-Louis et ailleurs, à l’ombre des bâtiments modernes et flambant neufs, ils ne sont pas les seuls à faire appel à la générosité des passants. Leurs places de prédilection : la devanture des banques, des magasins, des lieux de culte, des fast food… Certains passent également d’autobus en autobus ou patientent près des lieux de culte. “C’est pour subvenir aux besoins de mes cinq enfants”, confie une dame rencontrée non loin d’une mosquée. Une autre déclare s’être retrouvée avec ses trois petits-enfants sur les bras après que sa fille s’est séparée de son mari. Là encore, l’argent de la pension de la sécurité sociale ne serait pas suffisant.
Il existerait plusieurs catégories de mendiants, si l’on en croit le travailleur social Daniel Anacooa. Il y a ceux qui, avec leurs vêtements sales et en haillons, jouent sur leurs images. Ils ne se gênent pas pour s’attirer la bienveillance des gens. “Ils veulent qu’on s’apitoie sur leur sort”, soutient-il. Mais il y a également ces mendiants qui, après avoir observé les passants, ciblent certaines personnes dans la rue pour les embobiner avec presque le même refrain : ils ont perdu leur porte-monnaie et ils cherchent enn kas transpor pour aller rendre visite à une personne malade. La destination est, bien entendu, toujours lointaine…
Effort
D’autres encore ne rechignent pas à faire usage de photocopies de permis de collecte qu’ils utilisent à outrance car ils savent que les gens n’ont pas le temps de vérifier la validité du document. Il y a aussi des enfants qui demandent enn dipin ou enn dalpouri. Mais il faut se méfier car c’est parfois un subterfuge : ils récoltent de l’argent pour acheter des cigarettes ou d’autres choses qui n’ont rien à voir avec la nourriture. Il faut savoir que la mendicité est un délit sous l’article 196 du Code pénal.
La mendicité est pour certains un moyen facile de gagner de l’argent. Daniel Anacooa déplore l’absence de culture de l’effort chez des personnes qui auraient pu gagner leur vie autrement. “Pour certaines personnes, il est tout à fait normal de demander la charité. Alors qu’il y a plusieurs instances – étatiques, religieuses ou de la société civile – qui sont susceptibles de leur venir en aide. Ils ne savent pas que ces structures existent ou parfois ils ne savent pas comment faire leur demande d’aide et à qui s’adresser.”