Le mercredi des cendres marque le début du carême pour les chrétiens, quarante jours avant la Pâques, qui commémore la résurrection du Christ. Le Père Sylvio Lodoïska nous aide à mieux appréhender le sens de ce rituel d’imposition des cendres chez les catholiques. Pour le prêtre, les cendres peuvent symboliser « une mort-purification. Mourir à tout ce qui nous éloigne de Dieu pour accueillir la Bonne Nouvelle de l’Évangile ». Autrement dit, les cendres sont « le signe que nous acceptons que le feu de l’amour de Dieu consume nos péchés et les réduise en cendres ».
Le carême vient du mot latin quadragesima, qui signifie quarante. Quarante jours durant, les catholiques sont appelés à pratiquer le jeûne (la privation volontaire d’un repas le mercredi des cendres et le vendredi saint) et l’abstinence (la privation volontaire de viande) les vendredis de carême. Ces privations sont censées aider les fidèles à faire un pas de plus vers Dieu et donc progresser dans leur relation avec lui.
Dans son message pour le Carême 2014, le Pape François parle de « Jésus qui s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté ». La notion de pauvreté semble être une notion clé pendant le carême. Mais, le Père Lodoïska précise que dans la Bible, « la pauvreté n’est pas la misère mais plutôt un dessaisissement volontaire de ce que l’on possède. C’est plutôt une attitude qui exprime une dépendance – synonyme de foi – envers celui qui seul peut nous combler. Jeûner, c’est se priver volontairement de nourriture pour exprimer sa “faim de Dieu” ».
Et quid de l’imposition des cendres ? On pourrait résumer le symbolisme en ceci : « Mourir pour mieux vivre ». Le Père Lodoïska élabore : « La cendre est le résidu qui reste quand on a brûlé quelque chose. Réduire en cendre revient à anéantir. On pourrait même dire : éliminer une deuxième fois ce qui est mort. La cendre est donc, par excellence, un signe de mort ! Cependant, à la différence de la putréfaction, la décomposition par le feu est propre. Les cendres peuvent symboliser une mort-purification ».
La riche symbolique de la cendre, ajoute Sylvio Lodoïska, remonte à l’Antiquité dans diverses cultures. Dans l’Ancien Testament, se couvrir la tête de cendre ou s’asseoir sur la cendre revenait à faire pénitence. « C’était un signe de pénitence, de volonté de changement à travers l’épreuve ». Un processus de purification.
Le prêtre rappelle qu’aux premiers siècles de l’histoire de l’Église, « les chrétiens qui s’étaient rendus coupables de péchés ou de scandales graves étaient présentés à l’évêque et mis publiquement au rang de pénitents. Après l’imposition des cendres, ils étaient renvoyés de la communauté comme Adam et Eve l’avaient été du paradis. On leur rappelait ces paroles : “Tu es poussière et tu retourneras en poussière”. Ils devaient alors vivre en marge de leur famille et du reste de la communauté chrétienne pendant les quarante jours (d’où l’expression “mis en quarantaine”). Ils devaient s’abstenir de viande, d’alcool, de bain. Il leur était également interdit de se faire couper les cheveux, de se raser ».
Mais, plus tard, cette pratique a acquis un caractère plus spirituel. En guise de préparation à la Pâques, « une forme de pénitence personnelle et privée s’est développée ». Aujourd’hui, au lieu de la formule rappelant que nous sommes des mortels devant retourner au néant, les fidèles sont davantage appelés à la conversion à travers ces paroles de Jésus au moment où il débute son ministère public : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ».
L’imposition des cendres permet au fidèle d’« affirmer sa volonté de se convertir, de mourir à tout ce qui l’éloigne de Dieu. Les Cendres deviennent alors le signe qu’il accepte que le feu de l’amour de Dieu consume ses péchés et les réduise en cendres ». Recevoir les cendres, c’est aussi « confirmer sa foi. On accepte la mort – symbolisée par les cendres – à travers tous les renoncements que l’on va s’imposer en vue de célébrer sa résurrection avec le Christ lors de la Veillée pascale ».