Dans son message traditionnel à l’occasion de Noël, Mgr Ian Ernest invite les Mauriciens à revenir vers l’essentiel et à se libérer des « choses mondaines qui captent toute notre énergie et qui nous étouffent ». Noël étant synonyme de paix, d’amour, d’espérance et de joie, l’Évêque de Maurice souhaite qu’au-delà des préoccupations et des soucis de la vie quotidienne, chacun saisisse cette occasion pour resserrer les liens familiaux et pour consolider aussi les relations d’amitié et de solidarité tant sur le plan professionnel que sur le plan social.
Mgr Ernest note que les Mauriciens se laissent envahir ces jours-ci par un rythme étourdissant, et cite entre autres le shopping, la décoration des lieux, la participation à de nombreuses fêtes et à des activités portant quelquefois un caractère religieux. « Et dans la foulée, nous nous laissons entraîner à nous endetter, souvent pour des choses inessentielles ». Or, rappelle le chef de la Communion anglicane, la fête de Noël n’a rien à voir avec l’ambiance du moment qui met en valeur « les choses mondaines qui captent toute notre énergie ». Noël offre une occasion pour se ressaisir et la venue de Jésus, poursuit-il, amène Dieu au centre même des conditions de la vie humaine.
Les problèmes de société auxquels nous sommes confrontés, dit le chef de l’Église anglicane, découlent fondamentalement de l’incapacité de l’homme « à résister au goût pour la gloire et le pouvoir, à l’attrait de l’argent et de la richesse matérielle » ainsi que de l’ignorance de la dimension éthique dans les rapports humains et la vie en société. L’évêque dépeint un coin très sombre de cette société mauricienne : « L’engouement de certains pour la gloire et le pouvoir, sur l’autel desquels ils sont prêts à tout sacrifier, et d’autres pour la richesse matérielle (braderie des ressources locales limitées, trafic des stupéfiants, jeux d’argent), la fuite en avant pour d’autres encore dans le faux réconfort que ces mêmes stupéfiants sont censés apporter, la dévalorisation des relations entre les êtres, traduite par la violence dans la famille et le milieu scolaire, le taux de divorce inquiétant chez des jeunes couples et la criminalité rampante de toutes sortes, sont autant de symptômes qui démontrent que là où se trouve notre coeur, les valeurs pour une vie civilisée et épanouissante sont mises à l’écart. »
Cependant, affirme Mgr Ernest, Dieu en Jésus apporte une note d’espérance et vient proposer aux hommes « un modèle de vie qui soit à la mesure des possibilités humaines ». L’Évêque de Maurice insiste sur le « vrai sens » de la naissance de Jésus que les Chrétiens célèbrent à Noël. « C’est la joyeuse réalité que le Fils de Dieu est venu au monde pour apporter la paix, l’espérance et la libération à un projet de vie où nous sommes capables de nous libérer des choses mondaines qui nous étouffent et de respirer la paix ». Mais si ces valeurs auxquelles tout le monde aspire, notamment la liberté, la paix, l’amour, la stabilité, la joie de vivre sont « un droit légitime », dit-il, en revanche, il y va aussi de la responsabilité de chacun pour que cela soit réel. « Nous sommes aussi appelés à être imprégnés de bonne volonté », dit Mgr Ernest à ce sujet.
Mgr Ian Ernest livre aussi sa réflexion sur les changements qui ont eu lieu à la tête du pays, ajoutant que les Mauriciens doivent faire preuve d’un « esprit de responsabilité, de respect et de réconciliation » pour que cette alternance puisse fonctionner et apporte plus de dignité, d’humanité et de justice pour tous. L’Évêque insiste aussi sur le respect des valeurs auxquelles la population est attachée. « La nation mauricienne détient des valeurs qui viennent de Dieu et nous ne pouvons les ignorer ».
À la fin de son message, Mgr Ian Ernest fait état d’une triste réalité dont il a été témoin récemment lors d’un déplacement à l’étranger et qui concerne les conditions de vie des travailleurs étrangers. L’Évêque de Maurice raconte qu’il avait visité des camps de travailleurs étrangers dans un pays très riche et très moderne. « Les hommes et les femmes qui en font partie y sont traités comme des esclaves, vivant à dix ou plus dans un espace de quatre mètres par quatre, servant à la fois de cuisine, de lavoir et de chambre à coucher. Même le droit aux soins médicaux leur est dénié. Si la richesse et le modernisme servent à bafouer la dignité et l’intégrité de la personne, il nous faut réagir ». Et d’ajouter que les Mauriciens ont le devoir de défendre un projet de société où tous, y compris ceux qui viennent travailler à Maurice, « ont le droit et le privilège de vivre une vie décente et digne de respect».