Je voudrais vous souhaiter Joyeux Noël cette année avec le message des anges aux petits bergers.
« Gloire à Dieu et paix aux hommes »
1.     Gloire à Dieu
Les anges nous disent que la gloire de Dieu se manifeste à Noël parce que ce jour-là un Sauveur est né pour tous les humains et que ce Sauveur est l’envoyé de Dieu (le Christ) le Fils de Dieu même (Seigneur). Or, le seul « signalement » donné par les anges pour reconnaître ce Sauveur, c’est qu’il est un petit enfant qui vient de naître et qu’il repose dans une mangeoire de l’écurie d’une auberge à Bethléem, parce qu’il n’y a pas de place pour lui dans l’auberge.
Comment la gloire de Dieu peut-elle se manifester dans un petit enfant qui vient de naître ? Comment un être si faible, si vulnérable peut-il être le Sauveur des hommes ?
1.1.     C’est que la gloire de Dieu se manifeste très différemment de la gloire des hommes. Et la puissance de Dieu agit très différemment de la puissance des hommes. Quand les hommes parlent de « gloire », ils pensent tout de suite à quelqu’un qui a du pouvoir, quelqu’un de riche, qui réussit ; un sportif qui gagne un match, un chanteur acclamé par ses fans.
1.2.     Mais quand, Dieu, Lui, veut manifester sa gloire sur la Terre, il vient comme un petit bébé tout fragile, n’a ni pouvoir ni richesse. La chose étrange cependant, c’est que, depuis plus de 2000 ans, partout dans le monde, on se rappelle cette naissance ; elle était passé inaperçue à l’époque et pourtant aujourd’hui on la célèbre comme un grand événement. Personne ne se rappelle ni ne célèbre aujourd’hui l’anniversaire de l’empereur romain, ni celui du Pharaon d’Égypte. Pourtant ces personnages avaient été très puissants, très riches, très admirés durant leur vie. Pourquoi les a-t-on tous oubliés et on n’oublie pas ce petit enfant, si faible, né il y a 2000 ans dans une écurie, méprisé de tous ?
1.3.     Est-ce que dans ce petit enfant, dépouillé de tout, nous est révélé quelque chose du vrai visage de Dieu ? De fait à Noël, nous découvrons un Dieu qui prend l’initiative, se dérange, descend et vient vers nous alors que nous ne le méritons pas. Un Dieu qui se contente de nous aimer gratuitement. Il vient non pas pour se faire acclamer mais tout simplement pour « être avec nous », s’intéresser à nous, être proche de nous. Un Dieu qui vient simplement pour nous dire que même si nous nous sommes éloignés de Lui, nous sommes toujours ses enfants, qu’il nous aime et qu’il est disposé à donner sa vie pour que nous soyons heureux pour toujours avec lui. La gloire de Dieu, ce n’est pas le succès, ni les applaudissements, c’est plutôt la beauté discrète, le rayonnement humble d’un amour gratuit, patient, fidèle. Cet amour offert gratuitement est comme une petite semence d’apparence fragile, mais en réalité, elle porte en elle un germe puissant de transformation pour nos vies. La puissance de Dieu, c’est la puissance d’un amour qui est patient, fidèle, qui transforme la vie de ceux qui se laissent aimer.
1.4.     La puissance discrète d’un amour gratuit m’a été révélée un jour que j’étais allé rendre visite à l’hôpital à un élève qui avait été blessé dans un accident de moto. Il avait eu le pied fracturé en plusieurs endroits. Les nurses et les médecins s’affairaient autour de lui avec des appareils très sophistiqués. Il y avait là une vieille dame vêtue de noir qui était assise tranquillement à côté de lui sans dire un mot. A la fin de la visite, quand les nurses et les docteurs furent partis, le jeune élève m’a dit ceci : « tu vois cette dame assise à côté de mon lit, c’est ma grand-mère. C’est elle qui m’a aidé le plus dans ma maladie. Les médecins et les nurses étaient très gentils, mais quand ils ont fini leur travail, ils sont partis ; elle, elle est restée là toute la journée, je sais qu’elle m’aime beaucoup ; sa présence tranquille à côté de moi m’a fait le plus grand bien. C’est elle qui m’a fait tenir le coup. »
Au soir de Noël, je vous souhaite de tout coeur de découvrir dans l’enfant de la crèche le signe de cette présence aimante, fidèle, de Dieu à vos côtés et je vous souhaite aussi que cet amour puisse transformer vos vies.
2.     Les anges à Noël associent cette manifestation surprenante de la gloire de Dieu à la paix sur la Terre. Comme si l’un découlait de l’autre.
Dans un monde où il y a tant et tant de guerres, dans un pays où les actes de violences sont de plus en plus fréquents, nous avons tous soif de paix.
Nous désirons tous la paix dans nos familles, dans nos lieux de travail, dans notre quartier, dans notre pays. Mais sommes nous disposés à travailler pour que cette paix arrive dans notre société mauricienne ?
2.1.     La paix c’est toujours le fruit d’un engagement, d’une décision d’aimer concrètement et de servir avec désintéressement. Or l’amour désintéressé s’exprime toujours dans un travail pour le bien commun, c’est-à-dire, le bien de tous, sans se préoccuper de son avantage personnel, sans privilégier sa famille, sa communauté. Quand on travaille pour le bien commun, alors la paix fleurit dans une société.
2.2.     Mais il faut faire très attention aux « contrefaçons » de l’engagement pour le bien commun. Il y en a beaucoup malheureusement.
a)     Par exemple, un père de famille prétendra toujours chercher le bien de toute sa famille. Mais si on le voit passer la plupart de son temps à regarder la TV ou à jouer aux courses, ou à boire avec ses camarades, sans s’intéresser à ses enfants, à sa femme, on pourra se demander s’il travaille vraiment pour le bien de sa famille. Cet homme est-il un artisan de paix ou sème-t-il des germes de violence dans sa famille ?
b)     Ou encore, un enseignant prétendra toujours s’intéresser au bien de tous ses élèves. Mais si on le voit mettre une pression sur les enfants de sa classe pour qu’ils viennent tous (même s’ils n’en ont pas besoin) à la classe supplémentaire payante qu’il organise après les heures d’école ; si, par ailleurs il néglige les élèves qui ne viennent pas à sa classe payante l’après-midi, on pourra se demander si cet enseignant travaille pour le bien commun ? Est-ce qu’il construit la paix ? ou bien il est en train de semer des germes de violence dans la société ?
c)     Un entrepreneur ou un employeur prétendra toujours chercher le bien de tous ses employés. Mais si on remarque qu’il veille surtout à faire le maximum de profit, et, que pour cela, il néglige de donner à ses employés les conditions de travail auxquelles ils ont droit, peut-on dire qu’il construit la paix ? De fait, il est en train de semer des germes de violence dans la société ?
d)     Un politicien prétendra toujours s’occuper du bien de tout le pays, avec toutes ses composantes sociales, religieuses, ethniques. Mais si, quand il arrive au pouvoir on le voit profiter de sa situation pour favoriser les personnes de sa famille, de sa communauté ethnique ou religieuse, est-ce qu’on peut dire qu’il travaille pour le bien commun ou bien lui aussi il est en train de semer des germes de violence dans la société ?
Tout ce qui est « hidden agenda », discrimination, corruption, favoritisme, détruit la paix sociale. Comme dit le proverbe « qui sème le vent, récolte la tempête ».
Par contre, pour récolter la paix, il faut savoir donner de soi-même, s’engager sincèrement, de façon désintéressée pour le bien commun. Pour devenir artisan de paix, nous pouvons puiser inspiration et courage dans l’exemple de Jésus qui, à Noël, vient vers nous simplement pour être proche de nous, nous aimer gratuitement.
2.3.     Heureusement, au soir de Noël, nous pouvons aussi rendre grâce à Dieu pour ces personnes de toute religion qui, aujourd’hui, travaillent gratuitement pour le bien commun dans notre pays. Ces personnes sont de vrais artisans de paix.
Je vous partage quelques exemples glanés ici et là lors de mes rencontres :
a)     un professeur dans une école primaire s’aperçoit qu’une petite fille qui a échoué la 6e n’est pas revenue à l’école l’année suivante. Il va rendre visite aux parents et leur demande pourquoi la fille ne revient pas à l’école. Les parents lui disent que leur fille a honte de son échec et qu’elle préfère aller apprendre à coudre chez une modiste. Le professeur ne se laisse pas abattre et persuade les parents d’envoyer leur petite fille à l’école ; il parle aussi avec son élève et s’engage à l’aider personnellement à rattraper son retard pour qu’elle puisse réussir son examen. Il lui donne des leçons personnelles gratuites. Ce professeur est un vrai artisan de paix, un vrai Mauricien.
b)     Une personne assez aisée rencontre tous les week-ends un pêcheur de la côte. Ce pêcheur lui demande régulièrement une aide financière parce que la pêche marche mal et qu’il n’arrive pas à joindre les deux bouts. Il lui aurait été facile de subventionner longtemps ce pêcheur, sans se fatiguer davantage. Mais il préfère proposer au pêcheur de ne plus lui donner de l’argent chaque week-end mais de l’aider à négocier un loan important pour qu’il s’achète un bon bateau de pêche et puisse aller plus loin en mer pour ramener du poisson. Il lui promet de négocier le loan à la condition que toutes les semaines il fasse les comptes avec lui, établisse un budget familial incluant une somme à mettre de côté pour repayer son loan. Le pêcheur accepte de jouer le jeu, réduit certaines dépenses excessives comme la boisson et devient peu à peu un des plus grands pêcheurs de son village. Non seulement il rembourse sa dette mais construit sa maison et envoie ses enfants à l’école et même certains à l’université. Cet entrepreneur est un vrai Mauricien, un vrai artisan de paix. Il a remis un frère debout.
c)     Un groupe de personnes de différentes communautés remarque le manque cruel de loisirs pour les jeunes d’une cité des Plaines Wilhems. Avec les habitants de la cité ils décident de monter un club sportif et social. Petit à petit, ils trouvent un terrain, montent un bâtiment, organisent des tournois, des causeries, des activités d’entraide sociale, etc. Grâce à une présence amicale, un soutien patient et fidèle, la vie du quartier change. Les loisirs sains créent une émulation dans la cité, les jeunes s’y mettent, deviennent des sportifs de bon niveau. Ces personnes sont de vrais artisans de paix, de vrais Mauriciens.
Chacun de ces exemples est comme un reflet de l’amour désintéressé de Dieu qui rayonne de joie. Cette joie est déjà là, vivante parmi nous. Je souhaite qu’elle devienne contagieuse et que vous soyez tous contaminés. Car cette joie est la joie même de Dieu, la joie qu’il vient partager avec nous à Noël.