La réforme électorale et la moralisation de la vie politique ont occupé dimanche une large partie du message du Premier ministre à la Nation. Navin Ramgoolam a présenté ces deux dossiers comme les principaux piliers dans la construction d’un pays moderne. Il a annoncé le lancement prochain de consultations sur le rapport Carcassonne sur lequel il a, lui-même, quelques réserves. Pour lui, il est impensable que 44 ans après l’indépendance les candidats aux élections générales soient obligés de décliner la communauté à laquelle ils appartiennent. Il souhaite que toutes les propositions soient discutées sans se soucier de quel avantage chaque parti politique bénéficierait. Le PM préconise également la moralisation de vie politique et souhaite que des sanctions plus sévères soient introduites contre les politiciens trouvés coupables de corruption. Il souhaite également qu’une solution soit trouvée au financement des partis politiques. Nous proposons ci-dessous le discours du Premier ministre dans son intégralité.
Le monde traverse une crise économique sans précédent. Des continents entiers sont fragilisés, notamment l’Europe et les États-Unis, et même la Chine et l’Inde commencent à connaître des difficultés et connaissent un ralentissement de la croissance. Grâce à l’action du gouvernement, les Mauriciens ont été moins affectés par la crise. Bien sûr nous avons nos problèmes mais ils ne sont pas comparables à ceux que connaissent les pays beaucoup plus forts que nous. Naturellement nous sommes affectés par la crise économique qui bouleverse l’Europe. Depuis longtemps nous avons des relations économiques et commerciales bien fortes avec les pays européens comme la France, l’Angleterre, l’Italie et l’Allemagne. Notre intérêt est lié à ces pays. Lorsque ces pays passent par une crise économique, il est évident que cela aura des répercussions sur nous. Heureusement notre pays a été jusqu’ici épargné. Cela ne s’est pas produit par miracle. Il ne faut pas oublier que notre pays est au milieu d’un océan loin de nos marchés. Nous ne sommes pas riches en matières premières et notre population n’est pas aussi nombreuse que dans les autres pays. Nous pouvons par contre nous comparer à Trinité-et-Tobago qui est deux fois plus grande que notre pays avec une population comparable autour de 1,3 million. Cependant ce pays est à côté des États-Unis, le pays le plus riche du monde et il a du pétrole. Alors que nous avons fait une croissance de 4,2 % en 2011, Trinité-et-Tobago non seulement n’a pas fait de croissance mais est entré en récession. L’année prochaine, elle ne connaîtra qu’une croissance de 1,7 % seulement. Elle n’a ni éducation gratuite ni transport gratuit. Les pays beaucoup plus forts que nous qui ont beaucoup de ressources naturelles ont connu une croissance économique très faible ou sont entrés carrément en récession. Ces pays ont été obligés de prendre des mesures drastiques d’économie en ce qui concerne les services publics. Des milliers de personnes ont perdu leur emploi, les salaires sont réduits et leurs pensions supprimées. Les allocations n’augmentent pas comme à Maurice. Certains ont augmenté la TVA et les coûts des services publics et des commodités de base continuent à augmenter. Par contre ici à Maurice, que ce soit le Welfare State, que ce soit l’éducation gratuite, tout a été préservé et nous avons augmenté les dépenses pour tous les services publics afin d’aider la classe moyenne et les plus faibles de la société. Tout cela a été possible parce que nous avons été prévoyants. Nous nous sommes assuré que nos institutions continuent à fonctionner. Tout cela dans la stabilité politique. Nous avons su valoriser nos atouts, nous avons su innover et prendre des mesures difficiles lorsqu’il a fallu le faire. Aujourd’hui notre PIB par tête d’habitant est de presque 8 000 dollars et notre croissance de 4,2 %. Si nous voulons continuer à progresser et améliorer la qualité de la vie de tous nos citoyens, il nous faut travailler plus dur et augmenter notre productivité et nous aurons à faire preuve de discipline et d’intégrité. C’est cela le prix de notre prospérité dans un monde fragilisé.
La clé de tout cela est la stabilité politique et sociale. La population sait tout ce que j’ai fait pour que le pays garde sa stabilité. Malgré le comportement irresponsable et irréfléchi de certains politiciens que les Mauriciens ont condamné, nous avons gardé le cap et le pays est resté stable et a continué à se développer. L’instabilité que certains avaient orchestrée est loin derrière nous. Ceux qui n’ont pu assumer leurs responsabilités ont été marginalisés. Il y a deux catégories de politiciens : certains qui défendent leurs propres intérêts et l’intérêt de leur clan et ceux qui dans toutes les circonstances font passer l’intérêt de la Nation avant tout. J’ai toujours placé l’intérêt du pays avant tout surtout lorsque l’intégrité et l’indépendance des institutions sont en jeu et ce sera ainsi aussi longtemps que je serais votre Premier ministre. Le gouvernement a trouvé sa cohésion et sa stabilité, ce qui nous permet de nous consacrer mieux à l’essentiel. L’essentiel c’est l’avenir du pays, l’avenir de chacun d’entre nous, des jeunes et des générations à venir.
Innover
Mahatma Gandhi a dit que pour avancer ce n’est pas l’histoire qu’il faudrait refaire, il faudrait innover. Nous avons pu protéger la population contre la crise. Nous regardons tous la télévision. Nous écoutons les informations. Nous savons que la crise internationale devient de plus en plus grave. Il nous faut être très vigilant vis-à-vis des menaces économiques. Il ne suffit pas de rester vigilant. Il nous faut consacrer toute notre énergie et toutes nos ressources pour réaliser notre programme économique et assurer un développement durable C’est cela qui nous permettrait de protéger l’emploi et améliorer la vie de tous les Mauriciens. C’est cela ma priorité absolue. Pour réussir cela, j’ai besoin du soutien et de la solidarité de toutes les forces vives du pays. Nous voulons tous un pays qui reste apaisé et stable. Nous voulons vivre en paix avec notre voisin. Nous voulons que notre droit soit respecté. Nous ne voulons pas l’injustice. Les Mauriciens ont toujours détesté l’injustice.
Au niveau de la sécurité et l’ordre public, nous continuons la réforme pour moderniser la police et permettre un service efficace et rapide. Le taux de criminalité a baissé de 11 % en 2011.
En ce qui concerne le combat contre la fraude et la corruption, la volonté de mon gouvernement est inébranlable. Je vous donne la garantie que nous continuerons à donner à l’ICAC tous les moyens nécessaires pour qu’elle puisse faire un travail permanent dans la sérénité contre la corruption. Il nous faut un changement de mentalité et une culture d’intégrité parmi nos citoyens. Il n’y a personne, quel que soit son statut, qui est au-dessus de la loi et qui peut agir de manière frauduleuse sans conséquence. Chacun doit assumer sa responsabilité. Nous avons adopté une loi pour consolider le combat contre la drogue et le blanchiment de l’argent. Les autorités seront en mesure de saisir n’importe quel bien acquis à travers le trafic de drogue.
Lors de la dernière session parlementaire nous avons adopté des lois qui posent les fondations d’une société moderne et juste. Depuis que je me suis engagé en politique j’ai toujours été animé par la volonté de créer une société tournée vers la modernité, où prévaut l’égalité des chances. Je suis fier que ce soit mon gouvernement qui ait adopté un Equal Opportunity Act et ait créé une Equal Opportunity Commission qui fonctionnera en toute indépendance et pour veiller à ce qu’il n’y ait aucune discrimination qui soit pratiquée contre n’importe qui. Nous avons amendé notre Constitution pour assurer qu’au moins un tiers des candidats pour les élections villageoises et municipales soient des femmes. C’est un droit légitime et c’est un grand pas entre l’homme et femme. J’ai institué une Commission Justice et Vérité pour faire la lumière sur le traitement et les séquelles que nos ancêtres esclaves et travailleurs engagés ont subis. Ce qui est important c’est que nous fermions cet épisode douloureux de notre histoire et que nous mettions notre histoire en perspective. La commission a soumis son rapport et un comité ministériel a été institué pour l’étudier.
Parité
Depuis longtemps nous parlons de la nécessité d’une réforme électorale. L’ancien gouvernement avait soumis le rapport Sachs en janvier 2002 et finalement il est resté sans suite. La réforme électorale fait partie de notre manifeste de 2010 et figure dans le discours programme. J’avais dit qu’il y aurait un rapport bien avant les élections générales de 2015. J’ai tenu parole. En septembre 2011, j’ai demandé à trois éminents professeurs spécialisés en droit constitutionnel de travailler sur ce projet et de faire des suggestions pour consolider et moderniser la démocratie. J’ai précisé que je souhaite avoir un rapport avant la fin de l’année et j’ai établi trois objectifs : l’efficacité, l’équité et la diversité. J’ai aussi dit qu’autant que possible, il nous faut aller vers la parité homme et femme et ne pas augmenter le nombre de députés. Sur un point j’avais été très clair : il ne fallait pas que le rapport tienne compte de l’intérêt du Premier ministre et des partis politiques. Il faut que le rapport tienne compte de l’intérêt de la République de Maurice. C’est le pays qui doit passer avant tout. Si vous regardez leurs méthodes, vous verrez qu’ils ont travaillé en toute indépendance et dans la transparence. Un débat a déjà commencé sur le rapport. La réforme électorale ne concerne pas uniquement les politiciens mais toute la population. Il est normal que tout le monde s’exprime sur un projet aussi important. Je voudrais faire un appel à tous les politiciens. Je leur demande de réfléchir avec un esprit ouvert. Ne regardez pas ce dont chacun va bénéficier, réfléchissez de manière à voir ce dont la République de Maurice bénéficiera.
Dans mon message à la Nation en mars, je vous avais demandé s’il n’était pas temps de cesser de nous regarder en termes de communauté mais plutôt en termes de Mauriciens. Lorsque nous sommes en dehors de Maurice nous disons tous que nous sommes des Mauriciens. Pourquoi, lorsque nous sommes à Maurice, ne pouvons-nous pas dire que nous sommes des Mauriciens avant tout ? Certaines personnes continuent à penser en termes communaux, sans doute pour leurs propres intérêts. Certains continuent à jouer avec l’émotion. Je pose aux Mauriciens et surtout aux jeunes la question suivante : est-ce que 44 ans après l’Indépendance il est normal que chaque candidat aux élections générales doive préciser la communauté à laquelle il appartient ? Est-ce comme cela qu’on pourra bâtir une nation ? Pour cela il faut une identité nationale. Sans identité nationale, il n’y a pas d’unité nationale. En 2008, j’avais dit qu’il est essentiel que quelle que soit la réforme adoptée il faut s’assurer que tout le monde soit représenté au parlement et qu’aucune communauté ne se sente lésée. Pour moi, il faut penser en termes de nation mauricienne. Il faut nous assurer également que le nombre de femmes augmente considérablement au parlement. Nous avons certaines réserves par rapport au rapport Carcassonne. Il nous faut l’analyser, tout comme le rapport Sachs, de façon dépassionnée en gardant en tête l’intérêt de la nation. J’ai l’intention dans les jours à venir de lancer des consultations sur le rapport Carcassonne. Il nous faut discuter de toutes les propositions sans se soucier de quel avantage chaque parti politique peut bénéficier. Je refuse de m’engager dans cette voie. Une réforme électorale vise à perfectionner la démocratie et ne doit pas être un moyen pour favoriser les intérêts de tels ou tels partis. On ne peut parler de réforme électorale sans assurer la moralisation de la vie politique. Il y a une ou deux choses dont nous avons à discuter. Il nous faut trouver un système de financement public et transparent pour les partis politiques. Le principe est simple. L’argent ne peut être un obstacle au combat des idées. Je pense que c’est l’État qui doit financer les partis politiques avec un plafond strictement limité. Deuxièmement on devrait durcir les sanctions contre les politiciens trouvés coupables de corruption.
Unité
La réforme électorale et la moralisation de la vie politique sont deux piliers sur lesquels on pourrait construire un pays plus moderne. Je souhaite de tout coeur que nous prenions soin que les débats se déroulent dans une atmosphère sereine et sérieuse et non pas dans la précipitation et la polémique. Il faut saisir la chance historique pour faire progresser la démocratie dans le pays. J’invite tous les Mauriciens à participer à la construction d’une République moderne.
Malgré le ralentissement de l’économie mondiale, le pays s’est lancé sur un grand programme de modernisation sur tous les fronts. Tous les Mauriciens ont constaté que le pays a connu une modernisation extraordinaire des infrastructures routières. Le paysage routier du 21e siècle prend naissance devant nous.
Maurice Île Durable est un projet fondamental de société découlant de la vision que j’ai du pays. Il répond à une exigence pour répondre aux défis graves que la crise écologique pose à notre société. C’est une crise de l’énergie, de l’eau et des ressources naturelles. Au-delà de la volonté politique, il nous faut trouver la méthode et démarche appropriée, des hommes qui allient la compétence technique et l’intelligence écologique pour assurer les réalisations concrètes. 2011 a été une année cruciale pour MID. 2012 sera une année décisive. La Commission MID a finalisé son plan qu’elle présentera au Sommet de Rio dans quelques mois.
Toutes les actions prises par le gouvernement depuis 2005 font partie de ma vision globale pour moderniser le pays. Nous continuerons à gérer le pays avec efficacité. Nous apportons des réformes en profondeur sans oublier l’environnement et la justice sociale.
Dans un pays tourné vers la modernité la culture a un rôle très important. Aucun pays, aucun peuple n’atteint sa vraie dimension sans son expression culturelle. Les artistes sont toujours des visionnaires. Nous avons lancé des projets d’importance historique comme le Musée d’art national. En septembre prochain, le pays organisera un salon international du livre. Plus de 50 écrivains internationaux et les écrivains mauriciens y participeront. Ce sera un événement culturel d’une envergure exceptionnelle. Bientôt on aura un orchestre symphonique national où nos jeunes musiciens pourront atteindre un niveau international. Nous accueillons la nouvelle année dans la sérénité et avec la détermination de faire face aux grands défis. Ensemble nous avons déjà fait beaucoup de choses et nous sommes fiers de ce que nous avons réalisé. Le progrès n’est pas une destination, c’est une route sans fin. Nous ne pouvons rien prendre pour acquis. Il nous faut continuer à travailler la main dans la main pour l’unité et pour construire un meilleur avenir pour nous, nos enfants et nos générations futures. Chacun d’entre nous doit apporter sa contribution. Je serai toujours à vos côtés pour construire l’avenir ensemble. Ce soir Veena et moi-même vous souhaitons tous, que vous viviez à Maurice, à Rodrigues, à Agalega ou St Brandon, bonne année, bonheur et prospérité.