Le ministre des Terres Abu Kasenally a évoqué la semaine dernière la présence de deux « nouveaux îlots » au nord de Port-Louis. Les pêcheurs de la région, pour qui ce n’est pas une nouvelle, profitent de l’occasion pour lever le voile sur ce phénomène, qui se révèle être en réalité un amas de coraux. Ils disent avoir constaté un développement à cet endroit après une accumulation de débris laissés lors des travaux de dragage dans la zone portuaire il y a quelques années.
Les « îlots » découverts par une équipe hydrographique du ministère des Terres sont en fait recouverts de coraux morts. Hier, les pêcheurs de la région ont fait visiter cette « découverte » aux membres de la presse, tout en disant leur étonnement concernant la déclaration du ministre Kasenally à ce sujet. Pour les explorer, il faut bien se protéger les pieds, car il s’agit de deux vastes étendues de coraux de différentes formes. On y trouve aussi des coquillages, quelques arbustes et… des déchets, tels des bouteilles en plastique.
Pour Judex Rampaul, président du Syndicat des pêcheurs, ce phénomène a commencé à se manifester peu après des travaux de dragage dans cette région, il y a dix ans. « Il y avait les machines de Boskalis et le Marco Polo, qui ont effectué des travaux à cet endroit. Dans le premier cas, on a effectué un dragage et le sable enlevé se trouve toujours aux Salines. Dans le deuxième cas, on a fait des travaux de tout-à-l’égout. Ce sont les débris laissés sur place après ces travaux qui ont provoqué une accumulation avec le mouvement de la marée. »
Montrant de grands plateaux de coraux « visiblement découpés par des machines », Judex Rampaul fait ressortir les « dommages causés à l’environnement ». Dans un premier temps visibles uniquement à marée basse, les deux « îlots » sont aujourd’hui accessibles même à marée haute. Un phénomène accéléré avec l’ensablement à cet endroit. « Auparavant, il y avait là une barrière de corail et un passage connu comme le Canal Anglais. Tout a été aujourd’hui obstrué. »
Pour Judex Rampaul, il est important d’attirer l’attention sur ce phénomène car d’autres travaux sont actuellement en cours dans l’autre extrémité de la zone portuaire, plus précisément dans la région de Bain-des-Dames. « J’invite les autorités à réfléchir concernant l’impact possible de ces travaux sur l’environnement. Le développement ne doit pas se faire au détriment de notre écosystème. »
Si, pour le moment, la présence de ces îlots ne semble pas gêner le passage des navires en direction du port, les pêcheurs, eux, disent en souffrir. « Sur cette barrière, pendant longtemps on trouvait des palourdes et autres espèces qui nous servent d’appâts. Qui plus est, le courant a été dévié vers la côte, provoquant l’érosion de cette partie de Baie-du-Tombeau », relate un pêcheur de la région.
Pravind Beebul avance, lui, que la déviation des courants a provoqué l’obstruction du passage vers Le Goulet. « Récemment, on a dû avoir recours à des machines pour rouvrir le passage. »
Les pêcheurs racontent que les îlots n’en formaient en fait qu’un seul avant le passage du cyclone Bejisa, l’année dernière. « Avec le raz-de-marée cyclonique, il a été divisé en deux. » Il semblerait qu’avec l’ensablement, il y en aurait même un troisième en formation.